Patrimoine en danger : L’Agence urbaine de Casablanca veut recréer l’identité de la ville

Patrimoine en danger : L’Agence urbaine de Casablanca veut recréer l’identité de la ville

Sauver le patrimoine urbanistique en déperdition de Casablanca. C’est la mission que s’est donnée l’Agence urbaine de la métropole. Pour y parvenir, l’AUC vient de lancer un appel d’offres pour la réalisation d’une étude sur l’élaboration du plan de sauvegarde et de valorisation du patrimoine de l’aire du SDAU (Schéma directeur d’aménagement urbain) de la ville de Casablanca.

La zone de l’étude couvre deux préfectures, deux provinces et une commune, à savoir la préfecture de Casablanca, la préfecture de Mohammedia, la province de Nouaceur, la province de Médiouna et la commune de Mansouria. Dans cette démarche l’agence fait également un zoom spécial sur les cités ouvrières, notamment la cité Soceca (Société chérifienne de la cité ouvrière des entrepreneurs de Casablanca) située à Hay Mohammadi. Le plan de sauvetage concerne le patrimoine bâti à conserver (à savoir les immeubles à forte valeur patrimoniale qui doivent être restaurés), les immeubles pouvant être améliorés et les immeubles ou parties d’immeubles dont la démolition peut être proposée. Elle touche également les nouvelles constructions dans l’objectif de les intégrer dans l’ensemble urbain existant et les espaces libres et les plantations. Pour ces derniers, il s’agit de se proposer pour l’inscription ou le classement des espaces verts comme les parcs à conserver ou à protéger.

Le potentiel culturel de Casablanca : Un créneau juteux pour le tourisme

Réhabiliter le patrimoine de Casablanca mais pas seulement. L’attractivité d’une métropole passe par plusieurs canaux. Laisser à l’abandon le patrimoine architectural de la ville de Casablanca sera donc mis en relief afin de rendre à la ville son «âme» et de valoriser sa singularité à l’échelle mondiale. Sur le plan urbain, il s’agit pour l’agence d’inscrire le développement futur de Casablanca dans une politique de développement durable. Pour y arriver, l’idée consiste à intégrer le patrimoine existant, faire de lui une valeur ajoutée pour la ville et attribuer à Casablanca une image urbaine propre à elle.

Au niveau économique, l’agence veut mettre en avant le créneau culturel générateur de richesse au niveau mondial. Pour l’AUC, «l’économie de Casablanca, longtemps tournée vers l’industrie et les finances, pourra s’appuyer également sur le potentiel patrimonial exceptionnel dont la ville dispose, notamment dans le secteur touristique. Ce dernier souffre de l’absence «d’accroche culturelle» pour inciter les touristes transitant par Casablanca à rester plus longtemps». Sur le plan culturel, la ville dissimule une production culturelle abondante loin de l’image industrielle et financière qu’elle dégage. Le développement culturel de la métropole doit être accompagné par des espaces de créativité. Pour y arriver, la ville envisage de reconvertir les bâtiments patrimoniaux comme les abattoirs, la cathédrale Sacrée Cœur, la villa Karl Fick, en plus des dizaines de salles de cinéma fermées.

Renforcer le lien entre Casablanca et ses habitants

Au niveau social, l’appropriation de la ville par ses habitants ne peut se resserrer qu’à travers un cadre de vie plus agréable et des prestations à la hauteur de leurs aspirations. Dans ce sens, la culture permet de renforcer le lien entre les occupants d’un espace et de s’identifier à lui. Pour l’AUC, les Casablancais ne se rendent pas compte de la valeur de leur patrimoine à l’échelle mondiale. Il en va de même pour la valeur archéologique que recèle la ville, à l’exemple du site archéologique Sidi Abderrahmane. Une situation qui est «en train de changer, car depuis quelques années les Casablancais redécouvrent et apprécient le patrimoine de leur ville, à travers l’organisation des journées portes ouvertes sur le patrimoine, une initiative dont le nombre de participants augmente chaque année», indique la même source. Quant à l’image de marque de la métropole, l’Agence urbaine de Casablanca relève que la dimension mythique de la ville reste encore sous-exploitée dans la confection de cette image.

Soceca : La cité ouvrière de Hay Mohammadi en perspective

Pour revaloriser le patrimoine urbanistique de Casablanca, l’Agence urbaine de la métropole a choisi de mettre en lumière la cité Soceca (Société chérifienne de la cité ouvrière des entrepreneurs de Casablanca). La cité fera l’objet d’un diagnostic architectural et urbain (trame urbaine, gabarits, espaces publics, équipements, hauteurs, détails architectoniques) et d’une charte urbanistique et architecturale. Celle-ci cadrera l’évolution future du quartier en tenant compte du changement de statut de ses occupants (par exemple : passage du logement unifamilial au multifamilial). Témoin de l’histoire industrielle de la ville de Casablanca, la cité ouvrière a été conçue en 1942 par l’architecte Edmond Brion. Ce quartier a été d’antan une pépinière de figures légendaires du sport, du cinéma et de la musique. Pour situer le contexte, l’Agence urbaine rappelle que le plan de la cité Soceca, contrairement au quartier des Habous dont l’architecte Brion avait participé à la réalisation, est plus orthogonal, occupant un terrain de 10 ha environ. Elle explique que «les travaux de construction ont été lancés en décembre 1940, mais en raison d’une pénurie des matériaux de construction, notamment le manque de fer, due à la seconde Guerre mondiale, l’architecte Edmond Brion a réalisé une maison type avec des matériaux locaux. Il a été contraint par ailleurs d’abandonner la réalisation d’arcades et d’éléments décoratifs marocains, jugés trop onéreux, et s’orienta vers une conception simplifiée par rapport à son ambition initiale de créer un cadre de vie agréable».

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