Spéculation et déontologie boursière

La Bourse remplit avant tout un rôle économique de premier ordre. Pour se financer, les entreprises ont plusieurs solutions : soit emprunter de l’argent, soit émettre des actions, soit recourir à leur cash-flow. La spéculation, un terme le plus souvent péjoratif pour les non-initiés, est en fait une prise de risque sur l’avenir. L’acte de spéculer, s’il est nécessaire pour animer une place financière, peut être préjudiciable pour nombre de non-initiés. La spéculation joue un rôle fondamental : assumer des risques que les autres intervenants ne veulent pas supporter. Tout spéculateur minimise ainsi le risque des autres intervenants. Par contre, cet acte peut porter gravement atteinte à la fois aux intérêts d’une place émergeante ainsi qu’aux petits porteurs. C’est le cas d’une société cotée à la Bourse de Casablanca, et non des moindres. La dernière semaine a été marquée par l’inscription de la valeur au chapitre des variations. Après avoir gagné en quatre séances de Bourse plus de 40%, la dite société a vu son cours perdre 20%…encore une fois d’un seul coup ! «Cette intense volatilité témoigne d’un intérêt manifeste pour la valeur avec un objectif de cours bien déterminé», laisse entendre un trader de la place pour qui la baisse actuelle peut être une tactique des spéculateurs sur la valeur afin de susciter de potentiels vendeurs. En effet, jeudi dernier, 10 000 titres ont été demandés à 97 DH l’action, soit le maximum de la valeur depuis le début d’année. La tactique est de hisser le cours à des niveaux supérieurs. Ce type de spéculation est dangereux pour la valeur déjà fragilisée par l’hémorragie subie alors que les fondamentaux sont bons. «Cette action n’est pas sans rappeler le chantage exercé sur d’autres valeurs ou le spéculateur s’est porté acquéreur de plus de 5% d’une société puis à négocier le rachat de ces actions pour le prix coûtant», précise un spécialiste. Sous la menace de demander un siège d’administrateur au sein de la société, poste donnant accès à l’ensemble de données relatives à l’entreprise, les actionnaires de référence préfèrent reprendre les actions ramassées sur le marché. Si rien n’interdit de telles pratiques, un ensemble d’acteurs est interpellé. En tête, le gendarme de la bourse (CDVM) qui d’habitude suit de près chaque mouvement intense sur une valeur, doit rester vigilant aux franchissements de seuils. Il y va de la préservation des intérêts des actionnaires majoritaires. Dans le cas précis de la société dont nous parlions, les règles en place ont été scrupuleusement respectées. «Nous attendons l’entrée en application des nouveaux textes relatifs aux Offres Publiques d’Achat qui sont de nature à mieux régler ce genre d’actions», est-il précisé par la CDVM. En second lieu, la société est liée par un contrat d’animation avec une société de bourse de la place. «Les termes des contrats sont clairs. Le nombre de titres quotidiens à acheter ou à vendre ne peut dépasser un seuil bien déterminé. Si la société subit un assaut spéculatif, le contrat d’animation ne peut assurément pas résister», fait remarquer un Trader. Pour l’heure, il faut se rendre à l’évidence que la Bourse n’est assurément pas un casino. Les attrape-nigauds y sont légion. Autant bien être initié avant de s’y risquer !

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