Panique dans les milieux touristiques

Panique dans les milieux touristiques

Depuis quelques jours, certaines boîtes de nuit de Marrakech seraient obligées de baisser les stores à partir de 3 heures du matin. Une mesure destinée, dit-on, à assainir la ville ocre, écartelée  ces derniers temps entre la nécessité de continuer sa marche victorieuse vers ses objectifs en 2010 et le souci de préserver sa réputation.  Histoire de pédophilie par-ci, affaire de pornograhie par là, ne sont pas sans conséquence sur l’image d’une destination qui se construit sur le haut de gamme.
Aussi, cette campagne qui ne dit pas son nom aurait abouti à l’arrestation de quelques centaines de jeunes filles. D’après les informations de source crédible, ces vingt derniers jours, il y a eu environ 400 arrestations. Des personnes déférées toutes au tribunal.
«Des rafles qui, à en croire un fonctionnaire du ministère du tourisme, concerne les filles mineures, normalement interdites dans les boîtes de nuit et qui sont préventives».
Pour cet administrateur qui se félicite du rappel à la raison à l’encontre de certaines boîtes de nuit, obligées désormais de respecter l’horaire normal de fermeture, de telles mesures sont salutaires. «Il n’y a pas atteinte au tourisme puisque les touristes, c’est connu, restent en général dans les boîtes de nuit situées à l’intérieur des hôtels». Et d’ajouter : «les night club extérieurs ont une clientèle à 100% marocaine». Bref, il s’agit d’une initiative salutaire, conclut-il, mais qui ne doit pas s’arrêter à des opérations coup de poing. «Il nous faut une stratégie. Nous avons la vision 2010. Mais avons-nous de la visibilité pour mener à bon port ce méga-projet», s’interroge-t-il, un tantinet conservateur.
En tout cas, du côté des tenanciers de ces établissements, l’humeur n’est pas à la joie. Les rumeurs de rafle ont déjà des conséquences sur les recettes. «Dans une ville comme Marrakech, les touristes viennent pour s’amuser. Il faut faire des choix clairs. Pourquoi encourage-t-on les gens d’investir», proteste un hôtelier qui requiert l’anonymat.
La clé ne se trouve apparemment pas au ministère du Tourisme. Interrogé, Adil Douiri a été on ne peut plus honnête : «posez la question au ministère de l’Intérieur ou au wali de Marrakech». Un renvoi qui illustre certaines  différences dans l’approche.
Encore en round d’observation, Mounir Chraibi, tout aussi engagé aux côtés du tourisme comme l’était son prédecesseur, Moha-med Hassad, est assez clair concernant les fermetures des boîtes de nuit : «c’est toujours à 4 heures du matin», déclare-t-il. L’interpellation  des jeunes filles dont tout Jamâa El Fnaa s’est fait l’écho ces derniers jours n’est pas du ressort de la wilaya mais de la prefecture de Marrakech.
Contactée par ALM,  une source proche de cette institution est catégorique : «il n’y a pas de campagne, mais il y a eu peut-être des arrestations dans le cadre du travail normal de la Police». Une tempête dans un verre d’eau ? En tout cas, la préfecture est catégorique. Concernant l’horaire de fermeture, le principe est le même pour tous : il y a une autorisation légale en général jusqu’à trois heures. Les dérogations sont accordées par le wali.
Nombreux sont les professionnels qui se demandent si quelque part, la vision 2010 est compatible avec un pays qui a du mal à intégrer toutes les dimensions du tourisme et qui visiblement n’a pas mené d’études d’impact sociologiques, culturelles et environnementales de la vision 2010. Professeur et docteur en sociologie de loisirs et de tourisme, Abdelaziz El Ouarti pense que la société marocaine est ballottée entre ses traditions et ses ambitions touristiques : «La vision 2010 et toutes les études touristiques menées jusque-là n’ont parlé que des valeurs du secteur, mais pas encore de contre-valeurs».  Et d’ajouter, «il y a une certaine hypocrisie collective. On ne peut pas faire d’omelette sans casser d’œufs».
Du côté de la Brigade touristique, on ne veut avancer aucun chiffre. En général, ce sont les touristes du Golfe, lesquels constituent moins de 1% des visiteurs de la ville ocre, qui sont le plus en rapport avec ce type de tourisme: «les 260 000 visiteurs français qui viennent visitent souvent les villes et ont pour centre d’intérêt les monuments, les souks, les restaurants», ajoute un opérateur du tourisme persuadé que ce n’est pas en pénalisant les investisseurs qu’on lutterait contre la prostitution. De l’avis de quelques opérateurs consultés par ALM, il y a moins de dix   restaurants-bar tapas qui passent outre leur horaire de fermeture. «Quand un restaurant de catégorie 2 ouvre au delà de 3 heures, il s’agit de concurrence déloyale».

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