Time-share : L’arnaque 5 étoiles

Time-share : L’arnaque 5 étoiles

Il y a un vide juridique en matière de time-share au Maroc. Cette pratique commerciale qui consiste en la vente des résidences de vacances à temps partagé prospère depuis la fin des années 90, sous un parfum de scandale. Régulièrement, des plaintes pour harcèlements sont adressées aux autorités, sans feed-back significatif. La plupart des entreprises changent de nom plusieurs fois.
Par ville, la palme d’or revient à Marrakech. Entre 2000 et 2003, les autorités locales ont reçu plus de 53 plaintes émanant de touristes, d’individuels, mais aussi de certains TO comme Fram Orange Tour, le Groupe Accor. Figure également parmi les plaignants, le Centre européen des consommateurs français. Le phénomène est tel que la plupart des tours-opérateurs encadrent leurs clients dans les rues de la ville, certains n’hésitant pas à leur remettre des conseils sous forme de manuel. Les touristes se plaignent le plus souvent de harcèlements.
Interdit en Europe, le racolage public ne l’est pas au Maroc. Les choses se passent en toute impunité. Le nom de la société Hermès Investissements revient souvent quand on évoque ce phénomène. Cette entreprise qui a battu tous les records de plaintes n’existe plus ; tout au moins, elle ne porte plus son nom d’origine, peut-être trop proche de la célèbre marque. On retiendra surtout que c’est en pleine procédure, suite aux nombreuses plaintes, que Hermès Investissements à disparu. Le fondateur et associé unique, un Franco-libanais, résidant à Marrakech depuis 1999, a, en lieu et place, monté une entreprise, Univers Vacances, qui ne gardera pas longtemps sa virginité.
Comme son prédécesseur, Univers Vacances depuis son lancement il y a environ deux ans et demi, fait l’objet de nombreuses plaintes, à côté d’autres adeptes du time-share comme Key World International, Performances… Mais, comme l’ironise un hôtelier de Marrakech, ces sociétés ne sont pas à confondre avec des investisseurs étrangers : certains comptes sont basés dans le célèbre paradis fiscal d’Andorre. Engagé aux côtés de Hermès à son arrivée à Marrakech en 1999, Abdellatif Kabbaj, président de la chaîne Kenzi, a fait marche-arrière: «Nous avons tout suspendu, en attendant la législation».
Un souci qui n’arrête pas tout le monde. Les sociétés de time-share continuent de naître, avec cette caractéristique commune : des contrats complexes et des ramifications multiples qui rendent les poursuites souvent délicates. Illustration de ce mic-mac, les contrats signés à Casablanca, entre la respectable société Vacation Bourse et ses clients. Le document est établi au nom d’Inter-Holiday, société dont le siège social est basé à Rabat et qui débite ses clients via l’Union marocaine de banques.
Inter-Holidays n’est elle même qu’un intermédiaire, agissant pour le compte de Sihag SA qui, elle, se trouve à Agadir. Le propriétaire est difficile à joindre au téléphone, comme ont pu le constater des clients, un couple marocain, qui depuis deux ans, tentent en vain d’annuler un contrat vite signé après un racolage en règle à Casablanca. Soit dit en passant, chaque signature rapporte entre 41 000 dirhams et 70 000 dirhams, contre l’acquisition d’un droit de jouissance à temps partagé, et non, comme l’ont cru naïvement bien des commerçants casablancais, d’un titre foncier.
Bref, la ci-nommée Sihag SA se dit dans le contrat-type établi pour les clients, propriétaire de divers appartements qui dépendent de la résidence touristique Soraya. Cette résidence qui se trouve à Agadir se disait à l’époque, en cours d’affiliation à l’Organisme international d’échanges RCI (Resort Condominium International), première bourse d’échange de résidences et hôtels.
Pour faire du time-share, il n’y a pas de démarches spécifiques à entreprendre, pas de cahier des charges à observer. Face à ce vide juridique et devant le nombre de plaintes, chaque région essaye de réagir selon ses propres moyens.
Fin mars, les autorités locales de Marrakech, réunies avec la brigade touristique, ont interdit le démarchage dans la rue. Principe retenu : c’est au client de s’adresser à l’entreprise pour acheter et non l’inverse. En attendant l’élaboration d’une loi ou d’un code déontologique (question à peine effleurée lors des dernières Assises du tourisme), les entreprises sont tenues d’observer un minimum de retenue, et surtout de respecter, comme c’est le cas en Europe, un délais de sept jours pour la rétraction des contrats.

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