Pourquoi le tourisme national stagne ?

La stratégie adoptée depuis deux ans pour le tourisme national, à travers un partenariat entre le ministère du Tourisme et les opérateurs hôteliers et agenciers a pourtant fait ses preuves sur le terrain. Mais cette politique a toujours autant de mal à convaincre les professionnels. Pour le seul mois de juillet 2004, période de pic, l’opération «Kounouz Biladi» a enregistré 43 500 nuitées dans les 134 établissements participants. Mais d’après le sondage, toujours en cours dans le Forum marocain du tourisme, beaucoup reste encore à faire pour que cette stratégie puisse convaincre les professionnels. La preuve, sur 485 sondés, 478 se disent insatisfaits de la politique suivie actuellement en matière de tourisme interne. Pour les spécialistes du secteur, Abdelhadi Alami en tête, il faut faire la part des choses. Il y a d’abord une approche conflictuelle entre le citoyen marocain et l’opérateur hôtelier.
D’une part, des nationaux qui réclament, depuis l’indépendance, un hébergement familial, des résidences et des appart-hôtels bien répartis géographiquement dans tout le Royaume et conçus pour recevoir des familles au pouvoir d’achat modeste. De l’autre, des hôteliers marocains, écartant toute possibilité de compromis significatifs sur les tarifs du fait de la charge excessive du système fiscal. Ajoutez à ces perceptions, presque structurelles, une conception de l’offre peu courageuse. Les nationaux n’ont droit qu’aux «invendus», ces excédents de capacités réservées au tourisme international de séjour. M Alami note ainsi que de 1992 à 2003, les nuitées hôtelières développées par les marocains dans les hôtels classés ont stagné littéralement: chiffrées à 2,334 millions de nuitées en 1992, elles ont atteint 2,657 millions de nuitées seulement en 2003, sans jamais avoir dépassé ce score durant les dix années intermédiaires. Que faire? Déclarer forfait et baisser les bras et continuer à tourner en rond ou s’attaquer aux racines du problème, s’interroge l’auteur du livre, «Le tourisme, l’éternel espoir ? «Le tourisme interne, à n’en point douter, exige des efforts considérables en investissements financiers et humains. Ce qui n’est pas tout à fait disponible aujourd’hui, mais des compromis raisonnables peuvent être trouvés : les maisons d’hôtes, les gîtes d’étapes, les maisons des jeunes, les résidences apparts-hôtels, peuvent être les supports d’une politique volontariste et engagée à même de donner un contenu à la vision 2010 sur le tourisme interne».
Une telle approche empirique livrée juste pour provoquer les débats est peut être la bonne réponse au risque de dépendance excessive du tourisme marocain par rapport à l’Europe (la France représente presque la moitié de notre clientèle internationale) Le Marocain aime visiter son pays. Il n’est pas effrayé par les risques d’avions pendant les crises sévères. Il règle ses factures cash et prend des risques de jour comme de nuit sur les routes si meurtrières du Maroc. Concevoir pour lui une vraie politique répond à des raisons sociales et commerciales évidentes.

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