Subprime : Le mot de l’année sur les marchés

CDO, "conduits", "rehausseurs de crédits", ABS… La crise du crédit, inédite dans sa nature, a placé sous les feux de la rampe d’obscurs produits et pratiques financiers, mais aucun n’a fait autant florès en 2007 que le désormais célèbre "subprime". «On a parlé de «subprime» chaque semaine», soupire Marc Pado, analyste chez le courtier Cantor Fitzgerald à New York.
Preuve de sa nouvelle notoriété, le "subprime", encore inconnu il y a quelques mois, a fait son entrée dans les manuels grand public. Le dictionnaire anglais en ligne Collins explique ainsi que ce terme qualifie un prêt «fait à un emprunteur ayant un mauvais profil en matière de crédit, avec en général un taux d’intérêt élevé». Ces crédits hypothécaires à risque sont le plus souvent consentis avec des taux ajustables, (ARM en jargon financier). Ils sont généralement regroupés en "tranches" (lots), qui servent de support à des opérations de titrisation, c’est-à-dire leur transformation en titres négociables, plus connues sous le sigle ABS. Et les grandes banques en ont été particulièrement friandes, à travers des structures spécialisées, des "conduits" (SIV), qui se sont retrouvés au bord de la faillite lorsque le marché monétaire s’est tari. Tout récemment, les marchés ont découvert une autre bombe à retardement: les rehausseurs de crédit, qui ont garanti ces émissions, en apportant leur "rating" (note) à des émissions pourtant aléatoires. Pour Peter Cardillo, d’Avalon Partners, ce "satané subprime" a, à lui seul, menacé la première économie mondiale de récession.
La "soupe aux lettres en vermicelle", dont le monde de la finance est si friand, s’est aussi enrichi cette année des CDO (Collaterized Debt Obligations), et même des CDO "au carré": des fonds de fonds composés d’obligations adossées à des crédits hypothécaires à risques.
«Ces produits financiers, qui dérivent du crédit, ont créé un monstre financier», estime Nouriel Roubini, de RGE Monitor. Tous les jours, on trouve "une nouvelle dépouille", ajoute Robert Keiser, de Thomson Financial. Stratégie d’investissement consistant à emprunter dans une monnaie dont les taux d’intérêt sont bas, comme le yen, et de placer cette somme dans des devises qui rapportent beaucoup plus, le "carry-trade" a connu une explosion en 2007 à la faveur du gouffre entre le dollar et l’euro ou le yen. Les grandes banques américaines, qui avaient investi à corps perdu dans ces produits longtemps très rentables, ont dû tendre leur sébile et solliciter les milliards des fonds "souverains" créés par des pays en développement disposant de fortes réserves de changes, comme la Chine. Malgré tout, certains analystes continuent à tabler sur un scénario à la "Boucle d’or" (Goldilock), avec une fin heureuse à la crise du crédit et un atterrissage en douceur de l’économie, plutôt qu’une plongée dans la récession. Mais «les CDO et tous les autres instruments de crédit n’ont pas encore fini de faire parler d’eux», pronostique M. Keiser.

• Luc Olinga (AFP)

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