Quand Oualalou répond à Jouahri

Tant attendus, les chiffres de la dette intérieure de l’année 2004 viennent de tomber. L’annonce a été faite, mercredi dernier, par le ministre des Finances et de la Privatisation, Fathallah Oualalou. De 211,5 milliards de DH en 2003, l’encours de la dette intérieure est passé à 224,1 milliards de DH à fin décembre 2004, soit une progression de 6 %. Pour l’argentier du Royaume, le ratio de la dette intérieure, par rapport au PIB, a enregistré une légère hausse de 0,2 %, passant de 50,5 % en 2003 à 50,7 % en 2004.
Des chiffres qui rassurent, mais, à en croire le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, le constat est beaucoup plus alarmant. Lors d’une conférence de presse, tenue le 25 janvier dernier, ce dernier avait fait une autre lecture de la dette intérieure estimant que celle-ci représente 76 % de la dette globale, soit 16 points de plus par rapport à la norme (60 %). Après Ahmed Lahlimi, c’est au tour de Abdellatif Jouahri d’attaquer l’argentier du Royaume sur son propre terrain.
Défendant son approche sur le financement du Trésor public, le ministre a fait savoir que cette évolution est due à un accroissement de 17,7 milliards de DH des bons émis par adjudications et d’un flux net négatif de 5,1 milliards de DH des autres instruments de la dette. Faisant parler les chiffres, Oualalou est allé jusqu’à donner des précisions sur la répartition de l’encours de la dette intérieure par groupe de créanciers. Selon lui, la part du système bancaire a, encore une fois, enregistré une baisse, passant de 36 % en 2003 à 32 % en 2004. Tendance inverse pour les parts des compagnies d’assurances et des OPCVM (Organismes de placement collectif de valeurs mobilières) qui continuent leur progression gagnant respectivement 3 et 2 points pour s’établir à 32 % et 20 % à fin 2004. Toujours au niveau de la dette intérieure, le ministre des Finances et de la Privatisation a tenu à souligner que la part de la dette court terme a reculé de 9 points pour se situer à 20 % au profit d’une hausse de celles du moyen et long termes qui ont atteint respectivement 49 % et 32 %. Selon les indications du ministre, les mobilisations réalisées sur le marché des adjudications en valeurs du trésor en 2004 se sont élevées à plus de 75 milliards de DH. Le taux de participation des Intermédiaires en valeurs du trésor, principal acteur sur le marché des adjudications, a, quant à lui, atteint 86 % en 2004. Les charges en intérêt de la dette intérieure payées au titre de l’exercice 2004 sont estimées à 14,7 milliards de DH, en augmentation de 594 millions DH par rapport à 2003.
Concernant l’encours de la dette extérieure, ce dernier a atteint 70,5 milliards de DH, enregistrant une baisse de 8,4 milliards de DH en comparaison avec l’exercice 2003. En clair, le taux d’endettement extérieur a pu être réduit de 3 points pour se situer à 15,9 %, contre 18,9 % à fin 2003.
Quant aux charges de la dette extérieure, elles se sont élevées à 13,6 milliards de DH, dont 11,1 milliards au titre des amortissements et 2,5 milliards au titre des intérêts. Tenant un discours optimiste, le ministre n’a pas oublié d’invoquer la gestion active de la dette extérieure, qui, selon lui, sera poursuivie. Rien qu’en 2004, le Trésor a traité 182,5 millions de dollars US, portant ainsi le montant global traité par le Trésor, depuis 1996, à 4,6 milliards de dollars. Si l’argentier du Royaume ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, c’est parce que les résultats de l’année 2004 en matière de conversion de la dette en investissements privés sont plus que satisfaisants. Chiffres à l’appui, l’année 2004 a vu la conversion en actions dans le capital social d’Ittissalat Al-Maghrib de l’équivalent de 100 millions de dollars US de dettes, selon l’accord de conversion conclu en 1999 entre le Maroc et le Koweït.
Et ce n’est pas tout, l’année précédente a été marquée par l’annulation de l’équivalent de 10 millions de dollars US de dettes koweïtiennes et la mise sur pied du mécanisme de conversion de l’enveloppe de 40 millions d’euros en vertu de l’accord conclu entre le Maroc et l’Espagne en 2003. Les investissements publics, eux aussi, ont eu leur part du gâteau à travers l’annulation d’un montant de 5,5 millions d’Euros au titre des dettes à l’égard de l’Espagne destiné au soutien des sinistrés d’Al-Hoceïma, l’engagement de 4,5 millions d’euros pour contribuer au financement du projet d’électrification de la région d’Al Hoceïma, et la conclusion d’un accord avec l’Italie qui prévoit l’annulation d’une dette de 20 millions d’euros en contrepartie de la réalisation de projets destinés à faire face aux dommages causés par le séisme d’Al Hoceïma.

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