Rapport 2012 de la Cnuced : L austérité ne guérit pas de la crise

Rapport 2012 de la Cnuced : L austérité ne guérit pas de la crise

Le nouveau rapport annuel de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (Cnuced) est arrivé. Egalement intitulé «Politiques pour une croissance équitable et équilibrée», il a été présenté à la presse mercredi à Rabat peu après l’habituelle levée de l’embargo qui – sans doute pour ajouter à l’aura du document – en interdit la diffusion avant une heure donnée. Cependant, cette fois-ci, sans même cet artifice protocolaire, le nouveau millésime a du répondant. Il tord en effet le cou à des croyances qui passaient jusque-là pour intouchables. Celle qui veut que l’austérité débouche sur la croissance, en premier. Le rapport 2012 de la Cnuced affirme clairement que «l’austérité n’a pas permis de renouer avec la croissance» et que par conséquent «des politiques publiques de soutien restent nécessaires» pour provoquer la relance.
Plus précisément, les économistes de Genève rappellent que les faits confirment leurs prévisions alarmantes en ce qui concerne les pays en développement qui restent vulnérables tandis que les développés se sont empêtrés dans des réductions budgétaires et des réformes du marché du travail qui freinent leur sortie de récession. Ils prévoient donc une poursuite de la déprime et, comme leurs confrères des autres institutions internationales, ils pensent même que les prévisions de croissance seront plus mauvaises que ce qui a été prévu. Pour la Cnuced en effet, si la croissance mondiale est passée de 4,1% en 2010 à 2,7% en 2011, elle sera inférieure à 2,5% cette année. L’organisme onusien met cependant en garde contre les coupes budgétaires qui ne feront que compliquer les choses.
Ce qu’il faut, c’est réduire les inégalités. Pour ce faire, «les économistes de la Cnuced préconisent des politiques qui préservent la part des salaires dans le revenu national et qui assurent la redistribution du revenu par le biais d’une fiscalité progressive et de dépenses publiques». Ils prônent donc une démarche contraire à celle suivie par nombre de pays à l’heure actuelle. Pour eux, l’important est l’économie réelle et à l’intérieur de celle-ci la place qui y est faite au travail productif. Selon le rapport de 2012 sur le commerce et le développement, les gouvernements devraient également promouvoir une fiscalité progressive des dépenses sociales et encourager des ajustements de salaires en lien avec la croissance de la productivité. Le but est d’arrondir les angles de manière à susciter une demande domestique substantielle et à engendrer une épargne capable de relancer l’investissement. C’est l’une des idées maîtresses du rapport que de poser que c’est la demande qui suscite le développement, auparavant c’était l’offre qui était placée en tête d’attelage. Mais pour que la demande joue la locomotive, il ne faut pas regarder à la dépense, en tout cas il ne faut pas avoir peur de creuser les déficits. Et c’est peut-être là que les économistes de la Cnuced risquent de ne pas être suivis.
Quand la maîtrise des déficits est érigée en règle d’or, quand on pense même à la constitutionnaliser, il est difficile de croire que les gouvernements s’en émanciperont, qu’ils se mettront à dépenser plus sans y penser à deux fois.

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