Point de vue : Un pont du commerce arabo-africain pour une transformation socio-économique régionale durable

Point de vue : Un pont du commerce arabo-africain pour une transformation socio-économique régionale durable

De nombreux pays d’Afrique et du Moyen-Orient ont enregistré une forte croissance économique au cours de la dernière décennie. Toutefois, malgré les liens sociaux et culturels historiques qui lient ces deux régions, les flux commerciaux demeurent faibles et s’inscrivent dans une tendance baissière.

Par Hani Salem Sonbol (*)

Il existe cependant un potentiel considérable pour stimuler l’intégration économique entre l’Afrique et les pays arabes selon une étude commandée par la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC). Transformer ce potentiel en réels flux commerciaux devrait contribuer significativement à améliorer le niveau de vie de millions d’africains. Dans un contexte africain marqué par une faible inclusion financière, un niveau de pauvreté élevé et une explosion démographique, une telle opportunité ne devrait pas être négligée.

Une étude du Centre du commerce international (CCI) a montré que le commerce interrégional entre pays arabes et africains ne représente que 0,3% du commerce mondial des produits agricoles. Pourtant, les pays arabes membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) exportent 1,06 trillions de dollars vers le reste du monde, tandis que les pays d’Afrique subsaharienne (ASS) exportent 160 milliards de dollars. Cette grande différence illustre l’écart entre les pays africains et le monde arabe en matière des exportations.

Plus inquiétant encore, 70% des 160 milliards de dollars de l’Afrique proviennent du pétrole. Il existe également une grande disparité pour les flux d’exportation interrégionaux. 30% des exportations des pays arabes de l’OCI non pétroliers sont actuellement destinées aux marchés arabes de l’OCI. Si les échanges commerciaux sont importants entre pays arabes, la situation est différente pour les pays membres de l’OCI d’Afrique subsaharienne : sur les 26% d’exportations hors pétrole destinées aux marchés de l’OCI, 9% seulement vont aux marchés de l’OCI en Afrique subsaharienne.

Le secteur agricole est l’un des exemples les plus criants. Ce secteur est le premier employeur du continent. Selon l’OCDE, le secteur agricole représente en moyenne 15% du PIB en Afrique subsaharienne et emploie plus de la moitié de la population active. Inversement, de nombreux pays du Moyen-Orient (y compris tous les pays du CCG) ont du mal à cultiver leurs propres produits en raison de leur climat extrême. Les pays africains ont d’énormes possibilités dans des secteurs que l’on pourrait considérer comme des «opportunités faciles à saisir», tels que l’élevage, le café, les graines de sésame, les produits à base de cacao et les produits de la pêche. Cependant, des problèmes structurels profondément enracinés empêchent de transformer ces opportunités.

Réduire le potentiel d’exportation inexploité de la région grâce au commerce entre l’Afrique et les pays arabes

Pour la plupart des secteurs industriels en Afrique, il existe des obstacles structurels, notamment la faible infrastructure logistique. En agriculture, l’exportation de produits frais nécessite une chaîne de froid infaillible, ce qui est un luxe pour de nombreux agriculteurs ruraux. Parmi les autres défis, citons la faible capacité de traitement (c’est un problème dans presque tous les secteurs de la région) et l’accès extrêmement limité aux lignes de crédit qui permettraient la croissance et l’investissement. Si ces problèmes pouvaient être résolus, de nombreux autres emplois pourraient être créés, les entreprises pourraient prospérer et des communautés entières pourraient bénéficier d’une augmentation de leurs revenus et de leur qualité de vie. Si l’énorme secteur agricole de l’Afrique devait prospérer, nous verrions également la chaîne d’approvisionnement de transformation se développer et un changement radical de la sécurité alimentaire.

Afin de combler ces potentiels d’exportation inexploités, ITFC a lancé le Programme de ponts arabo-africains pour le commerce (AATB) en 2017 au Maroc sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Conçu pour mobiliser de nouveaux partenariats commerciaux, renforcer les partenariats existants et augmenter les flux d’échanges et d’investissements, le programme est axé sur la promotion du commerce et des investissements intrarégionaux entre les pays arabes et les 25 pays africains de l’OCI. AATB s’efforce de soutenir le programme de développement des pays bénéficiaires en contribuant au développement des exportations, à la diversification économique, à la création d’emplois et à l’inclusion économique, en particulier pour les jeunes et les femmes.

Ce programme repose sur un principe selon lequel le commerce est le moyen le plus efficace d’élever le niveau de vie de toutes les couches de la société. Ces résultats seront obtenus grâce à des outils pratiques. Cela inclut la création d’opportunités pour les commerçants pour présenter leurs produits d’exportation aux acheteurs potentiels, la création d’un nouveau réseau commercial en ligne pour faciliter les contacts commerciaux et les échanges d’informations, la mise en place de plates-formes logistiques dans certains pays africains et le développement du financement du commerce et du crédit à l’exportation ainsi que des produits et services d’assurance. Ces outils renforceront la compétitivité et permettront la création de nouveaux partenariats entre les deux régions.

Le commerce arabo-africain et sa contribution aux ODD des Nations Unies

Plus d’un an après sa mise en œuvre, le programme AATB est bien engagé avec des ressources ciblant plusieurs secteurs de l’industrie, dont les industries agroalimentaires, les industries de la santé et des produits pharmaceutiques, les matériaux et équipements de construction, ainsi que les machines et le matériel électrique. Tous ont un potentiel élevé de partenariat commercial et d’investissement entre les deux régions. Il s’agit d’industries qui offrent d’énormes possibilités de création d’emplois et de développement des compétences.

Ces résultats – l’élévation du niveau de vie grâce à l’autonomisation économique – sont les indicateurs les plus importants. La performance du programme AATB ne se mesure pas par le montant des budgets engagés, mais par son impact sur la société et sa contribution à atteindre les objectifs de développement durable (ODD). Il s’agit notamment d’éradiquer la pauvreté et la famine, de la santé et du bien-être, du travail décent et de la croissance économique, de l’industrie, de l’innovation, des infrastructures et des partenariats pour la réalisation des objectifs.

Il est prouvé que la croissance économique est directement liée à la réduction de la pauvreté. Nous savons que le commerce est le moyen le plus sûr de bâtir des industries durables, de stimuler le développement des compétences et d’accélérer la création d’emplois dans la région. Il existe un potentiel énorme pour les échanges intrarégionaux entre deux des plus grands marchés du monde, qui, pleinement exploité, permettra de transformer la qualité de vie de millions de personnes. Pour sa part, ITFC continuera à jouer un rôle actif pour atteindre ces objectifs en renforçant le commerce arabo-africain.

(*) Directeur général de l’ITFC

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