Tourisme et Terrorisme : investir pour se prémunir

Tourisme et Terrorisme : investir pour se prémunir

Quelques rares analystes sont arrivés à la conviction que les islamistes-terroristes ou tous ceux qu’on désigne comme tels ne visent pas la mise à sac de l’Europe et de l’Amérique mais cherchent en réalité à négocier, à leur manière, la liberté de mettre à feu et à sang leurs propres pays pour y instaurer un régime de Calife vieux de 14 siècles.
La dernière déclaration de Tony Blair affirmant que les attentats de Londres n’ont pas pour origine le ralliement de son gouvernement au président Bush et Sharon mais la situation dramatique et anti-démocratique dans laquelle vivent la plupart des pays arabes et musulmans est bien révélatrice de l’avancement du processus. La lutte contre les consommateurs d’alcool et les dragueurs de tous genres, les pervers et les mafieux ne constitue que l’arbre qui cache la forêt.
En fait de combats il n’y en a qu’un et c’est celui qui constitue pour chaque pays concerné -et nous le sommes- d’être à l’écoute du peuple et de mettre rapidement en place un système de gouvernance de proximité de façon à traiter les problèmes au bon moment, avant qu’ils ne se transforment et ne dégénèrent. L’affaire du belge Servaty, les débauches organisées par ci par là par des Moyens-Orientaux ou autres, les beuveries collectives dans les bars, les night clubs et les cabarets, qui de temps en temps posent problème, tout cela ne constitue que des faits divers qu’il faut bien entendu suivre et contrôler pour mieux maîtriser leur évolution mais sans excès ni panique.
Quant à les éradiquer, cela relève d’un autre registre qui a besoin de réponses pour des questions que nous nous refusons encore de poser. Un grand commis de l’Etat qui se trouve à la tête d’une wilaya m’a fait une brillante synthèse de ce qui peut être notre position à ce sujet.
Les pouvoirs publics ne peuvent avoir qu’une posture ; c’est celle de réagir devant le comportement des étrangers, quelles que soit leur nationalité, comme aurait réagi leur propre gouvernement. L’Europe et le Moyen-Orient condamnent la prostitution visible et la pédophilie imposée aux enfants mineurs, de même ils interdisent la pornographie en tant que pratique et commerce ; ils luttent sévèrement contre l’usage de la drogue.
Le Maroc doit faire de même mais il se doit d’éviter à tout prix de donner l’impression de dépasser ses droits et de créer des tracasseries inutiles aux touristes étrangers. L’essentiel est de trouver comment protéger la dignité des Marocains sans mettre en danger leurs intérêts.
Est-il obligatoire par exemple de traîner dans les commissariats les personnes soupçonnées de dépravation et de les présenter au parquet ? N’ y aurait-il pas une autre approche plus «pragmatique» et qui, au nom de l’intérêt bien compris du Maroc, consisterait à traiter cas par cas tous ces faits divers et incidents en ayant à l’esprit le fait que les étrangers viennent au Maroc pour se détendre, qu’ils sont loin d’être tous des saints et que ce qu’ils cherchent à faire fait partie intégrante d’un package dans lequel les relations humaines sont essentielles. Le problème d’une certaine jeunesse marocaine, chômeuse, oisive et désorientée, intervient ici sérieusement pour donner plus de contenu à ces relations humaines entre touristes et locaux.
Avec le temps la demande de débauche a fini par céder la place à une offre qui lui est aujourd’hui bien supérieure.
Comment, en effet, refuser des propositions de femmes, d’hommes et de jeunes peu farouches cherchant à rompre leur isolement et à couvrir les besoins de familles désarticulées et soumises à un destin impitoyable ? Il fut un temps où ces familles ont joué sur les registres de la dignité et de l’orgueil, aujourd’hui elles sont complices silencieuses d’une situation dégradante mais nécessaire et quelque fois vitale.
La réponse à tout cela c’est l’investissement massif dans les communes et les banlieux, l’installation urgente d’assistantes sociales dans les quartiers populaires des communes et des bidonvilles, pour conseiller et orienter ces bataillons de jeunes filles qui vont aujourd’hui en prison pour la simple raison qu’on découvre dans leurs sacs une boîte de préservatifs. Mettre à l’ombre cette belle jeunesse, ouvrir des dossiers judiciaires à tous ces étrangers qui font confiance aux prospectus et aux discours ambiants, ne réglera jamais les problèmes. Une fille dans le besoin peut être une prostituée potentielle mais une fois envoyée en prison elle le sera effectivement et pour la vie. Nous avons moins besoin de sévir que d’écouter, de consoler et d’orienter ces jeunes perdus, dans un monde difficile où rien ne leur est offert gratuitement.
L’ambitieux programme «INDH» lancé par Sa Majesté le Roi est la réponse adéquate à ce genre de problématique. A nous d’en faire le meilleur usage possible et de profiter au maximum de la sollicitude Royale. En attendant, nous ne devons pas oublier que ces filles et ces garçons que nous traitons aujourd’hui comme du bétail pourront être demain les nôtres.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *