Textile : Des enjeux et des craintes

Textile : Des enjeux et des craintes

Représentant plus du tiers des exportations de produits manufacturés et employant un peu moins de la moitié des effectifs industriels, le textile-habillement occupe une place nodale dans le développement économique et social du Maroc. La banque d’affaires BMCE Capital s’est penchée sur le secteur. Son diagnostic relate même les objectifs inavoués, voire même occultés.
Ainsi, selon la banque d’affaires ; les industriels du secteur, insérés principalement dans une logique de sous-traitance, recourent fortement aux importations de matières premières, dont une grande partie est réalisée sous le régime des admissions temporaires. Pour leur part, les exportations nationales du secteur, réalisées à raison de 90% à partir des tissus importés, ont augmenté à un rythme annuel moyen de 5% sur la période 1995-2003, pour se chiffrer en fin de période à plus de 28 milliards DH .
Toutefois, le constat est inquiétant. « Écartée des restructurations mondiales par manque de vision stratégique, l’industrie textile marocaine se retrouve aujourd’hui acculée à une position défensive, suite à l’émergence de nouveaux concurrents hautement compétitifs », précise la BMCE Capital.
L’abolition des quotas à partir du 1er janvier 2005, qui profitait paradoxalement à l’industrie locale, éclabousse la fragilité de cette filière dans plusieurs pays du monde dont le Maroc. Les différentes projections pour le futur dans le but de faire face à cette globalisation des marchés, les professionnels du secteur ont élaboré un plan stratégique de grande ampleur dont les principaux axes s’articulent autour d’un repositionnement à l’égard de la distribution européenne à travers une offre globale, différenciée et réactive.
Pour ce faire, est-il mentionné, le tissage d’alliances avec les autres partenaires de la zone euro-méditerranéenne par le biais de la co-traitance et la montée en gamme dans les produits finis devient nécessaire.
Côté anticipation, la mise en oeuvre de la réflexion stratégique s’est matérialisée par la signature, le 23 août 2002, d’un accord-cadre avec le gouvernement marocain pour la période 2002-2010. Ce contrat-programme, conclu par la profession avec les autorités de tutelle, fixe des objectifs ambitieux à atteindre dans les six prochaines années.
«Toutefois, cette stratégie pèche peut-être par son pragmatisme, éludant toute prise de risque dans ses orientations, ce qui pourrait aboutir à un accroissement de la dépendance vis-à-vis de l’étranger», ajoute la banque d’affaires.
En conséquence, il semble que la pérennisation du secteur textile-habillement au Maroc devrait obéir à la réussite de la réalisation du triptyque “Intégration industrielle –développement des métiers du design– diversification des marchés à l’export”.
Par contre, les opérateurs du secteur au Maroc se retrouvent dans une position inconfortable. Conscients des mutations profondes que connaît le secteur textile-habillement à l’échelle internationale, plusieurs opérateurs occidentaux se sont, dès le milieu des années 90, recentrés sur les maillons stratégiques de la filière, à savoir la conception et la distribution.
En effet, en recourant à la délocalisation et à la sous-traitance de la production vers les pays à faibles coûts de main-d’oeuvre, les Américains et les Européens accaparé les deux extrémités de la chaîne, dans lesquelles se concentre le plus de valeur ajoutée. Les activités intermédiaires -filature, textile et confection- étant considérées comme peu valorisantes du fait du coût élevé de leur production dans les pays industrialisés.
L’enjeu pour l’entreprise réside ainsi dans la gestion d’un équilibre complexe que des changements dans la réglementation, dans les tarifs douaniers ou dans les taux de change peuvent bouleverser à tout moment.
«La maîtrise de la qualité et des délais de livraison est également un élément-clef dans la réussite de ce nouveau modèle économique. Cet état de fait révèle que les zones périphériques (Sud de la Méditerranée, Europe de l’Est et Amérique latine) aux grands marchés d’exportations (Union européenne et Etats-Unis d’Amérique) disposent de chances réelles pour maintenir une industrie du textile-habillement prospère.
Il est tout de même important de relever le constat de la BMCE Capital : «S’il est vrai que le gouvernement accorde une attention particulière à la pérennisation du secteur textile-habillement national, il n’en demeure pas moins qu’aucune mesure d’envergure explicite n’a été prise afin de pallier sa faiblesse majeure, à savoir son intégration amont ».
De par leur faible consommation de main-d’oeuvre, la filature et le textile ne semblent pas avoir été érigés en tant que priorité de la stratégie nationale dans ce domaine.
Le Maroc aurait ainsi fait le choix de focaliser ses efforts autour du développement de la branche  » confection « , ambitionnant ainsi de s’imposer au niveau de l’échiquier mondial ou du moins européen, en tant que vaste atelier régional de fabrication de vêtements.
Le développement du secteur passerait ainsi par un renforcement des capacités de production du Maroc dans le domaine de la confection, branche fortement utilisatrice de main-d’oeuvre et pour laquelle l’avantage comparatif n’est pas totalement perdu.
Pour conclure, outre l’implication des opérateurs locaux, l’avenir de la filière semble dépendre intimement de la place que veulent lui réserver les autorités de tutelle dans le développement économique et social du Maroc ainsi que des moyens humains et matériels qui seront déployés pour pouvoir faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain.

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