Première fissure dans la cohésion européenne

Première fissure dans la cohésion européenne

Deux jours après le feu vert enfin décidé par la zone euro pour aider la Grèce, la belle solidarité affichée par les Européens commence déjà à se lézarder avec des réserves ouvertement exprimées par la Slovaquie pour débourser ses prêts. Le Premier ministre slovaque Robert Fico a déclaré lundi que son pays ne pouvait «octroyer à la Grèce aucun prêt avant de les voir faire leur devoir», pour réduire leurs dépenses. «Toute décision concernant une aide (à la Grèce) doit être précédée d’une décision effective du Parlement grec de réduire les avantages sociaux que le pays est incapable de financer», a souligné M. Fico, or «personnellement, je ne pense pas que le Parlement grec sera en mesure d’approuver le plan d’austérité» prévu, a-t-il ajouté. Ce dernier a en outre prévenu que le prêt slovaque à la Grèce, qui ne doit cependant s’élever qu’à quelque 800 millions d’euros -sur un ensemble de 110 milliards pour la zone euro et le FMI sur trois ans- ne serait éventuellement approuvé que par le prochain gouvernement qui émergera des élections parlementaires du 12 juin. Un certain nombre de Parlements nationaux doivent en effet encore ratifier le programme d’aide à la Grèce avant de pouvoir délier leurs bourses. La Commission européenne s’est cependant voulue rassurante mardi, expliquant que «les procédures nationales avaient différents calendriers», mais que cela ne remettait pas en cause «la décision d’activer le mécanisme». «Il y a déjà une décision politique de l’Eurogroupe», prise par les ministres des Finances dimanche, «au nom de leurs gouvernements», et «rien n’est remis en question», a souligné un porte-parole. Selon un expert européen, la procédure prévoit qu’«un Etat membre ne peut pas être forcé de débourser» des fonds, lors du versement de chaque tranche trimestrielle de prêts, mais qu’«il ne peut pas non plus empêcher les autres de débourser» les leurs. La Slovaquie pourrait donc décider de ne pas payer, sans bloquer l’ensemble du mécanisme. Les doutes de Bratislava sur la capacité d’Athènes à mener à bien sa cure promise d’austérité ne sont toutefois pas isolé. Le ministre autrichien des Finances Joseph Prall a averti de son côté que l’Europe perdait patience avec la Grèce. «Quand on voit les mouvements de protestations en Grèce, notre patience, à moi et au reste de l’Europe, est quasiment à bout», a-t-il dit mardi, en invitant le gouvernement grec à expliquer clairement à la population que les mesures d’austérité sont absolument nécessaires pour sortir le pays de la crise. Son gouvernement a cependant avalisé mardi l’aide à la Grèce, avant une ratification parlementaire attendue mercredi. Les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, qui se réunissent en sommet vendredi soir à Bruxelles, devront faire le point sur les différentes étapes de mise en place de leur plan, juste après une ratification par le Parlement allemand attendue vendredi. Un certain nombre d’autres pays devraient avoir bouclé leurs procédures à cette date. Les dirigeants risquent toutefois de devoir s’employer à apaiser les craintes de contagion au reste de la zone euro. Des rumeurs ont circulé mardi sur les marchés, indiquant que l’Espagne pourrait à son tour faire appel bientôt aux prêts de ses partenaires et du FMI. Elles ont fait chuter les Bourses européennes et l’euro mardi. Le Premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a cependant rejeté catégoriquement à Bruxelles l’idée d’une telle contagion jugeant que «toute nouvelle spéculation sur la zone euro est sans fondement irresponsable».

 Sophie Laubie (AFP)

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