Thami Kabbaj : «Une régulation des crypto-monnaies est salutaire car ce qui se passe aujourd’hui est malsain»

Thami Kabbaj : «Une régulation des crypto-monnaies est salutaire car ce qui se passe aujourd’hui est malsain»

Entretien avec Thami Kabbaj, CEO de TKL Institute et auteur de «La psychologie des grands traders»

Bitcoin, pipple, ethereum… la volatilité de ces crypto-monnaies inquiète les experts. En effet, les risques liés à l’utilisation de ces monnaies virtuelles sont bien réels. Preuve en est, leur valeur connaît depuis le début de l’année 2018 une chute vertigineuse après une année 2017 faste. Pour en savoir plus, nous sommes allés à la rencontre de Thami Kabbaj, CEO de TKL Institute, agrégé d’économie, ancien trader au sein d’un hedge fund à Londres et auteur de 6 best-sellers, notamment «La psychologie des grands traders» et «L’art du trading».

ALM : Comment définiriez-vous la crypto-monnaie ?

Thami Kabbaj : La crypto-monnaie s’est voulue dès le départ une réponse à la crise économique de 2008 mais surtout à la remise en question du système actuel. On a mis en place un système décentralisé qui n’avait plus besoin d’Etats ni de banques centrales ni de banques… Le bitcoin, par exemple, a comme ambition d’être une monnaie qui remplace les monnaies traditionnelles.

Quelle différence avec la monnaie traditionnelle et quelle est sa valeur réelle sur les marchés internationaux actuellement ?

Les monnaies traditionnelles sont généralement émises par les Etats, elles sont basées sur la confiance et le fait qu’elles soient d’une certaine manière imposées. Mais si on considère que les Etats, du fait de leur dette, auront de grandes difficultés sur le plan du financement, si en plus de cela le système financier s’effondre, il faudra trouver une alternative. Les crypto-monnaies se sont dès le départ voulues être des alternatives mais cela a mené à des dérives avec des valorisations sur les marchés actuels qui sont en complet décalage avec la réalité. Si au départ le rôle qu’elles devaient jouer était louable, aujourd’hui la hausse vertigineuse que l’on a connue montre qu’elles sont instables et qu’il y a eu un engouement qui s’explique fortement par les comportements moutonniers. À l’heure où je vous réponds, le bitcoin a perdu la moitié de sa valeur en un mois, passant de 20.000 $ à 10.000 $ et cela prouve qu’il ne s’agit pas d’un moyen de paiement classique mais d’un instrument hautement spéculatif. Personnellement, je n’ai jamais connu une telle bulle sur les marchés.

Le Maroc a interdit officiellement la crypto-monnaie. Faut-il avoir peur de ce mode de paiement et quels sont les risques qu’il présente aussi bien pour les banques que les particuliers ?

Personnellement, je considère que la technologie est extrêmement prometteuse, néanmoins il y a aujourd’hui une volatilité qui n’est que de la pure spéculation. Je peux comprendre les autorités marocaines car elles souhaitent protéger les particuliers. Je sais qu’il y a de nombreuses publicités mensongères sur le fait de devenir millionnaire rapidement avec les crypto-monnaies et que beaucoup de personnes ont perdu gros ces derniers temps. D’ailleurs, les banquiers centraux de la planète entière mettent en garde les particuliers.  Le risque est très simple : perdre l’intégralité de son placement. Certaines personnes considèrent que le bitcoin peut atteindre le 1 million d’euros et le raisonnement est le suivant : je mise un certain montant et si je gagne j’ai réussi mon pari en multipliant ma mise par 10, par 20 et parfois même plus. Si je perds, je connais dès le départ le montant que je suis prêt à perdre. Le problème c’est que dans cette situation de bulle spéculative, les gens deviennent fous, empruntent de l’argent et se mettent en danger financier. C’est la raison pour laquelle j’essaie de les raisonner à travers mes vidéos sur YouTube et je sais qu’il y a parfois une incompréhension parce que les gens sont dans leur myopie collective.

Certains pays pensent à réguler l’utilisation de la monnaie virtuelle, quel est votre point de vue sur ce sujet ?

En effet, aucun pays n’acceptera le risque de voir sa monnaie reléguée aux oubliettes. Un Etat perd son pouvoir s’il ne maîtrise plus sa monnaie. Le ministre français de l’économie a d’ailleurs nommé un Monsieur Bitcoin pour envisager une régulation et il est question d’en parler durant le prochain G20. Je pense qu’une régulation est salutaire car ce qui se passe aujourd’hui est malsain.

Pensez-vous que la crypto-monnaie a de l’avenir ?

Oui elle a de l’avenir. D’ailleurs Dubaï envisage de créer sa propre crypto-monnaie, de nombreuses banques envisagent d’utiliser cette technologie. Par contre, j’estime que les Etats n’accepteront pas que leur monnaie soit concurrencée par ces cryptos. La Chine a tout simplement interdit, d’autres pays comme la Corée de même. Quant au Maroc c’est déjà le cas. Ce qui se passe aujourd’hui sur les marchés est extrêmement dangereux car encore une fois la grande majorité des bulles finit mal. On a d’ailleurs comparé, à raison, la bulle des cryptos à celle des tulipes. Il faut être très vigilant car encore une fois dans ces situations on a de très nombreux drames sur un plan personnel. Lorsqu’on commence à gagner de l’argent, on pense qu’il est facile d’en gagner mais tôt ou tard le retour à la réalité sera très difficile. Donc pour tous ceux qui s’y intéressent et qui veulent investir, ma seule recommandation c’est : ne le faites pas avec de l’argent que vous ne pouvez pas vous permettre de perdre et soyez très vigilants par rapport à vos interlocuteurs. Il y a un nombre incroyable de publicités mensongères qui vous promettent de devenir millionnaire du jour au lendemain et nous savons qu’elles sont le fait d’entreprises logées dans des paradis fiscaux qui vont piller l’argent de pauvres particuliers. C’est déjà arrivé en France avec les options binaires qui ont dépouillé les particuliers français de près de 5 milliards d’euros et je pense que nous aurons des chiffres bien plus catastrophiques avec ce phénomène des crypto-monnaies.

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