Pour maîtriser la masse salariale

Le poids de la masse salariale se fait de plus en plus sentir sur la gestion des Finances de l’Etat. C’est l’une des contraintes majeures qui limite les efforts menés pour promouvoir l’investissement et de relancer la croissance. Cela ne peut se faire sans la maîtrise de la masse salariale. D’autant plus que son impact sur les équilibres économiques n’est plus à démontrer. Du moins, si l’on en juge par les nouveaux comptes de la nation arrêtés en 1998. Ces derniers indiquent que l’Administration publique a versé près de 43% du total des rémunérations salariales contre 47,3% pour les sociétés financières. En 2001, la masse salariale a représenté 12,5% du PIB, 14% si l’on tient compte des charges sociales et près de 16% lorsque l’on prend en considération les revenus versés aux fonctionnaires des collectivités locales, relève la Direction de la politique économique générale (DPEG) relevant du département des Finances, dans sa dernière étude. Et d’ajouter que pour la même période, celle-ci a atteint 43,4% des dépenses globales de l’Etat, 53,2% des dépenses de fonctionnement et l’équivalent de 2,4 fois le budget d’investissement hors le Fonds Hassan II pour le développement économique et social et hors soldes des comptes spéciaux du Trésor ».
La DPEG précise dans son rapport que sur la période allant de 1996 à 2001, le taux d’accroissement annuel moyen de la masse salariale a été de 7,3%. « Un rythme plus élevé que celui du PIB nominal (5,2%) », juge-t-on auprès de la Direction.
A en juger par les statistiques de la Banque mondiale, force est de constater que la part de la masse salariale dans le PIB est élevée au Maroc comparativement à des pays similaires. A titre de rappel, ce ratio s’est établi en moyenne ces dernières années à 9,8% du PIB dans la région d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, à 7,7% dans les pays asiatiques, à 6,7% en Afrique hors Maghreb, à 4,9% en Amérique latine et à 3,8% en Europe centrale et orientale. Notons que l’évolution de ce ratio dépend en grande partie de la politique engagée par les pouvoirs publics dans les domaines tels que l’éducation et la santé.
L’analyse de la DPEG fait ressortir que le salaire moyen dans la fonction publique au Maroc est égal à 4 fois le PIB par habitant contre 3 en Tunisie, 2,8 en Malaisie et 2 en Turquie. « Cette situation s’explique par l’insuffisance du PIB au Maroc et la forte concentration de la population active dans un secteur primaire à faible productivité », souligne la Direction. Faut-il rappeler par la même occasion, que le poids de la masse salariale provient davantage des revenus que du nombre de fonctionnaires qui n’est pas pléthorique si l’on le rapporte à la population totale (2,3% au Maroc contre 2,6% en Turquie, 3,7% en Tunisie et 4,2% en Algérie, ajoute la DPEG. La hausse de la masse salariale intervenue depuis 1996 se justifie entre autres par la revalorisation des rémunérations. Cette augmentation est le résultat des accords conclu entre 1996 et 2000 avec les syndicats. Selon la Direction de la politique économique, l’impact global de ces accords sont évalués à 6,8 milliards de DH non compris les rappels.
Dans son étude, la DPEG constate que les revalorisations des salaires des fonctionnaires ne se sont pas accompagnées par une réduction des inégalités. Les conjoncturistes de la Direction sont convaincus que le système des revenus actuel est incapable de faire face aux revendications salariales et de promotion de garde. Il pèse d’ailleurs sur les finances publiques.
Compte tenu de tous éléments, la DPEG estime que la maîtrise de la masse salariale est incontournable compte tenu de son incidence sur la croissance et la compétitivité de l’économie nationale. Cette maîtrise est d’autant plus nécessaire dans la mesure où le pays s’inscrit dans une logique d’ouverture des marchés et de mise en place de zone de libre-échange avec l’Union européenne et les Etats-Unis. Plusieurs pistes méritent d’être étudiées pour réformer le système de rémunération dans la fonction publique.
Rappelons dans ce sens que des études ont été réalisées aussi bien par le département de la Fonction publique et celui des Finances. La DPEG souligne que la dernière en date a été effectuée par la commission des rémunérations instituée par le Premier ministre. Celle-ci a rendu son rapport en juin 2002. Deux grandes mesures ont été proposées : ajustements techniques de la rémunération à court-terme et une réforme profonde sous forme de loi-cadre.
Les ajustements techniques consistent notamment à simplifier la grille indiciaire en intégrant dans le traitement de base les indemnités permanentes et à élargir la grille en augmentant le nombre d’échelons et en ajoutant une échelle supplémentaire dont l’objectif est de résoudre le problème de la promotion, de maîtriser l’évolution de la masse salariale et d’accroître l’attractivité de l’administration pour les compétences pointues, indique la DPEG. Celle-ci souligne par ailleurs qu’une telle refonte ne peut donner ses fruits sans être renforcée par des mesures d’accompagnement notamment sur la gestion des ressources humaines. Il s’agit entre autres de mettre en place une cartographie des effectifs dans le secteur public. L’objectif étant d’harmoniser les taux d’encadrement sur un plan régional et à l’échelle des ministères et de favoriser la mobilité du personnel.
Parmi les dispositions préconisées, on peut citer également l’encouragement des départs volontaires afin de responsabiliser les administrations quant à la gestion de leur masse salariale.
Une politique visant l’amélioration de la masse salariale doit également prendre en compte les incidences au niveau du système public des retraites. Celui-ci est également fait l’objet de déséquilibres financiers sur lesquels il faut se pencher.

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