Sarkosy s’en prend aux délocalisations

La délocalisation des centres d’appels vers le Maroc et les autres pays «émergents» serait-elle dans le collimateur des officiels français? Une récente déclaration du ministre des Finances français, Nicolas Sarkosy sur TF1 jeudi dernier, largement relayée par la presse française, légitime cette question. Le ministre français a en effet proposé d’obliger les opérateurs «à dire d’où ils appellent».
Une obligation qui pourrait prendre la forme d’une «disposition législative» et faire l’objet d’une «proposition de loi» au Parlement français. Au-delà du formalisme de cette démarche, combattre la dynamique des délocalisations semble devenir au coeur de la politique économique du responsable français.
Objectif: trouver des solutions pour que les entreprises restent en France. Et la stratégie de lutte contre les délocalisations de M.Sarkozy a un nom : donnant donnant. «Les aides aux entreprises ne doivent être versées qu’au regard d’un engagement de non délocalisation», a-t-il prévenu.
En clair, « Il n’y aura plus de subvention s’il n’y a pas d’engagement de non-délocalisation et de non dumping. » L’industrie des centres d’appels, considérée au Maroc comme le nouveau eldorado des affaires, semble occuper une bonne place de choix dans ce dispositif. L’explication selon le responsable français réside dans le fait que deux appels sur 10 passés au service clientèle d’une entreprise française sont traités hors de France. Dans sa vision, la démarche de son département en la matière va inciter les entreprises à réfléchir à deux fois avant de délocaliser au risque de ternir leur image. Selon cette logique, les clients français mieux informés pourraient aussi être tentés de boycotter les centres d’appels étrangers…Pour Karim Rahal, patron de IIS, premier call center 100% marocain, cette démarche est ridicule, dans la mesure où tout le monde sait que beaucoup d’appels proviennent en dehors de la France. Pourquoi donc cet acharnement du ministre français ? En France, il existe actuellement 3 000 centres d’appels qui emploient près de 200.000 télé-conseillers. Un argumentaire qui ne justifie pas l’orientation officielle de la France en la matière puisque selon un opérateur local, «le métier de télé-opérateur ne constitue pas en soi un plan de carrière pour un Français. Il s’agit plutôt d’un tremplin, voire une solution provisoire en attendant un travail plus valorisant» En tout cas, près de 10 000 personnes travaillent aujourd’hui pour des entreprises françaises, essentiellement au Maroc et en Tunisie. Un chiffre qui ne cesse de croître.
Une enquête menée en France fin 2003 estime à 10 % le nombre des patrons qui s’apprêtent à délocaliser leur centre d’appels hors des frontières. L’orientation du responsable français intervient justement pour freiner cette tendance. Même si pour les opérateurs français, l’enjeu de ces délocalisations reste minime. Car « certaines tâches de moindre enjeu et de faible valeur ajoutée peuvent tout aussi bien être assurées de l’étranger » avait déclaré Maxime Didier, P-DG de B2S, numéro deux français du secteur dans un journal français. Et d’ajouter que « C’est un mouvement auquel il est inutile de résister ». Sarkosy, lui, continuera-il à faire de la résistance ?

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