Tourisme : des prestations et des prix

Tourisme : des prestations et des prix

Dans l’alchimie des économistes, les prix touristiques occupent une place de choix d’une part, ils obéissent à la règle générale, y compris le dumping (bradage) ; d’autre part, ils sont extrêmement diversifiés. Nombreux sont les paramètres qui participent à leurs fluctuations : les investissements effectués, les périodes de l’année, les lieux, les promotions, l’effet des voyages en groupes, la correction des options souvent obligatoires, les taux de change, le choix des services apparemment identiques… Si les lois du marché sont prépondérantes dans ce secteur quasi privé, la grande diversité des prix pratiqués ne répond pas toujours à une logique évidente, sauf peut-être pour des produits marginaux. Ce serait le cas des « produits séjours » attachés aux gîtes ruraux, où l’on constate que le prix varie selon la distance à la mer ou aux stations de ski, la proximité d’un site touristique, l’importance des espaces naturels, voire de l’arboriculture ou de l’élevage, l’altitude et bien sûr, tout ce qui rend attractif le gîte (capacité, confort). En revanche, dans les principaux secteurs comme les transports aériens, les voyages à forfait ou tout ce qui ressort de l’hôtellerie et la restauration, les prix dépendent d’une projection sur le marché et fluctuent donc au gré de son incessante recomposition. La pratique du Yiel management n’est pas étrangère au processus. Dans un avion, par exemple, deux passagers côte à côte peuvent payer leurs places dans un rapport de 1 à 5. Partout, de tels écarts sont la règle. Non seulement, l’élasticité de la demande par rapport aux prix est forte, mais les marges bénéficiaires qui devraient mieux les fixer restent souvent inconnues avant que les services ne soient effectués. Ainsi pour les voyagistes, les marges sont en théorie de l’ordre de 2 % mais elles peuvent êtres multipliées par 2 ou 3, voire plus ou parfois, disparaître… Le dumping mal étudié tend à dégrader la qualité de la prestation globalement, comprenant les services qui génèrent une dévalorisation des ressources humaines et les installations qui ne se rénovent pas assez et qui mènent parfois droit vers l’insalubrité des lieux. Certes, l’absence d’indicateurs absolus, le flou des statistiques et la tendance à se projeter dans l’avenir, à tel point que les prix pratiqués dépendent plus d’un optimum théorique que de la qualité des services offerts, font de l’industrie touristique une activité économique tout à fait exceptionnelle. La conception d’un voyage à forfait par exemple qui aboutit à des prix fondés à la fois sur le coût du transport aérien, du séjour hôtelier, des repas pris au restaurant, de l’animation requise et de divers frais de gestion et de prévention, est le meilleur moyen de brouiller les cartes. J’en ai en mémoire un tarif proposé par une publicité où l’on avance, qu’une fois le billet d’avion payé, le séjour est gratuit ! Bien sûr il s’agit d’un trompe-l’oeil, mais cette apparente mystification ne peut que nous désarmer. D’autres opérateurs qui pratiquent le tourisme de masse en utilisant des hôtels de grandes capacités préconisent dans leurs cotations le prix d’avion charter, la demi-pension d’hôtel au prix plancher pour confectionner un prix bon marché, compétitif à outrance. Certes, avec le volume, ces opérateurs se retrouvent, mais l’hôtelier est parfois obligé d’exclure le prix de l’hébergement de son forfait et vendre le petit-déjeuner et un repas à un prix de masse dérisoire, comment peut-il rentabiliser son investissement, rembourser ses crédits et offrir une prestation de qualité qui reflète sa classe ? L’écart entre un client individuel et un client groupe séjournant dans le même établissement dépasse parfois la comparaison de l’aérien de 1 à 5, ce qui fait rager le citoyen national qui a du mal à admettre cette disparité. Si l’on veut réellement encourager le flux du tourisme national, une stratégie incitatrice devrait être mise en place en offrant des packages aux nationaux identiques aux internationaux sachant que les nationaux avec la proximité retourneront plusieurs fois dans leurs lieux de séjour sans occasionner des frais de promotion et de publicité à l’étranger. Au sommet de la pyramide, les puissants GDS ou Global Distribution Systems canalisent la plus grande partie des réservations et qui sont cinq dans le monde, tous managés par les compagnies aériennes dont quatre par les Américains. Sabré, lié à American Airlines rivalise avec Apollo (Galiléo en Europe). Worldplan et l’ensemble constitué par System One et Amadeus, ce dernier ayant été créé par Air France et la Lufthansa. Il va de soi que ces GDS ont aussi des filiales dans l’espace Asie/Pacifique. Par ailleurs, 30 centrales intégrés servent près de 20.000 hôtels dans le monde, en faire partie c’est s’assurer une part durable du marché. A ce réseau, ne s’appliquent pas les paramètres développés ci-dessus, c’est souvent des établissements de première classe destinés au tourisme d’affaires qu’au tourisme de masse qui a désormais ses spécificités. Le viatique ou les préparatifs du voyage «viatique» a la même racine latine que «voyage». Or, ces provisions de route peuvent êtres très diverses. Deux réflexions débutantes donnent le ton : le voyageur est celui qui voyage dans sa tête avant d’acheter le billet d’avion ! Donc on rêve et on lit, le voyage ne nourrira l’esprit que pour celui dont l’esprit a soif de connaissance et qui les précède par une interrogation méthodique. Le touriste qui est donc aussi un voyageur, échappe rarement à la règle. En le voyage lui-même, ce qui reste logique est le retour avec les photos, les films, les souvenirs, les achats de l’artisanat local, ne sont évidemment pas neutres. La configuration du prix de la prestation cède le leadership à la joie du voyage et sa réussite qui sont désormais plus importantes chez le touriste satisfait. Car l’avant-voyage dure plus longtemps que le voyage et s’inscrit dans l’activité du tourisme de manière plus nette que l’après-voyage. Il consiste à choisir une destination, à se documenter sur les lieux appréhendés et enfin à s’engager auprès des professionnels pour arrêter toutes les conditions matériels. Aujourd’hui, le futur touriste conçoit presque toujours son voyage en faisant appel à l’industrie touristique quoique’il n’ait qu’une image très floue du voyage qu’il prévoit, son choix n’est pas arrêté, le prix joue un rôle non négligeable, ce touriste veut du soleil, la plage de sable blanc, les palmiers, les délices de la gastronomie locale, les divertissements et les excursions. C’est l’image globale, plus au moins subjective, mais quand il arrête son choix et qu’il donne plus de consistance à son rêve ce sera donc la destination X et tant pis s’il l’imagine comme une destination en or. Il suffit qu’un maillon de la chaîne de son rêve ne se réalise pas comme souhaité et la destination d’or devient de bronze à prix d’or ! D’où les complications du mécontentement ! * Jamal FILALI :Promoteur et Consultant en Tourisme [email protected]

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