Régie des Tabacs, avis d’experts

La libéralisation du secteur du tabac au Maroc était un sujet tabou, il y a quelques années. Personne ne pouvait en évoquer l’éventualité. Ces propos ont été tenus officieusement par un haut responsable du ministère de l’économie et des finances devant des représentants d’Altadis (fusion entre le groupe Seita et Tabacarera) et de HSBC Bank (leur conseiller dans le dossier de privatisation de la régie des tabacs).
Aujourd’hui, les choses ont radicalement changé. Preuve en est, le processus d’étude des scénarii de privatisation de la régie des tabacs est amorcé, les consortiums sont en cours de formation et les spéculations sur le futur élu animent d’ores et déjà la scène médiatique.
Du côté du ministère de l’économie et des finances, rien ne filtre. « La commission en charge du dossier n’a pas encore finalisé son travail. Aucune déclaration ne peut être faite avant que l’étude ne soit bouclée », avance d’emblée Najib Hajoui, directeur de la privatisation.
En attendant que ce soit chose faite, les intervenants européens, en l’occurrence ceux intéressés par une prise de participation dans l’actuel monopole du tabacs émettent déjà des « réserves » quant à la suite que peut susciter la privatisation, et par la suite la levée du monopole sur un secteur qui constitue l’un des plus gros comptes chez l’administration fiscales. En France à titre d’exemple, les recettes fiscales provenant du secteur du tabac atteignent plus de 10 milliards d’euros.
Dominique Paulhac, managing director à la HSBC CCF Investment Bank, pour ne prendre que lui en exemple n’a cessé tout au long de son intervention lors du séminaire Focus organisé par le groupe Success de mettre l’accent sur l’urgence extrême d’arrêter préalablement à toute ouverture, le processus de gestion de la fonction des débitants de tabacs.
L’expérience internationale est riche en la matière. En France et en Espagne, les débitants sont un monopole de l’Etat. Au Maroc, la question semble n’e pas avoir chatouiller l’esprit des chargés du dossier. Que veut-on faire de la vente en détail ? tel est l’enjeu. Une brèche qui touche, selon cet expert international aussi bien le volet strictement commercial que celui relatif à la santé des citoyens. « Avoir une distribution sélective peut éviter la propagation du produit et donc en limiter la consommation du tabac ». En Espagne, il y a plus de 28.000 débitants de tabac contre 26.000 en France. Une autre question mérite du recul, celle de choisir le scénario de privatisation le mieux approprié à la réalité économique du pays. Si aujourd’hui, aucune des trois éventualités (cession à un industriel du secteur, introduction en bourse ou mixer les deux) n’est écarté, l’idéal, de l’avis de Guy Dutreix, conseiller du président au sein du groupe Altadis serait de céder 35% à un opérateur de taille, 15% à des institutionnels et introduite le reste en bourse. « Cette formule permet à la fois d’avoir la solidité d’un grand opérateur sans pour autant perdre complètement la main ». Des idées que M. Hajoui promet de prendre en considération dans le processus d’étude. Le voile en sera levé avant la fin de l’année.

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