Sauver le système financier à tout prix

La crise va durer «longtemps» avec des «conséquences graves», et les autorités doivent tout faire pour éviter un effondrement du système financier mondial, ont estimé lundi le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, et le patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn.
Au lendemain du rachat en urgence de la banque d’affaires américaine Bear Stearns menacée de faillite, M. Gurria a affirmé que cette opération de sauvetage ne concernait pas «juste Bear Stearns» mais l’impérieuse nécessité d’éviter des «risques systémiques» et une panique des marchés.
«La priorité doit être la stabilité du système», a-t-il insisté, lors d’une conférence sur les réformes structurelles en Europe organisée conjointement par l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et le Fonds monétaire international (FMI). «Ce n’est pas que l’on aime nationaliser Northern Rock ou sauver Bear Stearns, c’est qu’il faut donner le signal que les autorités sont prêtes à faire tout ce qui est nécessaire», a-t-il ajouté. Dimanche, la grande banque commerciale américaine JPMorgan Chase s’est engagée à acquérir Bear Stearns, menacée de faillite, pour environ 236 millions de dollars, un montant dérisoire. En février, la Grande-Bretagne avait décidé la nationalisation, temporaire, de la banque en difficulté Northern Rock. Les déboires de Bear Stearns ont de nouveau fait chuter les marchés boursiers lundi : ils perdaient entre 2 et 3% en Europe à la mi-journée tandis que Wall Street devrait ouvrir en baisse d’environ 2%, d’après les contrats à terme.
«Bear Stearns est valorisé 2 dollars par titre. Autrement dit, un industriel du secteur valorise son voisin à presque zéro, ce qui envoie un signal négatif aux marchés», estime un vendeur d’actions parisien. Par ailleurs, la Fed a baissé en urgence son taux d’escompte dimanche, l’un de ses principaux taux directeurs, pour tenter de calmer la crise, et s’est aussi portée garante de 30 milliards de dollars d’actifs risqués de Bear Stearns repris par JP Morgan.
M. Strauss-Kahn a commenté ces mesures en estimant que «la collectivité dans son ensemble était amenée à prendre en charge» le coût de la lutte contre une faillite du système financier, et qu’il ne s’agissait pas de «venir à la rescousse des actionnaires mais du système» financier lui-même. Il a ajouté que les banques centrales «avaient jusqu’à présent bien géré la question de la liquidité» et qu’il n’y a «pas de raison de penser qu’elles ne seront pas capables» de fournir aux marchés les liquidités dont ils ont besoin. Le directeur général du FMI a toutefois admis que «la crise des marchés était devenue plus sérieuse et plus mondialisée» qu’il y a quelques semaines, et qu’elle risquait «d’empirer». «Cela traduit une situation de plus en plus tendue sur les marchés» et «les risques pour la croissance économique sont de plus en plus sérieux», a-t-il insisté. OCDE et FMI vont notamment revoir en baisse leurs prévisions de croissance pour le monde entier, la première jeudi, la seconde dans quelques semaines. Alors que le dollar est en chute libre face à l’euro, qui a atteint un nouveau record à plus de 1,59 dollar lundi, le patron du FMI a noté que «l’ensemble du système monétaire commence à se tendre avec sur le côté fort l’euro, sur le côté faible le yen et le yuan, et au milieu le dollar». Il n’est pas pour autant favorable à une intervention de concert des banques centrales sur le marché des changes pour faire remonter le billet vert. «La balance américaine des comptes courants, largement déficitaire» a besoin pour se redresser du dollar faible, même si les taux de change actuels posent des difficultés», a-t-il conclu.

• Véronique Dupont (AFP)

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *