Thierry de Montbrial : «Le Maroc, l’un des rares pays à avoir réussi à garder sa stabilité»

Thierry de Montbrial : «Le Maroc, l’un des rares pays à avoir réussi  à garder sa stabilité»

Entretien avec Thierry de Montbrial, fondateur et président de la World Policy Conference

Thierry de Montbrial, fondateur et président de la World Policy Conference (WPC), était le premier à introduire en 1979 la notion de think tank en France en créant l’Institut français des relations internationales (IFRI). Depuis, il consacre sa vie au progrès de l’humanité dans un cadre harmonieux. En 2008 il a créé la WPC, un rendez-vous annuel où d’éminentes personnalités du monde politique, économique et social discutent autour des questions de la gouvernance mondiale. En marge de la 10ème édition de la WPC, M. De Montbrial a bien voulu nous accorder cet entretien.

ALM : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer l’Institut français des relations internationales ?

Thierry de Montbrial : J’ai été nommé premier directeur du Centre d’analyse et prévisions du ministère français des affaires étrangères en 1973, à ce moment-là j’ai commencé à voyager beaucoup dans le monde entier, ce qui m’a permis de découvrir les think tanks qui existaient dans plusieurs pays comme les Etats-Unis et l’Angleterre et je me suis dit que ce serait bien de créer la même chose en France, c’était le point de départ de l’IFRI.

En 2008, vous avez créé la WPC, quels sont ses objectifs ?

Il se trouve que pendant toutes ces années j’ai voyagé énormément dans le monde, j’ai développé des réseaux personnels et institutionnels considérables et j’étais convaincu que l’idéologie de la mondialisation heureuse était fausse. J’étais aussi convaincu que si le monde était de plus en plus intégré avec de plus en plus d’interdépendance, il fallait aussi une gouvernance et des règles du jeu de plus en plus strictes, sinon j’étais sûr qu’on allait avoir de très grandes difficultés que ce soit dans l’ordre économique ou dans l’ordre politique. C’est dans cette vision que la WPC a démarré. La première édition a été organisée à Evian et les évènements m’ont tout de suite donné raison, puisque la première édition était en octobre 2008 et que ça a eu lieu quelques semaines après la faillite de Lehman Brothers, ensuite dans l’ordre politique il y a eu le soi-disant Printemps arabe et tout le dérapage que nous connaissons depuis. Aujourd’hui l’idée d’une gouvernance mondiale respectueuse de la diversité des peuples et des nations commence un peu à être acceptée et la WPC a pour objectif de développer concrètement aussi cette vision.

Les intervenants sont toujours des personnalités éminentes qui ont très souvent un agenda chargé, comment réussissez-vous à les convaincre de participer à la WPC?

Comme je vous ai dit, j’ai d’abord un passé personnel (rires), je connais beaucoup de monde et je voyage beaucoup, mon réseau ne cesse de se développer, et il y a un moment où ça fait un effet boule-de-neige, la réputation de la WPC commence à s’établir de plus en plus et les gens commencent à nous faire confiance. En fait, comme tout dans la vie ça se construit progressivement.

Vous travaillez depuis plus de 40 ans pour une géopolitique de paix, quelles sont vos motivations ?

Je pense qu’il doit y avoir aussi une dimension spirituelle, je crois qu’on est sur terre pour faire quelque chose, c’est pour ça que je consacre un peu ma vie à une modeste contribution pour voir comment améliorer les choses, mais pour ça il faut aussi être réaliste, je crois que si on veut contribuer à soigner les malheurs de l’humanité il faut éviter les idéologies simplistes, et il faut avoir une vision éthique des choses mais il faut aussi regarder le monde tel qu’il est et c’est pour ça que je me méfie beaucoup des idéologues.

Pensez-vous que le Maroc jouit d’une bonne gouvernance ?

Le Maroc est tout d’abord une nation qui a une histoire et je crois que la monarchie marocaine a démontré dans des moments difficiles qu’elle était adaptée aux besoins du pays. Le Roi Mohammed VI a démontré sa capacité de faire face positivement à des situations extrêmement difficiles, quand on regarde tous les périls auxquels quelques pays sont soumis, notamment le Maroc, je crois que ce dernier est l’un des rares pays qui a réussi à garder sa stabilité. Je pense aussi que chaque pays doit avoir les institutions qui lui correspondent et c’est pour ça que dans ma propre vision des choses, je crois que les pays occidentaux en particulier doivent s’abstenir de donner des instructions ou d’essayer de changer les régimes des autres.

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