Tariq Sijilmassi : «Notre système de financement est adapté à chaque segment»


ALM : Quelles sont les nouveautés de cette édition du SIAM ?
Tariq Sijilmassi : Le Salon international de l’agriculture au Maroc est l’événement attendu par le monde agricole et plus largement, tous les acteurs et les citoyens qui s’intéressent à l’agriculture nationale et à son environnement à l’amont comme à l’aval. L’édition de cette année s’enrichira en termes de contenu avec ses 10 pôles, un pôle élevage plus important, un cycle de conférences techniques et scientifiques, de nombreuses animations…. Deux nouveaux éléments marqueront également le SIAM cette année. Une plus forte présence des 16 régions du Royaume avec leurs traditions à travers les villages de chaque région. Et un espace souk festif visant la valorisation des spécificités du monde rural (produits du terroir, épices, plantes aromatiques et médicinales…). Cet espace regroupera les coopératives et associations du monde agricole et rural et sera ponctué d’animations culturelles qui retraceront, tout au long de la durée du salon, les sensations  des souks ruraux marocains.

Le Crédit Agricole du Maroc (CAM) est engagé dans le Plan Maroc Vert. Quels sont les projets que vous avez financés dans ce cadre ?
Le 31 octobre 2008 est un tournant important dans l’approche du Groupe CAM vis-à-vis du Plan Maroc Vert, il se matérialise par la signature entre le ministre de l’Agriculture, le ministre des Finances, et le Groupe Crédit Agricole du Maroc, devant  SM le Roi Mohammed VI, du contrat-programme portant sur l’accompagnement financier de la Banque au Plan Maroc Vert au titre de la période 2009-2013. Dans le cadre de cette nouvelle stratégie de développement agricole, la banque s’est attelée avec toutes ses ressources pour la réalisation de l’objectif qu’elle s’est fixée dans le cadre de ce contrat, ainsi elle consolide sa qualité de principal pourvoyeur de fonds du secteur par la mise à disposition de 20 milliards de dirhams représentant 40 % des financements externes alloués à ce Plan dans les cinq prochaines années. Pour la réalisation de cet objectif, la banque s’est appuyée sur les plans régionaux pour identifier les projets d’agrégation à financer dans les différentes filières retenues par le Plan Maroc Vert.   Des conventions ont aussi été signées avec des organismes et des associations qu’on qualifie d’agrégateurs pour canaliser le financement conformément à la stratégie tracée dans le cadre du Plan Maroc Vert, ces financements ont commencé depuis le lancement de la très bonne campagne agricole 2008-2009  pour permettre aux agriculteurs et aux industriels d’en tirer le maximum de profit.

De quoi s’agit-il exactement ?
Le Groupe CAM s’est investi aussi dans l’accompagnement  du secteur agricole sur deux axes. Il y a l’axe des projets structurants, dont notamment l’opération de cession des terres agricoles Sodea-Sogeta au privé. Le Groupe CAM a accompagné plus de 70% des porteurs de ces projets dans leur phase d’adjudication et est investi dans la phase financement. Nous citons également le projet Sebt El Guerdan  pour l’équipement et la plantation de 852 exploitations couvrant une superficie de 10.000 ha dans la région de Taroudant. Il y a aussi l’axe des projets sectoriels par la conclusion de contrats-programmes propres à une filière de manière à mettre à la disposition des opérateurs les moyens pour réaliser les investissements projetés dont on peut citer le secteur avicole quel le CAM accompagne. Par ailleurs, un accompagnement des projets agrégateurs et/ou agrégés est dispensé par le Groupe CAM sur les projets des différentes filières : céréales, oléiculture, sucre, etc.

