ONP : Villages de pêche au Sahara

C’est l’un des investissements les plus viables de l’Agence pour la promotion et le développement des provinces du Sud. D’un montant total de 915 millions de dirhams, le projet d’implantation de sept villages de pêche dans cette partie du Royaume est né d’une convention signée entre l’Agence, le ministère de l’Agriculture et des Pêches maritimes et l’Office national des pêches. Une deuxième convention toute aussi importante et complémentaire à la première concerne la mise à niveau de la flotte artisanale à travers sa restructuration, sa modernisation et son intégration dans le secteur formel.
Il s’agit de la réactivation du programme Sakia El Hamra avec un appui financier de 20 millions de dirhams octroyé par l’ONP et 18 millions via l’Anapec, par le Fonds pour la promotion de l’emploi des jeunes. A la fois maître d’oeuvre et bailleur de fonds, l’ONP qui a contribué à hauteur de 150 millions de dirhams dans le financement des villages de pêche, vise plusieurs objectifs, entre autres, la viabilisation de l’activité de la pêche artisanale, pierre angulaire du plan d’aménagement des pêcheries signé en mars 2004.
L’idée, explique Majid Kaïs El Ghaïb, directeur général de l’Office, c’est de rompre avec un certain mode d’exploitation, improductif, à la fois trop saisonnier, et trop concentré sur une seule ressource, le poulpe en l’occurrence. «Jusque-là, la pêche artisanale dans ces zones se limitait en une collecte de poulpe. Maintenant, l’idée c’est d’encadrer l’activité à travers des villages identifiés pour une diversification des activités et une meilleure gestion de la ressource».
Aussi, conformément au plan d’aménagement, l’exploitation du poulpe se limitera à seulement trois villages, soit 2 500 barques sur les 6 000 répertoriées. L’identification des sites pour des villages de pêche permet à la fois de contrôler l’activité et de rationaliser l’exploitation de la ressource. En fixant les marins dans des sites bien déterminés, on passe à la fois d’une logique de production halieutique limitée à quelques mois (arrêt biologique oblige) à celle d’une pêcherie étalée sur toute l’année, à travers une diversification de l’activité en ciblant d’autres espèces telles que le poisson blanc et les crustacés.
Avec l’ancien système, tout le secteur de la pêche artisanale était quasiment dans l’informel sur toutes les étapes, de la production à la congélation. Certes, les 6000 barques étaient immatriculées, les armateurs connus. Mais, aucune existence officielle concernant les 30 000 marins employés dans cette flotte, et livrés aux desiderata des puissants mareyeurs-gacheteurs, qui financent les barques et récupèrent les prises.
D’où, poursuit M. El Ghaïb, l’utilité des halles aux poissons censées casser cette dépendance. Les marins sédentarisés dans les villages de pêche pourront ainsi accéder au financement bancaire et aux micro – crédits, à certains avantages comme les carburants détaxés, la couverture sociale et médicale et aux halles où les captures peuvent être écoulées au juste prix avec la confrontation de l’offre et de la demande. Les avantages sont aussi nombreux sur le volet social. Des logements sociaux de 40 mètres carrés sont accordés dans ces villages de pêche aux marins à des prix compétitifs.
En complément, un programme d’urgence de 30 millions de dirhams a été mis en place à travers une convention signée entre l’ONP (apport de plus de la moitié du financement), le ministère de l’Intérieur et l’Agence pour la promotion et le développement des provinces du Sud. Ce dernier programme répond aux besoins pressants de la population des marins-pêcheurs en matière de mise à niveau des infrastructures de base, d’habitation et d’équipements socio-collectifs. Parallèlement, la pêche côtière bénéficiera d’un plan spécifique relatif au développement des infrastructures de commercialisation des produits de la mer. Doté d’une enveloppe de 90 millions de dirhams, ce volet porte sur la mise à niveau des halles au poisson existantes, la création de de halles nouvelles à Laâyoune, Dakhla, Boujdour et Tan Tan ainsi que la réalisation des équipements connexes. Outre la mise à niveau de la flotte artisanale et la sédentarisation des marins-pêcheurs, un autre grand projet se profile à l’horizon. Il s’agit de la création au niveau de Dakhla d’une grande bourse de poissons pélagiques ouverts sur les pays voisins tels que la Mauritanie, dans le cadre d’une zone franche.
L’ONP, l’Agence du Sud et le ministère de l’Industrie ont déjà signé une convention pour l’étude de faisabilité relative à ce projet pour un coût de 2,5 millions de dirhams. Les conclusions devront être rendues l’année prochaine.
«Cette plate-forme sera très compétitive au niveau régional et prendra progressivement des parts de marché du port de Las Palmas», conclut le directeur général de l’ONP persuadé que la proximité de Dakhla par rapport à la ressource pélagique et l’augmentation progressive des pourcentages de poissons débarqués sur place seront des arguments déterminants. Ces différents programmes d’investissements font partie du plan d’orientation stratégique de l’ONP pour 2004-2008. Lors de son tout dernier Conseil d’administration tenu ce 13 octobre, l’une des grandes décisions aura été la création à venir d’un fonds de garantie spécifique au secteur de la pêche côtière et artisanale afin de faciliter l’accès des opérateurs au financement bancaire pour la mise à niveau de la flotte.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *