Samir, panne des sens

Les dirigeants de la Samir n’en finissent pas de s’empêtrer dans leurs contradictions. Dans une sortie médiatique opérée récemment par son directeur général adjoint Jamal Ba-Amer, le raffineur de Mohammedia a distillé des déclarations pour le moins étonnantes.
L’intéressé parle du raffinage comme étant une industrie nationale qui doit être protégée. Or, la Samir a cessé d’être une entreprise d’État depuis sa privatisation en 1996 et sa cession au groupe suédo-saoudien Corral. Les pouvoirs publics marocains sont donc invités, selon le responsable de La Samir, à entretenir et à garantir le monopole détenu par un opérateur étranger !
Ce qui signifie la remise en cause pure et simple de la libéralisation de la filière pétrolière entrée en vigueur en juillet 2002. Une échéance prévue dans le cahier des charges de privatisation de la Samir, qui oblige par ailleurs l’entreprise à mettre en oeuvre un programme d’investissement. Destiné à mettre à niveau l’outil de production, cet investissement n’a pas été réalisé jusqu’à aujourd’hui. Ce que les dirigeants de la Samir ne disent pas, c’est que l’entreprise a bénéficié pendant 5 ans (depuis sa privatisation en 1996 jusqu’à juillet 2002) d’une structure de prix très favorable basée sur un coefficient d’adéquation fixé à 6,5% pour lui permettre justement de mettre en route le plan de développement sur lequel les repreneurs se sont engagés formellement. Ces conditions avantageuses ont permis à l’entreprise d’engranger jusqu’ici plus que sa mise de départ avec un bénéfice annuel supérieur à 1 milliard de Dhs. La Samir désire-t-elle encore perpétuer le système de privilèges dont elle a bénéficié ? Dans ce cas précis, cela a en tout cas un nom : vouloir le pétrole et l’argent du pétrole. C’est au nom de cette revendication insensée que le raffineur se permet de conditionner la réalisation de son programme d’investissement au report du calendrier de démantèlement. Faute de quoi, c’est la catastrophe qui guetterait le pays au plan de son développement industriel et même de son indépendance énergétique. Et la Samir dans tout cela ? Elle serait réduite à une entreprise de stockage. Si ce n’est pas du chantage, cela y ressemble beaucoup.
“ La Samir offre en tout point le contre-exemple de la privatisation. Raffinerie en ruine, produits polluants, c’est un ratage total, “, explique un responsable du ministère des Privatisations. Il ajoute : “ Si Corral refuse d’investir et de respecter ses engagements, elle doit en toute logique rembourser à l’État les sommes accumulées pendant la période de protection tarifaire“.
Dans sa déclaration à la presse, le représentant de la Samir pousse le bouchon trop loin en portant des jugements de valeur sur le pays, affirmant que l’économie du Maroc est en stand-by depuis 1998 et qu’elle manque de la visibilité nécessaire pour les investisseurs. Dans le même tonneau, il juge que le consommateur marocain est moins intéressé par la qualité du carburant que par son prix à la pompe. Cela dénote un mépris certain du citoyen marocain et la volonté de la Samir de continuer à commercialiser des produits de mauvaise qualité qui polluent l’environnement.

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