Nabil Benazzouz: «L’ingénieur marocain peut contribuer au développement de l’Afrique grâce à l’ingénierie de proximité»

Nabil Benazzouz: «L’ingénieur marocain peut contribuer au développement de l’Afrique grâce à l’ingénierie de proximité»

Entretien avec Nabil Benazzouz, président de la Fédération marocaine du conseil de l’ingénierie

L’ingénieur marocain est désormais appelé a partager son savoir-faire et son expertise en Afrique. Une conclusion à laquelle sont arrivés les ingénieurs présents au cours de la 2ème édition du Symposium de l’ingénierie pour l’Afrique (ESA) qui s’est déroulé à Marrakech les 11 et 12 mai. Dans ce sens, la formation de l’ingénieur marocain constitue la clé de voûte pour répondre aux exigences d’une Afrique qui se développe et qui a besoin plus que jamais d’une ingénierie africaine.

ALM : Comment l’ingénieur marocain peut-il contribuer à la prospérité de l’Afrique?

Nabil Benazzouz : L’ingénieur marocain peut contribuer au développement de l’Afrique grâce à l’ingénierie de proximité. Celui-ci ne peut pas prétendre emporter avec lui en Afrique de la recherche fondamentale parce que certains pays nous dépassent de loin sur cet aspect, tels que le Japon ou encore l’Allemagne. Donc notre valeur ajoutée c’est l’ingénierie de proximité. Je m’explique : l’ingénierie de proximité consiste à apporter des solutions qu’on a testées au Maroc et ce malgré le peu de moyens dont on dispose. Nous serons beaucoup plus écoutés par nos amis africains puisque nos moyens financiers sont à peu près identiques. Par contre si on leur propose des moyens sophistiqués, le coût de ces moyens sera un obstacle pour eux. Donc finalement apporter des solutions locales qui sont adaptés aux moyens locaux nous permettra de créer la différence et d’être plus pertinents.

   

Quels sont les éléments nécessaires pour former l’ingénieur de demain ?

C’est la formation participative, c’est-à-dire apprendre aux élèves dès l’école secondaire et même dès le primaire la préparation de leurs leçons en les poussant à faire des recherches. Actuellement avec l’abondance de l’information grâce aux technologies de l’information et notamment Internet, il est plus facile de faire des recherches et de préparer les leçons. Il est important que l’élève puisse développer la curiosité, l’aptitude de se poser des questions, et de faire des recherches au lieu seulement de recevoir.

  

Au cours de l’ESA vous avez évoqué la question de l’approche genre et son impact sur la prise de décision, pouvez-vous nous en dire plus ?

Tout à fait, l’analyse des risques est une part importante dans l’ingénierie. Dans ce sens on peut comparer l’ingénierie au droit, avec d’une part l’analyse des causes à effet et d’autre part l’analyse des risques. Ainsi, des recherches ont montré que la gent féminine est plus sensible à l’aspect analyse des risques dans la mesure où la femme est beaucoup plus prudente. Mais encore, la gent féminine permet de mieux modérer l’environnement dans les grandes entreprises, au sein des conseils d’administration par exemple alors que l’homme a tendance à aller plus rapidement. Dans la même lignée, la dimension humaine doit être intégrée encore plus dans la formation de l’ingénieur, parce qu’il ne suffit pas de réussir ses examens de mathématiques pour se considérer brillant.

Quels sont pour vous les défis à relever pour l’ingénierie marocaine de demain?

Il sera question de concilier entre d’une part l’authenticité et l’originalité de l’ingénierie marocaine et d’autre part la modernité bien réfléchie, bien calculée qui s’adapte aux vrais besoins du pays. Il ne s’agit pas d’importer des modèles préconçus mais de partir de la réalité et des besoins du Maroc. Bien évidemment il faut s’inspirer de ce qui se fait ailleurs et se munir d’outils nouveaux. Maintenant la pièce d’art c’est de sculpter soi-même des solutions pour le contexte marocain tout en s’appuyant sur des outils et des instruments expérimentés dans d’autres pays.

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