Textile : Un secteur qui s’effiloche

Deux semaines après la fin des quotas sur les exportations textiles, le gouvernement Jettou prend l’affaire en main. Comme l’ont déjà fait les pays de l’Union européenne, mais bien avant la date du premier janvier 2005, le Maroc vient de se tailler un plan sur mesure pour faire face à la nouvelle donne.
Un plan qui ne comporte, pour le moment, aucune baisse des charges, précise un industriel selon qui le Premier ministre est montré inflexible sur toute baisse de la CNSS. Actuellement, 495 entreprises opèrent dans le textile de base et 1 192 dans l’habillement et la bonneterie Si les multinationales, comme Dior ou le groupe Cardin, tirent leur épingle du jeu, grâce à un positionnement de marque, leur garantissant de la valeur ajoutée, ce n’est pas le cas pour l’industrie de base, en général endettée auprès des banques, avec, en plus, des créances indues vis-à-vis de la douane, déclare Othman Sekat, P-dg d’une société textile à Casablanca. Et d’ajouter : «A mon sens aucun plan ne peut réussir si on continue à maintenir sur le secteur des charges fiscales et autres, de 60%. La meilleure manière d’aider le secteur, c’est de revenir aux exonérations qu’avaient accordées feu Hassan II». Autrement dit, zéro charges. Mais on n’en est pas encore là.
Ce qui a été annoncé mercredi dernier, à la Primature, lors de la réunion à laquelle ont pris part, entre autres, Mustapha Mansouri, ministre de l’emploi et de la formation professionnelle et Salahdine Mezouar, ministre de l’Industrie, du Commerce et de la mise à niveau, en présence du bureau national de l’Association marocaine des Industriels du Textile et de l’Habillement (AMITH), c’est la création d’une commission mixte.
L’organe regrouperait les représentants des professionnels du secteur, les ministères du commerce, de l’industrie, de l’emploi et de la formation professionnelle ainsi que l’administration des douanes et la direction des impôts. Serait-ce assez suffisant pour contrer les produits asiatiques ? Cela dépendra de la stratégie, également annoncée par le Premier ministre, à mettre en place pour favoriser la promotion et le développement du secteur textile.
Jusque-là les engagements du gouvernement se sont limités à ceux inscrits dans le code du travail, et à la mise en place des fonds de restructuration. D’après le ministère de l’Industrie, 200 entreprises du secteur ont bénéficié des programmes de mise à niveau, cela en plus de l’aide octroyée à l’AMITH.
L’état des lieux dressé par le nouveau président de l’AMITH durant cette réunion retrace une situation difficile face au positionnement envahissant de la Chine et de l’Inde.
Pour sortir l’industrie textile de l’impasse, l’AMITH propose trois axes d’intervention : favoriser le maintien des entreprises en difficultés, accompagné le secteur vers la mise à niveau et encourager les nouveaux investissements. Au Maroc, le textile habillement compte environ 200 000 emplois pour 1.700 entreprises. Les exportations se chiffrent à 16,3 milliards de dirhams, quasiment le tiers des exportations d’origine industrielle du pays en 2003.
Selon les données du ministère de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau, le secteur est tributaire d’un chiffre d’affaires de 35 milliards de dirhams. En attendant la concrétisation du plan annoncé, ce sont surtout, du point de vue ministériel, le manque de matières premières, le positionnement dans le sous-traitance qui sont parmi les grands handicaps du secteur textile et d’habillement au Maroc. Reste à souhaiter que, pour une fois, ne soit vérifié l’adage disant : «Quand on n’a pas de solutions à un problème, on crée une commission». Il en va de la survie de milliers d’emplois.

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