Mohammed Issoual: «Le tourisme durable se conçoit comme un concept, une attitude, un comportement»

Mohammed Issoual: «Le tourisme durable se conçoit comme un concept, une attitude, un comportement»

Entretien avec Mohammed Issoual, directeur régional des eaux et forêts du Haut Atlas

Notre objectif est de faire en sorte que la région de Marrakech-Safi soit un modèle à suivre en matière de développement durable rural, et en particulier de montagne, qui saurait atténuer les répercussions négatives sur les ressources naturelles et culturelles.

ALM : Comment se manifeste la célébration par le Maroc de l’année internationale du tourisme durable pour le développement?

Mohammed Issoual : Le tourisme durable fait l’objet d’une attention particulière de la part d’organisations internationales et nationales telles que le Programme des Nations Unies pour l’environnement et l’Organisation mondiale du tourisme. Au Maroc et plus particulièrement au niveau du Haut Atlas, pour célébrer cette année, la Direction régionale des eaux et forêts et à la lutte contre la désertification du Haut Atlas (DREFLCD/HA) prévoit des activités et des ateliers de sensibilisation autour du potentiel écotouristique du Parc national de Toubkal (PNTb). Celui-ci a été primé dernièrement aux Trophées du Maroc tourisme durable dans la catégorie «Territoire Durable», avec ses différents produits (écomusée, circuit vert, développement du site de l’Oukaimden comme site pilote du tourisme durable). Le tout en mettant l’accent sur la fragilité de ces ressources naturelles à forte valeur patrimoniale qui doivent être conservées et valorisées et faire du tourisme de montagne un tourisme communautaire et un créneau pour améliorer les conditions socio-économiques des populations riveraines.

Quels sont les atouts offerts par le parc national de Toubkal en termes d’écotourisme et de développement durable ?

L’offre écotouristique au niveau du parc concerne la découverte des espaces naturels et le patrimoine culturel, ainsi que les services marchands et non marchands, en passant par la vente de produits du terroir et d’artisanat.

Des activités de loisir et d’intérêt particulier, comme les randonnées pédestres, le ski, mais aussi la photographie, l’observation de la faune et la flore y sont également. Ce type de pratiques écologiquement durables peut générer des revenus significatifs sur le plan local et encouragerait la population riveraine à valoriser la faune et la flore de la région. Un tel comportement engendrerait ainsi des avantages nets pour la protection de l’environnement.

Dans ce sens, nous avons une stratégie qui intègre la responsabilité sociétale et environnementale pour satisfaire aux critères écologiques et le développement des niches génératrices de revenus pour les populations locales, conformément aux directives du plan décennal du Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification 2015-2024.

Notre objectif est de faire en sorte que la région de Marrakech-Safi soit un modèle à suivre en matière de développement durable rural, et en particulier de montagne, qui saurait atténuer les répercussions négatives sur les ressources naturelles et culturelles, et favoriser les incidences positives du tourisme de nature. Pour y parvenir, nous avons élaboré un plan de développement de tourisme durable incitant à positionner le parc national de Toubkal en tant que partenaire incontournable de gestion et de développement touristique dans notre région.

Dans le même cadre de découverte des espaces, une application mobile sera prochainement mise à la disposition des visiteurs.

Première du genre au niveau des parcs nationaux marocains, cette application accompagnera le touriste dans sa visite du parc. Et pour ceux préférant les visites virtuelles, un volet interactif sera disponible prochainement sur le site web du PNTb (www.parc-national-toubkal.ma).

Qu’en est-il des démarches destinées à promouvoir le tourisme durable et responsable au niveau du Haut Atlas?

Le tourisme au niveau du Haut Atlas et plus spécialement au niveau du parc national de Toubkal pourrait transformer son volume de touristes en quelque chose de plus rémunérateur. La promotion du tourisme durable peut créer de la richesse pour la population locale du fait qu’il peut développer des offres touristiques en relation avec l’arrière-pays de Marrakech tout en préservant ses paysages, ses richesses et sa rusticité qui font une bonne part de son attractivité.

D’ailleurs, le nouveau cadre global d’aménagement et de gestion du PNTb est conçu pour cadrer les différentes activités de développement et d’aménagement à entreprendre dans cette aire protégée en vue de sa valorisation et de sa gestion durable.

Parlez-nous des dessous du plan d’aménagement dont bénéficie ce parc…

20 ans après le premier Plan d’aménagement et de gestion (PAG) du Parc national de Toubkal notre direction a lancé en mars 2016 une étude, en application de la loi n°22-07 relative aux aires protégées, pour mettre en place un nouveau cadre global d’aménagement et de gestion du PNTb. Ce futur PAG se veut un outil technique pour l’ensemble des intervenants sur ce site.

En effet, le premier volet de cette étude consiste à dresser un état des lieux et à analyser le périmètre d’intervention et du territoire environnant. Un travail qui a été achevé le 26 janvier 2017 par l’organisation d’un atelier scientifique pour hiérarchiser les priorités d’intervention avec les recommandations pratiques visant la gestion durable des ressources naturelles et culturelles et la préservation de l’environnement en tenant compte des contraintes et des potentialités du parc.

Comment évolue le tourisme durable au Maroc?

Nous qualifions le tourisme durable, et notamment l’écotourisme, comme une activité globalisante. Parler du tourisme durable c’est évoquer un concept holistique et, c’est dans cette perspective, particulièrement dans le domaine socio-économique qu’il paraît urgent que le Maroc et notamment le Haut Atlas prennent en compte toute la responsabilité environnementale et sociétale qui doit accompagner l’émergence d’une telle démarche.

C’est pourquoi le tourisme durable sous le prisme du développement durable se conçoit comme un concept, une attitude, un comportement. Le Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification soutient le tourisme durable et encourage l’économie collaborative, qui multiplie les chances d’émergence de projets générateurs de revenus au niveau des parcs nationaux qui contribuent efficacement à l’amélioration des conditions socio-économiques des populations usagères des ressources naturelles des aires protégées.

Pour conclure je tiens à signaler que le Haut Atlas possède un grand potentiel du tourisme durable autour d’une richesse très fragile, à forte valeur ajoutée. Je crois davantage à la gestion concertée pour la valorisation et la préservation des ressources naturelles. La politique de gestion du Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification est axée sur l’être humain et dont le credo est avant tout la redistribution directe des bénéfices à la population locale et l’amélioration de leur quotidien pour alléger la pression sur les ressources naturelles dont l’amenuisement est irréversible et peut entraîner une altération des équilibres écosystémiques de cette aire protégée à forte valeur patrimoniale.

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