Sommet du G20 : La guerre des monnaies continue

Sommet du G20 : La guerre des monnaies continue

L’accord a minima conclu à Séoul par les dirigeants du G20 ne règle en rien la «guerre des monnaies» entre les principales puissances, qui risque même de s’accentuer et de contrarier la volonté de la France de réformer le système monétaire international. Le groupe des principaux pays riches et émergents s’est engagé, vendredi à surveiller les déséquilibres menaçant l’économie mondiale, à s’abstenir de toute «dévaluation compétitive» et à «favoriser des taux de change davantage déterminés par le marché». Mais aucune mesure concrète n’a été prise, les Etats-Unis et la Chine étant déterminés à ne pas compromettre leur propre croissance. «Le sommet a démontré qu’une solution collective semble être hors de portée», résume Eswar Prasad, économiste à la Brookings Institution à Washington. «Les intérêts des pays à court terme sont si divergents que le chacun pour soi sur la question des monnaies va encore s’accentuer». Les critiques, auparavant concentrées contre le yuan chinois que les principaux partenaires de Pékin jugent sous-évalué, visent désormais aussi les Etats-Unis, accusés à leur tour d’aggraver les déséquilibres mondiaux par une politique du dollar faible. La Réserve fédérale américaine a annoncé la semaine dernière une nouvelle injection massive de liquidités dans l’économie, entraînant la baisse du billet vert. «Aux yeux des Etats-Unis, contrairement au reste du monde, il ne s’agit pas d’une dévaluation compétitive», explique à l’AFP le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. «Washington estime à juste titre que si l’économie américaine se porte bien, cela profitera au reste du monde, mais ce n’est vrai qu’à condition que cette croissance ne soit pas le fruit d’une dévaluation compétitive», ajoute-t-il. Pour Francesco Giavazzi, professeur à l’Université Bocconi de Milan, «la situation ne changera pas tant que les Etats-Unis feront tourner la planche à billets. Or, personne ne peut influer sur la politique intérieure américaine». «Et la coordination des politiques monétaires des grandes puissances reste un voeu pieu», insiste-t-il. Aux yeux des économistes interrogés par l’AFP, l’absence de solutions concrètes au G20 n’est pas une surprise. «Du sommet, il sort des bons mots, des bonnes résolutions, mais on ne peut aboutir à rien de précis car les divergences économiques entre les participants sont trop fortes», lâche Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève. Du coup, la tâche s’annonce ardue pour la France, qui a pris vendredi la présidence du G20 pour un an. Le président Nicolas Sarkozy, a en effet, promis de s’atteler à la réforme du système monétaire international, reconnaissant lui-même qu’il s’agit d’un objectif «ambitieux». Voire «inatteignable», tranche Elie Cohen, du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Paris. Car, fait valoir l’économiste, le G20 de Séoul n’a même pas réussi à s’entendre sur un «scénario a minima» visant à corriger les excédents et déficits excessifs des comptes courants, en se contentant de renvoyer la balle au Fonds monétaire international (FMI). Pour résoudre la crise des changes, Paris caresse l’idée de remettre en cause un système «dominé par une seule monnaie», le dollar, en créant une devise de réserve internationale qui ne soit pas émise par un seul pays. Une ambition partagée par l’organisation altermondialiste Attac, qui souhaite «le remplacement du dollar par une monnaie commune mondiale, instrument de résorption coordonnée des déséquilibres mondiaux». «Les Français ont plusieurs fois tenté d’imposer une vision rationnelle de réforme du système monétaire international», rappelle Francesco Giavazzi. «Mais ça se heurte aux réalités politiques, c’est voué à l’échec», prévient-il.

  Francesco Fontemaggi et Isabelle Tourn (afp)

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