Pêche : des maux épidémiques

ALM : Le problème du secteur de la pêche, est-il uniquement une question d’hommes?
Hassan Talbi : Le problème du secteur a toujours été lié à l’incompétence de ceux qui en avaient la charge. L’actuel ministre de la Pêche est handicapé aussi bien par le poids de l’héritage de son ministère que par sa propre incapacité à gérer les dossiers dont il a la charge. Il se contente de signer, de valider. Mais croire qu’il est le seul serait une erreur. Il y a aussi, et surtout, la responsabilité de la Direction de la pêche, ainsi que ses délégations dans les différentes régions du pays. Figurez-vous que, par exemple, notre moyenne était de 1600 tonnes par nuit. On ne savait pas à qui vendre. Les instances censées réglementer la production étaient aux abonnés absents. Résultats, les captures ne dépassent désormais plus les 16 à 36 tonnes.
Vous avez également parlé de l’absence de mesures de contrôle et de suivi…
Il faut savoir que la pêche est un secteur où l’argent coule à flot pour maintenir un état de laisser-aller profitable à certains. Aussi bien les services de la Marine Royale, ceux de la Gendarmerie, les délégués du ministère sont concernés par ce véritable raz-de-marée de la corruption dans les milieux de la pêche. Les critères d’octroi d’autorisations ne sont pas respectés. C’est au qui dit mieux. Le contrôle n’est pas assuré, les rapports sont aussi uniformes que faux. Ce sont les tristes constats auxquels nous assistons au quotidien. S’il y a un mal qui serait presque impossible à éradiquer, ce serait celui-là. Pis encore, le phénomène ne fait que s’aggraver. Ceux qui voulaient juste goûter à quelques avantages veulent désormais tout avoir.
Lors de la rencontre que les professionnels ont eue avec le Premier ministre, a-t-il été question du contrat-programme, censé mettre fin à ces sources de blocage et réorganiser le secteur sur des bases saines ?
Il n’en a nullement été question. Le secteur croule trop sur le poids de son passif pour avoir une visibilité sur les années à venir. Avec M. Jettou, les professionnels de toutes les filières de la pêche ont essayé de trouver une issue de secours capable de nous sortir du marasme dans lequel nous vivons. Une mission où le Premier ministre a eu la charge d’arbitrer. Les questions évoquées touchaient à la fois les périodes de repos biologique qui pénalisent tous les acteurs du secteur, mais aussi et surtout des mesures de contrôle et de respect des lois et réglementations. Certaines mesures ont également été débattues. Il s’agit entre autres de réduire de 340 à 100 la flotille de la pêche côtière. Aussi, les armateurs seront tenus de limiter leurs spécialités respectives. Des mesures de veille seront mises en place.

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