Patrick Bertrand: «Le digital est comme un tsunami, il est de plus en plus partout»

Patrick Bertrand: «Le digital est comme un tsunami,  il est de plus en plus partout»

Interview exclusive de Patrick Bertrand, DG du Cegid

Cegid, acteur majeur de la transformation numérique des entreprises et éditeur de logiciels de gestion et de services Cloud, vient d’organiser la 6ème édition du Cegid Digital Day à Casablanca. Plus connu sous le nom du Cegid Business Forum, l’événement a réuni cette année plus de 200 grandes personnalités, acteurs économiques, experts nationaux et internationaux (France,Tunisie, Algérie, Sénégal et République de la Côte d’Ivoire).  Retour sur les enjeux de la transformation digitale avec Patrick Bertrand, dg du Cegid.
ALM : Quels sont les enjeux de la transformation digitale pour les entreprises ?

Patrick Bertrand : Les enjeux de la transformation digitale sont très importants et se déclinent sur trois niveaux. Le premier enjeu est de renforcer la compétitivité par la qualité de gestion interne, dans le sens où les technologies digitales et numériques permettent d’améliorer ses prix de revient et le fonctionnement de son entreprise. Le deuxième est d’améliorer  ses produits et sa  relation avec les clients. A titre d’exemple, lorsque vous disposez d’un site web, vous pouvez exposer vos services, communiquer  et échanger avec vos clients de sorte à pouvoir remonter de façon régulière des informations permettant d’améliorer  la qualité des services, des produits et donc la relation avec les clients. Les technologies digitales et numériques permettent d’améliorer globalement l’image de votre entreprise. Enfin et compte tenu de la mondialisation, une entreprise doit se demander comment améliorer son métier en utilisant le digital. En se dotant d’une plate-forme digitale ou numérique, l’entreprise développe son métier différemment. J’ai  l’habitude de citer en exemple une entreprise spécialisée dans le nettoyage de carlingues d’avions. Elle le faisait par des hommes au début et puis est passée à une digitalisation en remplaçant ces derniers par des drones. La transformation numérique est aussi une chance dans la mesure où on évite que quelqu’un d’autre vienne utiliser le digital pour vous prendre votre métier.

Vous en êtes à la 6ème édition du forum. Quelles sont les principales conclusions à l’issue des précédentes et celle qui s’est déroulée à Casablanca ?

Nous en sortons très satisfaits et réconfortés dans notre lancée. Le Maroc est une référence si l’on considère ses avancées technologiques, lesquelles lui permettent aujourd’hui d’endosser de façon légitime son rôle de locomotive. Nous sommes persuadés que notre croissance en Afrique doit passer par le Maroc. Celui-ci a démontré depuis plusieurs années une capacité absolument formidable à épouser cette modernisation de l’économie au sens large puisqu’elle se fait aussi à travers le service public.
Cette  transformation formidable doit aussi s’appuyer sur une politique d’éducation qui intègre les technologies digitales et numériques. Il faut aussi que le système éducatif prenne conscience qu’il faut former les jeunes à ces nouveaux métiers du digital. Ceci est aussi valable en France. Il faut former aussi les gens qui avaient un métier mais qui le faisaient de façon traditionnelle. Le Maroc a montré finalement un côté avant-gardiste sur la prise de conscience de ce que pouvait apporter le digital. Les plans «Maroc Numéric» et «Maroc PME» imposent de façon claire le Maroc comme un marché important et surtout comme un hub.
C’est pour toutes ces raisons encourageantes que nous avons décidé de changer notre bureau de représentation en filiale. Notre ambition est de nous développer sur tout le continent et nous allons le faire en nous appuyant sur des partenaires comme ceux que nous avons au Maroc qui sont des appuis formidables. Ici on a la proximité, la culture et une approche de collaboration plus commode. Le marché marocain est pour Cegid un vecteur de développement formidable.

cegid

Aujourd’hui tout le monde parle de transformation digitale. Mais qui est réellement concerné par ce processus?

Tout le monde. On a vu des expériences de boulangers même qui se sont digitalisés et de surcroît dans des régions campagnardes en France. Avec le digital on a la possibilité de passer ses commandes en ligne dans des localités isolées où les habitants doivent faire des kilomètres pour acheter leur pain ou leurs légumes. Tout le monde est concerné. On pense aussi que la transformation digitale concerne juste le monde de l’entreprise, mais non, elle concerne aussi le service public, les collectivités locales et notamment ce qu’on appelle les smart-cities à travers la relation avec les citoyens. Le digital permet de gérer en ligne les démarches administratives des citoyens.

