Mohcine Lazrak: «Les structures d’animation de nos contrats programmes restent toujours à activer»

Mohcine Lazrak: «Les structures d’animation de nos contrats programmes restent toujours à activer»

Entretien avec Mohcine Lazrak, président de l’Association professionnelle des industries céramiques du Maroc

Il est impératif d’introduire une révision des valeurs. Avant l’enquête antidumping, il faut qu’on fasse appliquer la loi qui existe déjà.  Car la situation actuelle se répercute de façon négative sur l’emploi et l’investissement.

ALM : L’industrie du bâtiment est en léthargie. Pourquoi le secteur peine-t-il à retrouver son équilibre? 

Mohcine Lazrak : Les industries des matériaux de construction en général subissent, depuis 2014, une crise qui se poursuit à ce jour.  Certains indicateurs nous confirment cette tendance baissière, notamment ceux du ciment qui continuent de régresser d’année en année malgré l’espoir qui a été soulevé en début de cette année. Malheureusement cet espoir s’est effondré aujourd’hui. Les choses n’ont pas trouvé encore de solutions. Et pour cause : aucune initiative n’a été prise pour voir le secteur dans sa globalité. Cette crise va perdurer jusqu’à ce qu’on diagnostique le problème et qu’on trouve une solution adéquate.

Les contrats-programme, conclus il y a un an déjà dans le cadre du Plan d’accélération industrielle ont-ils pu dynamiser le secteur ?

Les contrats programmes sont encore en phase embryonnaire. Les structures d’animation de  nos contrats-programmes restent toujours à activer. Rappelons que ces contrats lient deux parties, à savoir les industriels et l’Etat. Le gouvernement doit remplir ses engagements, notamment en assurant l’encadrement, l’encouragement et la protection des intervenants. Ce qui est loin d’être fait jusqu’à présent.

Quelle place occupe l’industrie céramique dans cette sphère ?

Nous suivons toujours la même tendance, seulement nous avons un élément en plus qui est le dumping en provenance d’Espagne. Malgré la décroissance du secteur du bâtiment, nous constatons une forte hausse des importations céramiques notamment en matière de carrelage. Elles continuent de progresser à un rythme soutenu, soit pratiquement 20%. Cette situation a engendré la fermeture de plusieurs unités locales.

Où en est la requête que vous avez adressée au ministère de tutelle pour la mise en place de mesures de défense commerciales ?

Nous attendons toujours les résultats de cette enquête antidumping qui normalement date déjà de plus d’une année. Nous sommes dans une attente et dans le noir complet en ce qui concerne cette enquête qui normalement devrait tirer des conclusions concrètes sur ces pratiques. L’enquête antidumping devrait venir couronner un certain nombre d’actions qui rentrent dans un cadre tout à fait légal et tout à fait légitime.

Quelles sont vos principales recommandations dans ce sens ?

Nous plaidons pour la protection normale de nos frontières. Nous observons aujourd’hui des importations en grande quantité pour un prix inférieur à 2 euros, soit un carrelage de 22 dirhams. Ces carreaux ne devraient pas traverser la frontière faute de normes qui ne sont pas respectées.  De façon évidente, un carreau à ce prix-là ne peut répondre aux normes marocaines et internationales. Nous voyons que la moitié des importations, c’est-à-dire 10 millions de mètres carrés, est entre deux à quatre euros.

Il est impératif d’introduire une révision des valeurs. Avant l’enquête antidumping, il faut qu’on fasse appliquer la loi qui existe déjà.  Car la situation actuelle se répercute de façon négative sur l’emploi et l’investissement.

Comment l’APIC œuvre-t-elle à rétablir la situation ?

L’APIC ne fait que traduire les maux dont souffre la profession. On ne peut que faire transmettre ce message vers les parties concernées. Malheureusement, les horizons restent toujours fermés.  Le contrat que nous avons signé est tributaire d’abord de ce que l’Etat s’engage à faire. Le gouvernement devrait assurer une concurrence loyale au sein de ce secteur. C’est une condition sine qua none pour la survie de l’industrie.

Que prévoit l’Association pour les années à venir ?

Notre plan d’action est simple. Nous avons deux choix devant nous : soit un avenir sombre et pessimiste, soit un avenir prometteur mais à condition de bénéficier des conditions favorables pour survivre. Nous nous battrons pour avoir une concurrence loyale sur le marché marocain et avoir une énergie disponible. Nous voulons bénéficier de l’énergie à un prix compétitif pour promouvoir notre activité. Nous disposons d’une vision forte, nous avons des prémices de réponse mais encore faudra-t-il être doté d’outils concurrentiels et compétitifs.

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