Taux d’intérêt et paiement mobile : BAM et les banques pas sur la même longueur d’onde ?

Taux d’intérêt et paiement mobile : BAM et les banques pas sur la même longueur d’onde ?

Pour M. Jouahri, les taux d’intérêt débiteurs ne suivent pas le même cheminement du taux directeur fixé par les autorités monétaires du pays. Plus encore, les épargnants peuvent même en subir le contrecoup.

L’information est passée pratiquement inaperçue. Le dernier point de presse du wali de Bank Al-Maghrib (BAM) a abordé la question des taux d’intérêt. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs qu’il le fait. Pour ce dernier, il n’est pas question de baisser le taux directeur au regard de la situation actuelle. Pourquoi? La réponse de M. Jouahri est on ne peut plus claire. Les taux d’intérêt débiteurs ne suivent pas le même cheminement du taux directeur fixé par les autorités monétaires du pays. Plus encore, les épargnants peuvent même en subir le contrecoup. Comment? Le wali a donné son explication. «Quand nous avons baissé le taux en 2014 à 2,25%, le crédit n’a pas augmenté. Quand vous baissez un taux, les banques baissent automatiquement les taux créditeurs servis aux épargnants. Mais pour les taux débiteurs (crédits) elles prennent du temps.

Finalement, l’épargnant est pénalisé», avait affirmé le numéro un de la banque centrale il y a quelques jours. Des sources bancaires requérant l’anonymat se refusent de commenter le constat de BAM, elles affirment plutôt que les taux d’intérêt ont tout de même baissé expliquant que les responsables au niveau des agences traitent les demandes au cas par cas selon plusieurs critères en rapport avec le demandeur. Les mêmes sources affirment que le niveau de taux d’intérêt a baissé au minimum de plus d’un point en comparaison avec la période précédant la baisse du taux directeur rappelant par la même occasion que des crédits à taux variable peuvent se négocier à moins de 4%. Au regard de cette situation, il semble que BAM et certaines banques ne sont pas sur la même longueur d’onde. C’est également vrai pour un autre dossier et non des moindres.

Il s’agit de l’introduction du paiement mobile. Sur ce plan également, il semble que les deux parties ont des avis différents. Des sources affirment que certains analystes financiers avaient demandé de temporiser sur ce dossier en particulier, à travers une mise en œuvre progressive. Mais, la banque centrale a préféré ne pas attendre plus dans le processus d’octroi des agréments qui après une première vague de 8 agréments a atteint aujourd’hui pas moins d’une quinzaine. Il faut dire que l’introduction du paiement mobile devrait révolutionner le secteur bancaire et financier au Royaume avec l’arrivée d’acteurs externes au domaine des finances mais avec des parcs de clients potentiellement importants.

Pour rappel, le numéro un de la banque centrale avait déclaré qu’il y avait déjà sur le marché quelque 360.000 portefeuilles électroniques déjà ouverts, se félicitant par cette même occasion de «ce bon début». Reste à savoir si tous les acteurs du marché partagent ce même point de vue. En tout cas, il semble que l’interopérabilité dans le paiement mobile n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière. En effet, l’écosystème nécessaire n’est pas entièrement mis en place, nous dit-on, à travers notamment l’intégration d’un grand nombre de commerçants sans oublier certains aspects légaux… Affaire à suivre.

Taux

Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir inchangé le taux directeur à 2,25% à l’issue de sa troisième réunion trimestrielle de l’année, avait annoncé la semaine dernière la banque centrale. Lors de cette réunion, Bank Al-Maghrib a analysé l’évolution récente de la conjoncture économique et les projections macroéconomiques de la banque pour les huit prochains trimestres, indique BAM dans un communiqué.

Sur la base de ces évaluations, notamment celles des prévisions à moyen terme de l’inflation, de la croissance, des comptes extérieurs, des conditions monétaires et des finances publiques, le conseil a jugé que le niveau actuel du taux directeur de 2,25% reste approprié et a décidé de le maintenir inchangé.

Par ailleurs et au regard de la persistance de besoins importants de liquidité bancaire sur l’horizon de prévision, le conseil a décidé de réduire le taux de la réserve monétaire de 4 à 2%, permettant ainsi une injection permanente d’un peu plus de 11 milliards de dirhams.

Explications

Le wali de Bank Al-Maghrib (BAM), Abdellatif Jouahri, avait expliqué lors d’un point de presse que le maintien du taux directeur à 2,25% a été décidé sur la base d’un modèle, en plus d’analyses et d’enquêtes portant notamment sur les taux débiteurs et l’offre et la demande du crédit.

Le wali de BAM, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse à l’issue de la troisième session du conseil de Bank Al-Maghrib de l’année, a indiqué que «si une baisse du taux directeur pouvait booster les crédits, on l’aurait fait», rappelant dans ce sens qu’en 2014, le conseil de BAM avait décidé d’abaisser ce taux mais le rythme du crédit n’avait pas augmenté à cette époque. «Il s’agit bien d’une politique publique. Il faut donc analyser toutes les composantes de ce qu’on va décider», a-t-il insisté, ajoutant qu’en présence d’une volatilité aussi bien au niveau interne qu’externe «on préfère avancer et garder des munitions au fur et à mesure».

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