Ports du Maroc : Regard d’experts

Le livre de Najib Cherfaoui et de Hamadi Doghmi, paraît sous le titre énigmatique de «Fulgurances», avec en sous-titre, cette phrase qui résume tout le travail: «Ports du Maroc, des origines à 2020». Les auteurs avaient d’abord opté pour deux autres titres dont «Urgences», relatif à la manière urgente dont ont été menés presque toutes les principales réformes portuaires depuis le Protectorat  à nos jours.  «Les décisions dans le domaines portuaires ont toujours été prise sous l’urgence», explique Najib Cherfaoui pour qui seul le Sultan Moulay Abdelaziz, précurseur des ports de Tanger, Larache, Asfi et Casablanca, a pris tout son temps dans les réformes. «Aujourd’hui encore, les premières missions hydrographiques commandées à l’époque par le Sultan nous servent de référence», ajoute M. Cherfaoui, grand admirateur de ce Souverain «en avance sur son époque». En définitive, après avoir écarté «Urgences » qui confine à l’hôpital et «identités portuaires », les auteurs opteront pour «Fulgurances». Edité en plein débat larvaire sur la réforme portuaire, cet avis d’expert se veut une contribution objective au débat.  «Ce livre a été écrit en l’honneur des ports du Maroc lesquels ne se limitent pas seulement à un nuage de chiffres et de tonnages, mais signifient aussi des hommes et des femmes, un écosystème à protéger, des équilibres à préserver. Bref, tout un monde ».
Les auteurs qui ont sacrifié beaucoup de temps à la recherche et à la documentation livrent un travail plutôt technique sur l’origine et le devenir des ports marocains.
Un éclairage utile dans cette période de transition. L’on apprend dans le livre que jusqu’en 1906 le fonctionnement de chaque port est confié au Raïs Al Marsa. Dès 1907 la Dette prend le contrôle de tous les ports. «Le service de l’aconage étant déficitaire, elle préfère s’en dessaisir au profit de la Direction générale des travaux publics (DGTP). Quatre circonscriptions sont alors définies avec au Nord (Rabat, Salé, Mehdia, Kenitra), au Sud (Mohammedia, Casablanca, Mazagan, Safi, Mogadoir, Agadir), dans l’Oriental (Saidia) et dans la zone d’influence espagnole (Larache, Asilah, Martil, Al Hoceima, Mar Chica) ». Plus tard, en 1957, avec la création du ministère des Travaux Publics, le découpage est réduit à deux circonscriptions. Les ports d’El Jadida, Safi, Essaouira Agadir, Sidi Ifni, dits «ports du Sud » sont rattachés, par l’intermédiaire des arrondissements, à la circonscription du Sud. tandis que les ports de Rabat, Kenitra, Larache, Tanger, M’diq, Jebha, Al Hoceima, Mar Chica, dits «ports du Nord » sont rattachés également par l’intermédiaire des arrondissements, à la circonscription du Nord. Ce découpage est maintenu jusqu’en 1973, date de mise en place du Service des ports secondaires. Cette structure est validée trois ans plus tard par la création de la Direction des ports secondaires avec sous sa tutelle tous les ports du Maroc à l’exception de Casablanca et Mohammedia. Par la suite, elle est rebaptisée Direction des Ports en 1983, puis Direction des ports et du domaine public maritime en 1994.
Mais sur le terrain, plusieurs organismes se sont successivement appropriés les prérogatives d’Autorité portuaire, selon les auteurs de «Fulgurances» qui citent pêle-mêle la Régie des exploitations industrielles (1962-1963), la Régie d’aconage du port de Casablanca (1964-1966), la préfecture maritime (1967-1972) puis de nouveau la RAPC (1973-1984) et enfin l’ODEP qui exerce ce rôle depuis 1984 jusqu’à nos jours. La création de l’Office des ports constitue l’élément marquant des années 80. «Les divers plans, qui se sont succédés tout au long de la période (1962-1984), contiennent les ferments de la réforme que va proposer la Banque mondiale, à savoir l’amorce d’un assainissement de la trésorerie de la RAPC et le recentrage des activités de l’Etat autour des thèmes de supervision et de planification.
L’ODEP est créé pour garantir un prêt accordé au Maroc par la Banque mondiale. Simple guichet unique chargé de la perception des taxes, l’Office se mêle à la construction des infrastructures dans les années 90. Pour rappel, «Fulgurances» n’est pas le  premier coup d’essai des deux ingénieurs des Ponts et Chaussées, déjà auteurs de «Veille portuaire maritime » en février 2001, «Vagues dans l’Océan » en juin 2002, «Systèmes portuaires, un tour du monde » en mars 2003 et «Méandres portuaires, entre confluences et éclatements» en  janvier 2006.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *