Omar Drissi Kaitouni : «Nous sommes favorables à l’équité dans la fiscalité»

Omar Drissi Kaitouni : «Nous sommes favorables à l’équité dans la fiscalité»

ALM : A priori, M. Drissi, quel commentaire pouvez-vous nous faire sur l’année 2007 sur la place boursière ?
Omar Drissi Kaitouni : L’année 2007 a été une année assez bonne pour le marché financier. Dans la mesure où depuis le début de l’année nous avons constaté une évolution assez favorable des indices qui termineront l’année à un seuil dépassant à peu près 35%. Certes, c’est inférieur à ce que nous avions relevé l’année dernière, puisque les indices avaient marqué plus de 71%. Mais c’est quand même une année assez bonne, vu que nous avons continué sur notre rythme des introductions, avec à peu près le même nombre d’introductions que l’année précédente, soit une dizaine d’introductions par an.
De fait, le marché reste à un niveau développé sur la partie liquidités et interventions des investisseurs. Nous avons également constaté un retour de la confiance de la part des investisseurs, un attrait particulier pour les introductions, puisque pour certaines introductions nous avons pu atteindre 100.000 souscripteurs voire même 120.000 souscripteurs. Je dirais donc que cela dénote d’un certain engouement pour le marché et par conséquent des perspectives prometteuses pour l’année prochaine.
En termes de volume, nous sommes à une situation d’évolution assez significative, puisque nous dépassons largement les volumes des échanges de l’année dernière. Ainsi, nous sommes à une moyenne de 600 ou 700 millions de dirhams par jour sur les chiffres de l’année précédente. Aujourd’hui, nous tournons autour d’une moyenne avoisinant un milliard de dirhams. Cette évolution des volumes de la liquidité et des introductions conforte les investisseurs dans leur démarche d’intervention sur le marché surtout depuis l’annonce des résultats semestriels de certaines sociétés. Tous ces points sont les points fondamentaux d’un marché boursier.

Cette année, l’analyse de l’évolution des indices boursiers met en avant une première période caractérisée par une tendance baissière, puis une deuxième phase de regain de tonus, avant la troisième période qui est sous le signe de la correction. Quelles sont les raisons de ces variations?
Ce que l’on peut dire c’est que l’évolution des cours au niveau d’un marché dynamique et mature est tout à fait normal. Nous constatons parfois certaines corrections assez significatives du marché, dans la mesure où elles sont situées parfois à la veille de certaines grosses introductions. C’est tout à fait normal et c’est un comportement naturel d’un marché à la veille d’une opération importante. Généralement, le marché se prépare à cette introduction, et les investisseurs font parfois ce qu’on appelle un arbitrage entre les valeurs. Ce qui fait que l’on se situe dans des phases de correction assez substantielles mais le marché reprend sa tendance normale juste après.
Aussi, le retour à la tendance normale a été marqué sur une bonne période pendant le deuxième semestre, et c’est tout à fait normal qu’à la fin de l’année et vu un certain nombre d’opérations d’aller-retour qui s’effectue sur le marché au niveau du dernier mois de l’année, fait que parfois la position de certaines valeurs en termes d’offre et de demande entraînent certaines corrections. Nous pensons que c’est le rôle du marché d’agir de cette manière, de façon dynamique, relative et liquide. Ce sont des composantes qui nous rassurent un peu dans la mesure où notre marché commence à se positionner en tant que marché nature en développement dans le sens d’une croissance continue.

Dès l’annonce du projet de la loi de Finances 2008, il y a eu le passage de la taxe sur la plus-value générée en Bourse de 10 à 15%. Qu’est-ce que ça a concrètement apporté aux investisseurs ? Est-ce que cela influence-t-il l’attrait qu’ils ont pour la place boursière ?
L’intervention des investisseurs sur le marché se fait selon plusieurs facteurs. Il y a des facteurs de rentabilité, de développement d’épargne et des résultats qu’ils peuvent intervenir suite à leur investissement sur le marché.
Maintenant, selon le profil des investisseurs, on peut constater que ce type de mesures pourrait gêner les investisseurs, dans le sens où on rentre dans une phase d’équité en termes de taxes sur les plus-values.
Ce que nous pouvons souligner c’est que nous sommes favorables à tout ce qui est équité dans la fiscalité. La raison est qu’un marché doit se développer de manière constante et sur des piliers solides. Ainsi, le fait d’être sur des bases équitables c’est souhaitable et c’est même bien.
Par ailleurs, ce que nous demandons, et les points sur lesquels nous insistons énormément c’est qu’un marché boursier ne vit qu’avec les investisseurs matures, des investisseurs institutionnels de grande taille, et qui tablent sur ce qu’on peut appeler un investissement sur le long terme.
Or, pour ce type d’investisseurs, nous devons être en mesure de leur apporter des éléments de réponse qui consistent à leur offrir des produits adaptés. Ce qui leur permettra de bénéficier d’une certaine défiscalisation lorsqu’ils sont dans une logique de moyen et long termes.
L’investissement en Bourse c’est un investissement sur lequel nous avons toujours communiqué, le but étant d’éduquer les investisseurs à investir d’abord sur le marché de l’épargne et aussi investir sur le moyen et le long termes. Donc, cette catégorie a besoin de produits de sortie, de produits alternatifs comme le plan épargne-action ou le plan d’investissement sur le moyen et long termes, pour leur permettre de tirer profit d’une certaine défiscalisation.
Pour ce qui est des autres profils, il s’agit d’investisseurs qui sont assez interventionnistes sur le marché et qui font déjà leur profit sur le marché, en bénéficiant soit en termes de taxes ou de plus-values de 10 ou de 15%. Ils sont donc assez conscients de leur logique en termes de rentabilité. Par contre, nous défendons les investisseurs sur le moyen et long termes. Pour ceux-ci, nous devons travailler et nous espérons que les autorités nous aideront à mettre en place, dans les plus brefs délais, ce type de produits en vue d’apporter des réponses aux investisseurs bien éduqués pour un investissement boursier sur du moyen et long termes.
C’est pourquoi, nous défendons que nous ne sommes pas contre ces mesures, mais nous sommes pour les solutions alternatives pour que les investisseurs sur le moyen et long termes puissent se retrouver dans leur investissement.

