Tous contre le chèque en bois

Tous contre le chèque en bois

Le Maroc veut renforcer la crédibilité du chèque en tant que moyen de paiements. Avec un encours de 25 milliards de dirhams (effets impayés) en 2003 et un million de chèques émis sans provision, il y a péril en la demeure. Ce montant correspond quasiment à la moitié de toutes les créances en souffrance des banques.
Les principaux acteurs concernés, à savoir Bank al-Maghrib, le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) et par ailleurs, le ministère de la Justice organisent une campagne nationale de sensibilisation. L’objectif, prévenir et lutter contre la prolifération des chéques sans provision. Le lancement officiel de la campagne aura lieu à Rabat, ce lundi 7 mars, lors d’une réunion plénière de formation de Bank al-Maghrib.
La campagne démarrera à Laâyoune, le 14 mars, pour finir à Casablanca le 18 juillet prochain, après un périple qui passera par Nador (28 mars), Tanger (11 avril), Meknès (25 avril), Fès (9 mai), Marrakech (23 mai), Agadir (6 juin), Kénitra (20 juin) et Rabat (4 juillet).
En attendant, la journée du 7 mars qui sera ouverte en présence du gouverneur de Bank al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, du ministre de la Justice, Mohamed Bouzoubaâ et des personnalités du monde privé, en l’occurrence le président du Groupement professionnel des banques, Othman Benjelloun, le président de la CGEM, Hassan Chami, fera le tour de la question dans tous ses aspects. Des éléments de diagnostic et des approches de solution seront développés par plusieurs spécialistes, dont Abdelilah Mazouzi, conseiller près la Cour d’appel de Kénitra, appelé à exposer sur «La responsabilité des banques dans la délivrance des carnets de chéque». D’autres intervenants aborderont cette question de responsabilité sous un autre angle. Problème socio-culturel, le chéque n’a pas encore intégré complètement les moeurs au Maroc, souligne l’économiste Driss Benali.
Pour lutter contre les chèques sans provision, les spécialistes du droit commercial jugent nécessaire, quand il s’agit d’une entreprise, de s’informer d’abord sur sa santé financière et le registre de commerce de la société cliente avant de s’engager dans une opération de commerce. Parmi les moyens de contrôle dont dispose le Maroc, il y a l’OMPIC, qui dispose d’une base de données de plus de 30 000 entreprises avec des informations détaillées sur les bilans.
Les efforts ne concernent pas seulement les banques, mais aussi les entreprises elles-mêmes. La Fédération des PME-PMI et son président Hammad Kassal, ont d’ailleurs organisé une série de conférences sur la question (la dernière remonte à octobre 2004), en collaboration avec la fondation Friedrich Nuamann, pour permettre aux professionnels de trouver des solutions au problème. Lutter contre les effets impayés devenait d’autant urgent, que le phénomène expose directement les entreprises qui souffrent d’une vulnérabilité financière.
En fait, lance un membre de cette fédération, le chèque en tant que moyen de paiement est en train de céder du terrain au profit du paiement électronique. Même ci ce dernier mode de règlement n’a pas toutes les garanties légales, il est en plein essor. Plus de 2 millions de cartes sont en circulation au Maroc.
Mais malgré le retard enregistré dans l’opérabilité entre différents réseaux, le Maroc enregistre, depuis 2000, une forte croissance dans l’émission des cartes bancaires. Les timides ouvertures acceptées par l’Office des changes, permettant à une partie des Marocains résidents au Maroc d’utiliser comme les MRE, leurs cartes à l’étranger donnent à ce nouveau mode de paiement plus d’attraits.
Pour la clientèle marocaine, les banques ont choisi d’émettre des cartes Visa et MasterCard « bridées », utilisables uniquement au Maroc. Toutes les cartes bancaires marocaines sont à piste. Le nombre de cartes bancaires (Visa, Master Card et cartes privatives) a été évalué en 2002 à 1,5 million de cartes, dont 75% de cartes Visa. Il est en forte augmentation (+ 23% pour toutes les cartes de 2001 à 2002). Le nombre de GAB (Guichet automatique bancaire) est évalué à 1.175 GAB (chiffres 2002, source : Centre Monétique Interbancaire).
Le nombre de terminaux de paiement électronique (TPE) est évalué à 7.500. D’aucuns pensent que désormais, à l’instar de certains pays anglo-saxons, la meilleure manière de lutter contre les chèques en bois c’est d’encourager les moyens de paiement électroniques. Hormis la France où pour des raisons culturelles, il a encore de beaux jours devant lui, le carnet de chèques est en recul dans la plupart des pays de l’Union européenne.

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