Poirier ou le remède contre la tristesse

Poirier ou le remède contre la tristesse

Ceux qui connaissent Claude Poirier ont véritablement du mal à le cataloguer. C’est incontestablement un aventurier, un baroudeur, un chanceux, un amoureux de la nature et du Maroc, un non-conformiste, un sentimental, mais un sérieux dans les affaires comme dans sa vie privée, un intransigeant, un colérique quand il le faut. Claude Poirier est tout cela à la fois, et bien plus encore.
Commençons par le commencement. Claude Poirier, avant 1995, était un simple parisien dont la vie se résumait à la légendaire expression: « Boulot, métro, dodo ». Jusqu’au jour où tout a basculé. A l’âge de 50 ans, après un gros impayé, il dépose le bilan.
Quatre ans de galère s’ensuivent. Claude est au bord de la déprime. Lâché par tous ses amis et même sa famille (qui jette ses affaires à la rue), il vend tout ce qu’il possède et achète une vieille caravane à 8.000 FF (qu’il baptisera Nadrêva) et décide de traverser toute l’Afrique, comme un escargot, sa maison sur le dos tractée par une Toyota 4×4 (HJ 61 modèle 90), baptisée Charly. Personne ne le prenait au sérieux.
Les journalistes d’un magazine spécialisé, Le Caravanier, qui l’avaient surnommé « Le barjot », étaient persuadés qu’il n’allait pas dépasser La Loire. « En tout cas, si je n’étais pas parti, je me serais tiré une balle dans la tête », avoue-t-il.
Le 8 novembre 1999, en compagnie de ses deux chiens, Zimba et Jazz, Claude entame son voyage dans le continent le plus instable et le plus dangereux du monde, avec comme objectif: atteindre le Cap de Bonne Espérance en caravane.
Sa mission, il va la réussir, au bout de dix mois, après avoir traversé 17 pays et environ 30.000 km. A la suite de tout ce qu’il a vécu, il décide de s’installer au Maroc. Après quelques mois de flottement, il décide de lancer sa propre affaire. Il crée sa propre maison d’édition, Népenthès, nom commun de la langue française qui signifie ”remède contre la tristesse”. Il décide de publier un guide touristique: « Maisons d’hôtes et hôtellerie de charme au Maroc ». Le premier numéro sort en 2002.
Depuis, chaque année, il le met à jour. « Maison d’hôtes et hôtellerie de charme au Maroc » est complètement confectionné par Claude Poirier. Pour cela, il passe le plus clair de son temps à sillonner les quatre coins du Royaume. Il entre dans les plus belles et traditionnelles maisons (riads, dars, casbahs, fermes, hôtels…), afin de scruter son architecture, l’accueil qui y est offert, la cuisine qu’on y déguste. Rien ne lui échappe. ”Mon souci premier est de mettre en exergue ce qui pourrait séduire les acheteurs de mon guide”, explique Poirier. Pour cela, il est très exigeant. Au final, le client n’a absolument aucune surprise.
Grâce au guide, le touriste de charme qui souhaite visiter le Maroc a la possibilité de savoir quelles langues on parle dans telle ou telle maison d’hôte. La distance qui la sépare de l’aéroport, le nombre de chambres et de suites qu’elle contient. Si les animaux domestiques sont acceptés ou pas. Quels types d’activités sportives on peut y pratiquer et bien évidemment, le prix des chambres et des restaurants.
Le tout, joliment illustré avec des photos du riad et un petit texte explicatif. Poirier, en méticuleux qu’il est, ne s’empêche pas de donner des conseils pratiques aux voyageurs et ce pour leur éviter tout désagrément. De quoi donner envie de voyager et de découvrir maison par maison.
Chaque année, Claude Poirier inspecte les maisons et les riads catalogués dans son guide, vendu faut-il le rappeler à 150 DH. Des expertises qui peuvent déboucher sur le retrait de la maison d’hôtes du guide. Un sérieux que le guide Michelin lui reconnaît volontiers puisque c’est ce dernier qui distribue le guide de Poirier en France.
Ce que Poirier a réussi à faire, avec très peu de moyens et beaucoup de bonne volonté, n’a rien a envier, bien au contraire, à l’action de bon nombre d’institutions et organismes étatiques, dotés de moyens faramineux. Merci Claude!

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