Nous arrivons à la tendance baissière qui a pris quand même le dessus sur l’euphorie qui a régné sur le marché durant les six premiers mois de l’année. Certaines analyses soutiennent qu’avec l’arrivée de certaines valeurs sur le marché, celui-ci avait carrément bondi. Par contre avec l’entrée en Bourse d’autres valeurs, l’effet ressenti n’a pas été de la même force. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que notre marché a suivi une certaine évolution. Aujourd’hui, il est dans une phase de maturité assez soutenue. Et ce que nous avons vécu lors de l’introduction de certaines valeurs du secteur de l’immobilier qui trouve son explication dans le business modèle de ce genre de structures, et qui fonctionne par projets.
Ces projets ont des durées de vie, des rentabilités et des retours sur investissement assez soutenus. C’est tout à fait normal que lorsque dans le business plan on voit de nouveaux projets entrant dans ce type d’entreprises, l’investisseur réagisse. Par contre, ce que nous avons vécu sur les autres valeurs n’est autre qu’une tendance normale d’une valeur qui s’introduit en bourse.
C’est-à-dire que ce sont des entreprises qui, au moment de leur introduction, apportent une certaine plus-value de base aux investisseurs et aux premiers souscripteurs, car il y a un attrait sur la valeur, mais cet attrait arrive à atteindre ses objectifs assez rapidement. Ce qui est une tendance normale que l’on constate sur toutes les places internationales.
C’est-à-dire que ce que nous avons vécu sur certaines valeurs n’est pas la norme mais l’effet du business modèle des entreprises elles-mêmes. C’est donc tout à fait logique que l’on se retrouve dans ce type de situations, car notre marché est dans une phase de maturité qui lui a permis de comprendre le mode de fonctionnement de ce type d’entreprises, leur mode de productivité et par conséquent il a apporté une évolution normale et substantielle sur ces valeurs, sans pour autant rester dans un produit.
Donc, on n’est pas toujours dans le même type de productivité.
Dans un sens, nous sommes dans une productivité de projets, de croissance voire même des croissances externes et rapides pour lesquelles les investisseurs ont un attrait particulier vu ce qu’ils en tirent en termes de plus-values sur la durée du projet. Néanmoins sur d’autres valeurs, c’est plus une continuité dans la production, c’est plus le fait de tabler sur le terme. Ce qui fait qu’on ne peut pas blâmer ces entreprises car elles sont dans leur logique normale.

Au niveau de la Bourse de Casablanca, beaucoup de soutien, d’aide et d’information aussi sont mis à la portée des investisseurs pour les séduire en vue de les voir intégrer la place boursière. Mais, concrètement, chez le large public il y a une ignorance des rouages de la Bourse. Comment la Bourse de Casablanca agit en ce sens vis-à-vis des petites entreprises et des petits souscripteurs ?
La Bourse est une société de la place qui fait des efforts particuliers en matière de communication et d’information à travers la diffusion assez large.
Nous y travaillons de manière soutenue afin d’accompagner les investisseurs sur ce volet-là.
C’est pourquoi nous avons dans notre structure intégré des business-unit spécialisées tel que l’école de la Bourse, aussi un service spécialisé de relation avec les émetteurs, aussi la cité des émetteurs. Ce sont des concepts et des unités spécialisés dans tous les aspects relatifs aux relations avec les investisseurs ou avec les émetteurs.
Je dirais que notre simple objectif est d’apporter au marché et aux investisseurs toute l’information nécessaire pour leur permettre de faire un investissement solide et avec le maximum de recul. Dans ce sens, nous devons nous appuyer sur des partenaires qui doivent prendre le relais vis-à-vis des investisseurs pour leur apporter toute la vulgarisation et tout un ensemble d’outils et de services et des produits afin de répondre à leurs besoins. Ainsi, nous pensons pouvoir offrir très prochainement à nos investisseurs toute l’information et tous les services nécessaires, et ce, en étroite collaboration avec nos partenaires qui sont les sociétés de Bourse mais aussi les banques qui ont un large réseau de contact.

