Quand l’UE œuvre pour la dignité des femmes du Gharb

Quand l’UE œuvre pour la dignité des femmes du Gharb

En 2014, près de 65% des personnes travaillant dans le secteur des fruits rouges dans la région de Gharb-Chrarda-Beni Hssen et à Larache sont immatriculées à la CNSS et bénéficient ainsi d’une couverture sociale. Ce nombre avait connu une hausse substantielle de 40% en 2012 puis de 70% en 2013.

Derrière ces chiffres, un programme lancé par la fondation internationale Oxfam en 2009, renforcé par un plan d’action en 2012 élaboré par le «Better strawberries group», un groupe de travail formé par Oxfam et l’Initiative du commerce éthique.

Avec une superficie de plus de 4.900 hectares, dont 90% dans la région du Gharb-Loukouss, le secteur des fruits rouges emploie des dizaines de milliers de travailleurs au Maroc, dont près de 20.000 femmes. En plus de l’absence de couverture sociale, plusieurs défis avaient été identifiés par Oxfam en 2009. Ainsi, la question du transport des travailleurs s’était imposée comme une problématique majeure. Selon le ministère de l’équipement, du transport et de la logistique, la région de Gharb- Chrarda-Beni-Hssen «se distingue par un état de dégradation des routes particulièrement élevé».

De plus, selon une étude menée en 2012 sur les intermédiaires dans le secteur de la fraise, aucun transporteur ne dispose d’une autorisation de transport des passagers, ni ne connaît de transporteur de la région qui en dispose.

Le rapport d’Oxfam souligne également que l’un des véhicules utilisés le plus souvent est la fourgonnette Mercedes 207 qui, pouvant légalement accueillir 9 personnes, est utilisée pour transporter jusqu’à 55 travailleurs dans le secteur des fruits rouges.

L’un des aspects les plus complexes du plan d’action est celui lié aux intermédiaires, un emploi hautement informel qui peut jouer le triple rôle de recruteur, transporteur et superviseur pour les travailleurs. Le rapport d’Oxfam rapporte que 25% des femmes travaillant dans le secteur des fruits rouges sondées par la fondation déclarent avoir été victimes de violence de la part de ces intermédiaires. Le rapport ajoute que «le tabou entourant la violence et la difficulté à identifier et verbaliser le harcèlement nous porte à croire que ce chiffre pourrait être sous-estimé».

Le respect du salaire minimum est également l’une des problématiques soulevées par ce rapport. Celui-ci relève que le niveau des salaires est particulièrement bas dans les exploitations agricoles où le SMAG (Salaire minimum agricole garanti) n’est pas respecté. Le problème se pose moins dans les usines de conditionnement dont, après la mise en place du plan d’action d’Oxfam, 70% respectent le SMIG (Salaire minimum interprofessionnel garanti). Le rapport souligne également le rôle des intermédiaires dans le non-respect du salaire minimum et du paiement des heures supplémentaires.

Les résultats du plan d’action pour l’amélioration des conditions de travail dans le secteur des fruits rouges au Maroc ont été dévoilés hier mardi à Rabat.
Financé par l’Union européenne (UE) et l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID), ce plan d’action pourrait être considéré comme l’un des impacts positifs de l’accord de libre-échange entre le Maroc et l’union européenne. «Avec l’exportation des fruits rouges vers l’Europe, la responsabilité des entreprises ne peut être que dans l’intérêt des travailleurs», a déclaré Didier Nils, chef de la section développement social et rural à la délégation de l’UE au Maroc.

A cette occasion, Natalia Duguy, directrice associée d’Oxfam, a tenu à saluer l’enthousiasme et l’engagement des femmes travailleuses «Nous avons vu l’émergence de femmes leader qui continueront à défendre leurs droits même après la fin du programme», a-t-elle affirmé.
Le Maroc est passé d’une production nationale annuelle de fraises de 10.000 tonnes en 1995 à 165.000 tonnes au cours de la saison 2012-2013. Près de 80% de cette production est destinée à l’exportation, notamment vers les pays de l’UE. Pour la période 2014-2020, le Maroc prévoit d’augmenter la superficie cultivée à plus de 7.000 hectares et de tripler le chiffre d’affaires du secteur.

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