Vous avez séparé les activités de la banque en trois blocs. Est-ce pour séparer les petits des grands et quelle est l’approche pour chaque segment de clientèle ?
L’organisation du Groupe Crédit Agricole du Maroc en système de financement homogène est basée sur la logique de la segmentation des exploitations agricoles (source RGA 1996). Et l’intervention du Groupe Crédit Agricole du Maroc s’ajuste à la diversité et à la complexité de la segmentation de ces exploitations agricoles. Ainsi le système de financement  est adapté aux besoins spécifiques de chaque segment.
Pour les exploitations agricoles bancables, qui répondent à des critères de taille, de rentabilité et de solidité du support juridique, le Crédit Agricole du Maroc intervient  à travers ses Caisses locales, Caisses RCA, Agences entreprises et Centres d’affaires dans le cadre de la concurrence avec le système bancaire dans son ensemble. Ce compartiment représente 10% du total des exploitations agricoles.
Pour les micros exploitations agricoles, qui tirent l’essentiel de leurs revenus,  non pas de l’agriculture, mais principalement des activités para ou extra agricole dont l’agriculture, le CAM a créé une fondation de microcrédit (ARDI) dont l’implication est stratégiquement axée sur le milieu rural. Le segment cible constitue 40% du total des exploitations agricoles
Reste un segment représentant 50% du total des exploitations agricoles et qui est constitué d’exploitations agricoles, ne répondant ni à une approche bancaire classique (exiguïté et morcellement de la superficie exploitée, faiblesse de la productivité, volatilité du revenu et sa forte dépendance aux aléas climatiques, précarité des statuts fonciers…) ni à une approche microfinance compte tenu de la nature de leurs besoins (cycles de culture long, besoins en crédits dépassant les plafonds de la microfinance …).

Qu’avez-vous prévu pour ce dernier segment ?
Pour ce dernier et important segment d’exploitations, pour lequel il n’existait aucune offre financière adéquate, à l’exception du financement informel, le Groupe Crédit Agricole du Maroc  a proposé la création de la Société du financement du développement agricole (SFDA), avec un soutien de l’Etat dans la couverture du risque et un financement couplé aux incitations financières de l’Etat et ce dans le cadre de projets et/ou programmes gouvernementaux.

Quelles sont les réalisations de la SFDA ?
Il faut préciser tout d’abord que les 700.000 exploitations agricoles dont vous parlez représentent la population globale potentiellement éligible à cette nouvelle filiale du groupe Crédit Agricole du Maroc. La SFDA est dédiée à la petite et moyenne exploitation agricole dans le cadre de projets et programmes gouvernementaux, et assortie d’une offre couplant le crédit bancaire aux incitations financières de l’Etat et à l’encadrement rapproché des producteurs.  Au niveau opérationnel, le Business Plan de la SFDA sur les 5 premières années table sur un objectif de 100.000 clients qui bénéficieront d’une enveloppe de 5 milliards de dirhams. C’est énorme comme effort de démarrage.

Quelles sont les étapes de création de la SFDA ?
Il faut savoir que la création de la SFDA est assujettie à des préalables obligatoires d’ordre administratif, réglementaire et légal que nous venons de finaliser dans un temps record par rapport aux normes de création de ce genre d’institutions. Il s’agit en particulier de la signature le 22 d’avril 2008, sous la présidence effective de Sa Majesté le Roi Mohammed VI de la convention portant création de la SFDA et du Fonds de stabilisation prudentielle (FSP). Puis, la promulgation au mois de septembre 2008 du décret du Premier ministre autorisant le CAM à créer la SFDA conformément à la loi 39-89, après avis favorable du Ministère de l’Economie et des Finances. Ensuite, l’obtention au mois de mars 2009 de la décision d’agrément du gouverneur de Bank Al-Maghrib conformément à la loi 34-03. Après avis favorable du Comité des établissements de crédit. Et enfin, la création juridique de la SFDA auprès du CRI de Rabat au mois d’avril 2009.

Quant est-ce que la SFDA sera opérationnelle ?
Nous avons lancé plusieurs chantiers en parallèle, d’une part, pour améliorer notre visibilité sur les caractéristiques et les besoins de la population éligible à la SFDA, et d’autre part, pour mettre en place les systèmes et procédures nécessaires.
Aujourd’hui, nous préparons le lancement de la première agence pilote dans la localité de Ksar El kébir. Ceci dit, l’activité de la SFDA ne pourra démarrer qu’après signature d’une grappe de conventions sur un premier lot de projets et programmes jugés prioritaires par le gouvernement ainsi que de la convention de gestion du FSP adossée à l’intervention de la SFDA. Cet ensemble de conventions est en cours de validation dans le cadre du Comité de suivi de la convention mère qui est composé du ministère de l’Economie et des Finances, du ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime et du Groupe Crédit Agricole du Maroc.
En somme, le gouvernement et le groupe CAM travaillent à un rythme extrêmement forcé pour amorcer le démarrage prochain de l’activité de la SFDA. 

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *