Singapour, un port-planète

La légende veut qu’un prince de Sumatra ait aperçu un lion dans l’île et qu’il ait décidé d’y fonder une ville dont le nom serait Singha Pura, Ia Cité du Lion, en sanscrit. Une image qui colle bien à cette ville-État, indépendante depuis 40 ans, qui n’a jamais connu jusqu’ici que des succès économiques avec une croissance annuelle d’environ 9% pendant vingt cinq ans.
Avec une superficie d’à peine 600 km2, elle abrite le premier port au monde en terme de trafic de conteneurs ; 234 conteneurs déchargés à l’heure par des portiques pilotés à distance depuis un poste multimédia ; 141 000 cargos chaque année. Il est l’escale incontournable de tout le Sud-Est asiatique, car idéalement situé, à la croisée de 400 lignes navales. Singapour est le lien logistique de plus de 700 ports et de 130 pays, un port de croisière, avec plus d’un million de passagers, et un important centre de raffinage. Il bénéficie en outre d’eaux profondes permettant l’amarrage des très gros cargos et propose des chantiers de maintenance et de réparation de qualité. Pour rester à ce niveau, Singapour consacre chaque année un budget d’environ un million de dollars pour la recherche et le développement. Mais une concurrence régionale très forte et chaque jour plus insistante va conduire Singapour, port à l’origine régional, à devenir un «port-planète».
Hong Kong dispose de prestations presque similaires. La Malaisie ouvre un nouveau terminal en face de Singapour et l’Indonésie envisage deux nouveaux ports. Quant à la Thaïlande, elle veut construire l’équivalent d’un « canal de Suez », afin de détourner l’ensemble du trafic. Pour faire face à cette menace, l’autorité du port de Singapour (PSA) lance une stratégie novatrice. Elle globalise sa structure en prenant des participations à l’étranger, pour un montant annuel de l’ordre de 250 millions de dollars. En 1998, elle décroche la concession du terminal pétrolier de Sinès pour une période de trente ans. En Italie, elle possède 60% du terminal de Gênes et une partie de celui de Venise. En Corée, elle s’associe avec Samsung pour développer le deuxième port du pays, Inchon South Port. En siégeant dans les Conseils d’administration des principaux ports de par le monde, Singapour s’assure, de la sorte, un trafic et un développement durables.

• Cherfaoui Najib
Ingénieur des ponts et chaussées

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