Parmi les déclarations qui ont été faites lors de la présentation du projet de la loi de Finances 2008, le ministre de l’Economie et des Finances avait annoncé le désir du gouvernement de faire de Casablanca une place boursière internationale. Est-ce que c’est jouable ? Quels en sont les ingrédients nécessaires?
Dans notre stratégie, c’est une stratégie que nous avons initiée depuis quelques mois, qui nous permet de nous situer dans une dimension internationale. Effectivement les autorités nous appuient dans cette démarche sur laquelle nous opérons depuis un certain temps.
Nous développons cette stratégie à travers plusieurs outils. D’abord des outils d’approche pour les investisseurs étrangers à travers des road-shows que l’on organise avec les sociétés qui s’introduisent en Bourse pour aller chercher des investisseurs sur d’autres places. Nous avons également fait un travail de proximité avec un ensemble de partenaires étrangers en particulier ceux d’Europe, puisque nous avons des accords de partenariat pour nous soutenir à ce niveau. Nous avons aussi initié un ensemble de conventions avec une assistance particulière à certaines places boursières africaines, notamment la bourse régionale de l’Afrique centrale.
L’objectif étant de donner à la place de Casablanca une dimension internationale mais d’abord une dimension régionale sur laquelle nous avons le plus de proximité à savoir l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale, le Maghreb aussi et le monde arabe.

Quels en seraient les enjeux ?
C’est d’abord un attrait pour les investisseurs. Un attrait également pour les entreprises en vue de leur permettre de venir faire financer leurs projets et leurs investissements sur la place. Pour les intervenants, cela leur permettra d’intervenir sur une place financière qui s’est dotée des outils, des procédures et de la réglementation selon des normes et des standards internationaux.
Cet axe de l’internationalisation n’est pas le seul de nos priorités, nous travaillons également sur d’autres axes de développement.
Il s’agit, en particulier, du financement des PME ; nous y travaillons pour que la Bourse de Casablanca soit ancrée dans le système financier en outil de financement des PME de toutes tailles et tous profils. Autre volet. Celui relatif au développement de la liquidité sur le marché, la recherche des investisseurs.
Ce volet sera soutenu par la création de nouveaux produits principalement des produits de couverture, de marchés à terme. Tous ces produits sont en cours de réflexion, pour mettre un place une stratégie pour nous accompagner dans les années à venir que ce soit sur le développement de la liquidité ou des biens et services que nous offrirons pour accompagner les entreprises, même en terme d’instruments de couverture. Pour cela nous avons des objectifs stratégiques d’environ trois ans pour cela.

Quelles sont vos perspectives pour l’année 2008 ?
Objectivement, l’année 2008 ressemblera fortement à l’année en cours.
Nous espérons pour cela maintenir le rythme des introductions en Bourse qui est d’une dizaine par an. À travers ce rythme d’introductions, nous solliciterons davantage les investisseurs pour continuer à intervenir sur la place de Casablanca. Aussi, nous espérons que l’année 2008 sera presque identique si ce n’est meilleure que l’année 2007. Cela dépendra évidemment du degré d’évolution des sociétés cotées en termes de développement, de développement du chiffre d’affaires et de résultats des souscriptions. Cela dépendra aussi de l’attrait de certaines sociétés qui viendront intégrer le circuit boursier à travers une hausse substantielle des souscripteurs et des investisseurs ; et en dernier lieu, cela dépendra évidemment de tout ce que la Bourse pourra offrir à ces investisseurs en termes de produits, de services et de réglementation afin de protéger leur épargne et leurs investissements et leur offrir toutes les perspectives de rentabilité et de croissance.

Biographie de Omar Drissi Kaitouni


Né en 1962, Omar Drissi Kaitouni décroche son Doctorat d’Etat en Informatique de l’Université de Rennes I en France. Entre 1985 et 1989, M. Drissi Kaitouni occupe le poste de chercheur au Centre National des Recherches Scientifiques ( CNRS) en France, puis rentre au Maroc occuper, la même année, le poste de Directeur Consultant à Wafa Systèmes, filiale de l’ex-Wafabank. Il  quittera cette fonction la même année pour occuper celle de directeur des systèmes d’information à la Société centrale de Réassurance, elle-même filiale du groupe CDG, et ce entre 1989 et 1996.
À partir de 1996, jusqu’en 2000, M. Drissi Kaitouni a été le Directeur du Pôle Marché et membre du directoire à la Bourse de Casablanca. Depuis, il occupe la fonction de directeur d’organisation et système d’information à la Bourse de Casablanca tout en étant membre du Directoire de celle-ci.

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