Sodea-Sogeta, une liquidation en douce

Le tant attendu plan de restructuration de la Sodea et de la Sogeta est en voie de prendre forme. C’est ce qui ressort de l’accord conclu la semaine dernière entre les responsables des deux sociétés et les représentants des quatre syndicats, portant sur un accord l’application du plan social qui concernera un total de 1870 salariés des deux sociétés. Un plan social, dont la signature a été présidée par le Premier ministre Driss Jettou et qui nécessitera une enveloppe globale de 900 millions de dirhams, dont 570 millions de DH consacrés aux indemnités de départ alors que le reste est alloué aux caisses sociales. Etant un des plus importants plans sociaux initiés au Maroc, cette opération vient en plus poser les premiers galons d’une restructuration globale des deux sociétés. Une issue dont les premières lueurs s’étaient manifestées le 26 mai 2003, date où le plan de restructuration a été adopté par le gouvernement. De quoi faire lâcher aux professionnels un véritable ouf de soulagement. «Restructuration de la Sodea et de la Sogeta : le bout du tunnel». C’est ainsi qu’a titré Alimentarius, le bulletin d’information de la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri), marquant le satisfecit des professionnels du secteur agricole quant au destin réservé à la fois aux deux sociétés étatiques et aux terres que ces dernières ont gérées. Des terres, d’une superficie globale de 120.000 ha, qui, depuis leur récupération par l’Etat, n’ont cessé de faire l’objet d’un gouffre financier qui s’est creusé davantage pour atteindre un passif de 2.7 milliards de DH et d’un manque à gagner enregistré depuis plus de 30 ans qui s’élève à 13 milliards de DH, à raison de 3000 DH par ha. Un calcul élémentaire montre que les deux sociétés, en cessation de paiement depuis 1992, perdaient plus de 800.000 DH tous les jours. La cause n’est autre que la mauvaise gestion dont elles faisaient l’objet. Un chapitre est désormais clos, un autre est entamé. La méthode adoptée par le gouvernement Jettou s’est fixée comme premier objectif d’arrêter l’hémorragie en figeant la dette bancaire et sociale à un niveau préalablement négocié et rééchelonné. Ensuite, il a été procédé à une véritable levée d’un tabou par la vente des terres situées en zones urbaines et périurbaines. D’une pierre deux coups donc puisque d’un côté, et de l’avis des professionnels, les ressources nécessaires au financement du plan de restructuration sont dégagées, et d’un autre côté, l’exécution des projets d’habitat social et de zones industrielles par le biais de la CDG ou d’autres promoteurs privés, sera facilitée. Une remise sur pied des deux sociétés s’en est suivie. Et ce, par le biais d’un désengagement des activités dans lesquelles elles ont échoué (plantations fruitières, cultures annuelles, élevage, conditionnement, commercialisation…) et en leur confiant la seule mission qu’elles ont jusqu’à présent assumée avec succès. Quelque 34.000 ha seront en effet cédés au privé sous forme de location dans le but de développer les filières agrumiculture, viticulture, oléiculture, maraîchage, rosacés et élevage. Une action qui -sous réserve qu’elle soit accompagnée d’un cahier de charges attractif et rigoureux- pourrait avoir un impact bénéfique à plusieurs niveaux : redevances locatives assurées, remise à niveau de certaines plantations ayant souffert par manque de moyens, réalisations de projets agricoles et agroindustriels d’envergure et à forte valeur ajoutée. Quelque 41.000 autres ha seront laissés aux deux sociétés dont la mission portera exclusivement sur la production de semences sélectionnées et de plants certifiés. «Le recentrage des activités de la Sodea et de la Sogeta autour de cette mission stratégique -que le secteur privé n’est pas en mesure d’assumer- sera à coup sûr bénéfique, non seulement aux deux sociétés mais également à tout le secteur agricole et arboricole», écrit Mohamed Chraïbi, président de la Fenagri sur les colonnes du bulletin précité. Le solde du patrimoine foncier sera soit «restitué» au domaine privé de l’Etat, soit vendu si situé dans le périmètre urbain et préurbain. «Certaines appréhensions risquent cependant de se manifester dans les milieux professionnels à cet égard», remarque le président de la Fenagri. Il s’agit notamment du mode de cession adopté et qui aurait pu se traduire par une vente et non une location qui, même pour une longue durée, «risque de décourager certains investisseurs porteurs de projets à forte composante technologique ainsi que les organismes financiers qui exigent d’eux des garanties réelles». Le doute plane également sur les conditions pratiques du transfert de ces terres au niveau de la transparence, des critères de choix du promoteur, de l’appréciation et de l’évaluation du projet à retenir. Mais les leçons à tirer de cette opération, ainsi que les raisons qui ont menés à l’échec même de l’expérience de la Sodea et de la Sogeta, sont ailleurs. «La décision prise nous impose de retenir deux enseignements», écrit Mohamed Chraïbi. La première en est que le secteur public ne peut gérer d’une manière efficace et rentable des exploitations agricoles s’étendant en l’occurrence sur plusieurs milliers d’hectares. «De ce fait, nous ne devons pas incriminer le mode de gestion de ces deux organismes mais aussi et surtout le principe même de leur gestion par l’Etat», précise-t-il. La deuxième remarque a trait au temps perdu pour décider du sauvetage des deux sociétés. Encore une fois, l’Etat a pêché par ses tergiversations et son manque d’audace alors que le remède était à sa portée depuis au moins une décennie. Mieux vaut tard que jamais.

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