Tourisme rural : un segment à valoriser

Depuis le lancement du Projet de développement du tourisme de montagne (PDTM) en 1987 et complémentaire au PHAC, le nombre de touristes qui ont visité cette vallée est estimé à 19 000 en 2002, contre 3000 seulement en 1987, soit six fois plus en quinze ans. Ce qui n’a pas manqué de marquer la vallée à tous les niveaux même à ceux des richesses qui attirent les touristes.
Sur le plan de l’architecture, des changements de style commencent à avoir lieu. Et les ighrems (greniers collectifs) qui sont tous d’anciennes bâtisses restent un patrimoine historique très riche qu’il faut sauvegarder. Dans cette vallée, le petit grenier du village s’appelle tighremt. C’est une bâtisse fortifiée qui servait autrefois à stoker et/ou conserver les récoltes, les bijoux et les documents de valeur. On la trouve encore dans chaque village mais rarement intacte vu qu’elle n’est plus exploitée donc plus entretenue. Dans certains douars, on trouve aussi l’ighrem comme grenier familial et grande maison fortifiée de plusieurs étages et qui servait d’habitation aux familles riches. Quant aux grands greniers- forteresses de chaque village, ayant disparu depuis longtemps, il n’en reste plus que deux dans la vallée: Sidi Chita et Sidi Moussa. Ils sont construits sur des cônes qui dominent une grande partie de la vallée. Ils sont plus grands et plus imposants avec une vue panoramique et des meurtrières. Chose qui permettait, autrefois, aux gardiens de voir l’ennemi au loin et de mieux se défendre pendant les guerres et les razzias.
 Sidi Moussa, grenier et marabout,  a bénéficié d’un budget de restauration dans le cadre d’un partenariat maroco- français et l’aide de l’UNESCO qui l’a déclaré patrimoine mondial au détriment du grenier de Sidi Chita dont le plafond est déjà tombé. Sidi Moussa comprend quarante loges qui servaient aux familles du village de Timmit. Actuellement, les touristes peuvent le visiter toute la semaine (sauf vendredi matin) en payant une somme symbolique pour contribuer à l’entretien du dernier grand ighrem de la vallée. Les visiteurs ont même droit à un thé vert à la menthe tout en admirant le panorama. On peut aussi découvrir un petit musée ethnographique des Aït Bouguemmez improvisé à l’intérieur de l’ighrem. Différents articles artisanaux, vieux ustensiles traditionnels de cuisine ou objets domestiques et autres y sont soigneusement exposés. 
Cependant, nous constatons l’absence d’un projet qui sauverait les autres greniers et le style architectural traditionnel en général, afin que la vallée ne perde pas ce patrimoine-atout. Il est d’autant urgent qu’impératif de trouver une formule qui encouragerait les habitants à ne pas changer le style et les matériaux locaux de construction. Les maisons anciennes, étant en pisé, résistent mieux à la chaleur et surtout au froid de la montagne. Pourquoi substituer le béton au pisé ? Alors que cela devrait, au contraire, persuader les habitants du caractère pratique de leur architecture et de sa valeur identitaire qui fait d’elle un atout touristique aussi. Pour réussir à sauvegarder ce patrimoine, il faut impliquer les habitants dans des projets qui améliorent leurs conditions de vie comme c’était le cas des projets du PHAC, du PDTM, de ceux de la banque mondiale et du CICDA (ONG française). Mais cela ne doit pas se faire au détriment des secteurs traditionnels de l’économie de montagne comme l’élevage, l’apiculture, la tapisserie…etc.
En attendant que les autorités rendent impératif (ou du moins encourageant) le respect des normes de l’architecture traditionnelle par les nouvelles constructions, il faut commencer par sauver ces anciennes bâtisses des ighrems et tighremts de la vallée. Dans ce sens,  la synergie de tous serait souhaitable: l’Association locale (ou régionale) des accompagnateurs et des guides de montagne, les gîteurs de la vallée, les agents spécialisés en tourisme de nature, la commune rurale et bien d’autres pour restaurer quelques ighrems. Rappelons que l’architecture locale forme l’un des atouts majeurs qui attire les touristes dans la vallée.

                         
• Mohamed  El Bouchhati
Enseignant à L’IST de Marrakech 

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