Il permet à l’administration d’être plus efficace, d’avoir une meilleure relation et une meilleure image auprès des citoyens. En médecine, les progrès technologiques sont formidables et permettent aujourd’hui avec le big data de personnaliser les soins. La même maladie peut être soignée différemment en fonction des patients grâce au big data. L’Internet est un formidable moyen d’accès à la culture. Il faut l’utiliser de façon intelligente, produire des contenus pédagogiques qui permettent à tout le monde d’avoir accès à la culture et aussi former nos jeunes enfants aux dangers d’Internet. L’Internet a des opportunités qui peuvent créer des dangers aussi. Pour résumer, le digital couvre tous les domaines de la vie et pas que le côté économique.

Concrètement quels sont les outils que vous mettez à la disposition des entreprises pour réussir cette transformation digitale ?

S’appuyant sur une forte dimension d’entrepreneuriat et d’innovation, Cegid répond aux besoins de gestion comptable et financière, fiscale, et de ressources humaines  des entreprises et organismes publics de toutes tailles. Le Groupe apporte aussi des solutions métiers aux entreprises des secteurs Manufacturing, Trade, Services et Retail, et aux professions comptables. Autour de son concept technologique MoBiCloTM qui allie Mobilité, Business intelligence et Cloud, Cegid intègre les nouveaux usages au cœur de sa politique d’innovation.

A travers vos 15 bureaux dans le monde, pouvez-vous évaluer le comportement du marché marocain compte tenu du fait qu’il est en partie constitué de PME ?

Comme je viens de le dire, le Maroc est un marché intéressant. Il est spécifique mais dispose de forts arguments qui nous confortent dans notre lancée. Le tissu économique composé en grande partie de PME  ne nous gêne pas. Bien au contraire, nous avons des solutions pour tout le monde, pour toute entreprise de toute taille et de tout secteur. Après il faut modeler l’offre sachant qu’on cherche avant tout à apporter une efficacité et donc une valeur ajoutée aux entreprises.

Avez-vous des solutions spécifiques ou accompagnez-vous les entreprises jusqu’à leur transformation?

Nous avons développé des solutions intégrées en nous inspirant des besoins des différents marchés sur lesquels nous intervenons et même à les anticiper.

Etes-vous positionnés sur les marchés publics sachant que le Maroc a tout à faire dans ce domaine?

Effectivement. Et les efforts des différents gouvernements à travers les multiples programmes nous donnent beaucoup d’espoir. Il y a un flux de business à capter aussi bien dans le public que dans le privé. Nous avons les solutions qu’il faut pour la transformation digitale du service public.

Quelles seraient vos recommandations à un chef d’entreprise qui souhaite entamer une transformation digitale mais qui n’a pas forcément le budget pour le réaliser?

C’est illusoire de penser qu’on peut se passer des progrès technologiques. Le digital est comme un tsunami, il est de plus en plus partout. La recommandation c’est d’encourager les gens à s’emparer des potentialités du digital tout en le canalisant pour qu’il arrive dans les endroits où il peut être efficace. Et il faut aussi le canaliser en créant le droit. Au niveau international, il y a de grandes discussions sur la propriété intellectuelle et personnelle. Ce sont des questions importantes qui ne sont pas encore réglées. Il y a un rôle des Etats et des gouvernements pour encadrer, légiférer et réglementer. C’est le rôle de l’Etat de s’assurer que chacun puisse bénéficier des progrès technologiques sans que cela ne soit synonyme de la remise en question des valeurs essentielles des sociétés ou de l’ordre social. Il faut savoir l’adapter à nos sociétés. Mais si on dit je refuse d’utiliser le digital, on passe à côté.

Biographie
Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et titulaire d’une licence en droit, Patrick Bertrand a assumé plusieurs postes de responsabilité avant de rejoindre le Groupe Cegid en 1988 comme directeur financier, puis directeur général adjoint. Depuis 2002, il assure la fonction de directeur général du Groupe.

Patrick Bertrand est cofondateur et a été président (2007-2012) de l’AFDEL (Association française des éditeurs de logiciels et de services Internet), et membre du CCEN (Comité consultatif pour l’économie numérique auprès du commissariat général à l’investissement). Il a été aussi cofondateur de l’ESA (European Software Association) et membre de la task force «ICT-SME» lancée par la Commission européenne. Membre (2011-2012) du Conseil national du numérique suite à sa nomination par décret en date du 2 mai 2011 du président de la République Nicolas Sarkozy, il a aussi participé en 2014 au programme «34 plans industriels» lancé par le président François Hollande, en tant que membre «personnalité qualifiée» du comité de pilotage présidé par le ministre de l’économie.

Il est également membre, depuis 2010, du conseil d’administration de la FIEEC (Fédération des industries électriques, électroniques et de communication) et a été nommé en septembre 2013 vice-président du Comité transformation numérique du MEDEF. Egalement investisseur «capital-risque» à titre personnel, il est notamment co-fondateur et membre du groupe de business angels «Seed4Soft». Patrick Bertrand est aussi membre du conseil d’administration et du Comité d’audit d’OL Groupe, du conseil d’administration de la Fondation EM Lyon, et président du Fonds de dotation pour l’entrepreneuriat et le numérique créé par Cegid Group.

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