Traçabilité : une visite à haut risque

Les inspecteurs européens de la Direction générale de la santé et protection des consommateurs entament une tournée au Maroc à partir du 20 juin. Cette visite est destinée à évaluer les services officiels compétents pour le contrôle des conditions de production et d’exportation des produits de la pêche et des mollusques bivalves vivants.
Une inspection routinière qui concerne tous les services chargés du contrôle de la réglementation et du contrôle de la pêche, entre autres, la Division vétérinaire de l’hygiène alimentaire (organe de la Direction de l’élevage) mais  qui provoque déjà  la  panique dans les rangs de certains armateurs du Sud, peu informés sur la portée réelle de la démarche. D’ailleurs, et suite à l’une des premières réunions tenue fin mai à Rabat entre des représentants des armateurs avec le tout nouveau secrétaire général du ministère de la Pêche maritime, Mohamed Tamiri, le sujet de l’état lamentable de la flotte de pêche hauturière a été largement évoqué.
Pourtant, comme l’explique à ALM,  Majid El Ghaïb, Directeur général de l’ONP, les inspecteurs européens, composés de vétérinaires pour la plupart, ne viennent pas directement vérifier l’état de la flotte. «Ce qui les intéresse, estime-t-il, ce n’est pas de savoir si un navire à une coque en acier ou en bois. C’est plutôt de voir les conditions dans lesquelles s’exerce l’activité, la situation sanitaire du navire, voire par exemple la proximité  des toilettes par rapport aux cales » etc.
En plus des navires, les inspecteurs européens s’intéresseront aussi aux usines et aux ports. A ce propos, déclare-t-on de source bien informée, le réaménagement dont fait objet actuellement le port de Casablanca n’aurait rien à voir avec la visite des inspecteurs européens.
Du reste, l’enjeu de la tournée des inspecteurs européens est énorme.   Jusque-là, ce sont les vétérinaires marocains via la Direction de l’élevages qui délivrent les permis d’exportations, en vertu d’un accord signé dans ce sens entre le Maroc et l’Union Européenne. Pour être accueilli dans le marché européen, une  cargaison de poissons pêchés à Dakhla passe par les inspecteurs vétérinaires au niveau local et surtout devant les services vétérinaires des postes frontières, lesquels sont chargés de l’inspection des produits animaux et d’origine animale à l’import et à l’export. Pour qu’un produit marocain soit embarqué, il doit nécessairement obtenir le cachet de la certification sanitaire à l’export. Ce sésame signifie aussi moins de contrôles à l’entrée des frontières communautaires.
L’intérêt de cet arrangement pour les exportateurs est considérable. Les exportations marocaines sont exemptés d’une foultitude de contrôle une fois aux frontières européennes. Cette facilité n’avait été accordé en 2001 qu’après une inspection en règle.
Lors de la dernière visite, du 28 mai au 9 juin 2001, les vétérinaires de l’Union Européenne avaient formulé un certain nombre d’observations. En clair, les inspecteurs reconnaissaient que le Royaume dispose d’un arsenal de textes législatifs et réglementaires qui établissent les compétences des services officiels en matière de contrôle des produits de la pêche et des mollusques bivalves. Mais tout à côté, les Européens déplorent que la plupart des dispositions spécifiques en matière de règles d’hygiène et de contrôle sanitaire sont fixées par des circulaires ou des notes de service. Si les services provinciaux envoient régulièrement des rapports mensuels sur les renseignements sanitaires des établissements, la mission européenne notait que cette transmission d’information était insuffisante.
De même, les vétérinaires européens avaient déploré l’absence d’un laboratoire d’analyse bactériologique et chimique sur les produits de la pêche et l’eau potable, au Sud du pays, dans la mesure où les délais d’acheminement et de prélèvement des échantillons peuvent influer sur le résultat des analyses. Notons que depuis, le laboratoire de Dakhla est entré en activité.
Trois laboratoires avaient été inspectés. Le laboratoire d’Oujda avait été appelé à améliorer ses contrôles de métrologie. Celui de Casablanca, bien noté sur le niveau technique de son personnel, était tancé sur le non suivi de la température ambiante, ce qui est préjudiciable à la qualité des analyses. Même remarque pour le laboratoire d’Agadir. Une remarque sévère était adressée au laboratoire de l’INRH à Casablanca, «installé dans des locaux vétustes ne possédant pas de système de contrôle de température » avec des murs dégradés et une tuyauterie en mauvais état et la présence de la rouille sur les robinets.
Pour la filière mollusques et les bivalves, les remarques portaient sur l’absence, dans le document d’enregistrement (procédure à l’export), de la localisation détaillée et du statut sanitaire de la zone de récolte. De même, la durée de conservation des documents dans les établissements (60 jours au lieu d’une année en Europe) et les prescriptions du taux d’ASP dans les mollusques. Concernant les navires de pêche, la dernière inspection notait que les textes en vigueur au Maroc reprennent la plupart des dispositions communautaires. Grand hic à ce niveau tout de même, ces exigences ne concernent que les bateaux de pêche pratiquant la congélation ou la réfrigération et ne couvrent pas le magma de la pêche artisanale et côtière. L’équipe d’inspection avait pris note que de nouveaux textes étaient en cours d’élaboration, prévoyant en particulier un agrément sanitaire pour tout navire de pêche maritime.

Adam Wade &
Fadoua Ghannam

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