Trois ex-PDG stars de Wall Street sur la sellette

Trois PDG, Charles Prince de Citigroup, Stanley O’Neal de Merrill Lynch et Angelo Mozilo de Countrywide ont dû justifier vendredi devant des élus américains les énormes rétributions obtenues lors de leur éviction de leurs groupes ébranlés par la crise des «subprimes». Une commission de la Chambre des représentants a longuement questionné vendredi les ex-patrons, qui étaient parmi les plus respectés de leur profession et ont perçu au total 460 millions de dollars entre 2002 et 2006. Mais les banques Citigroup et Merrill Lynch, parmi les premières du pays, et le leader du crédit hypothécaire Countrywide ont perdu plus de 20 milliards de dollars au cours du second semestre de 2007 à cause de la crise du crédit à risque (subprime). Résultat: M. O’Neal a été débarqué le 30 octobre, M. Prince début novembre et M.Mozilo début janvier. Ils étaient tous à la tête de leurs groupes respectifs depuis des années et les avaient fait largement prospérer. Mais alors que chutaient les performances et les actions de leurs groupes — et que des millions d’Américains surendettés voyaient leur logement saisi — ils sont partis avec des compensations impressionnantes, «des sommes incompréhensibles pour la plupart des Américains», a souligné un des élus. M. Mozilo a reçu en partant plus de 120 millions en primes et ventes d’actions Countrywide, M. O’Neal est parti avec des primes de 161 millions et M. Prince a obtenu 10 millions de dollars en bonus, 28 millions en actions et options et une prime annuelle de 1,5 million, a souligné la commission. Pour se défendre, les trois PDG ont chacun rappelé leurs origines modestes — M. O’Neal est petit-fils d’esclave, M. Prince a été le premier diplômé de sa famille et M. Mozilo petit-fils d’immigrants — et répondu que ces rétributions étaient des arriérés dus au titre des années antérieures où ils ont fait prospérer leurs groupes. Le plus attaqué a été Angelo Mozilo, qui a fondé Countrywide en 1969 et a en 40 ans fait augmenter l’action de 23.000%. Countrywide a prêté de l’argent à des millions de foyers américains modestes pour acquérir un logement, dont une bonne partie de crédits à taux variables où les défauts de paiement se sont multipliés quand les prix de l’immobilier ont chuté. Les parlementaires ont reproché à M. Mozilo d’avoir vendu pour 150 millions d’actions Countrywide entre novembre 2006 et fin 2007, au moment où son groupe empruntait 1,5 milliard pour racheter ses propres actions. «Je n’ai reçu aucune prime en 2007, j’ai même renoncé volontairement à une indemnité de départ de 37 millions de dollars», s’est indigné M. Mozilo. «J’ai cofondé Countrywide en y mettant toutes mes économies, et j’ai reçu des rétributions et des stock-options au long de 40 années de service, et j’ai terminé avec 6,5 millions d’actions. Je comptais prendre ma retraite en 2006, et j’ai commencé à les vendre pour diversifier mes revenus», a-t-il argué. Les deux autres PDG ont déclaré que dans leurs groupes, de telles ventes massives d’actions par les dirigeants juste avant leur départ étaient interdites. Les parlementaires étaient partagés entre blâme et compréhension, le républicains jugeant qu’ils ne «trouvaient pas de méchants à blâmer», les démocrates jugeant choquant le décalage entre leur paie, celle des salariés, et les millions d’Américains qui ont vu leur logement saisi. Un autre a reproché aux patrons de faire monter les actions en licenciant massivement, en fermant des usines ou en délocalisant. Coïncidence, le même jour Goldman Sachs a indiqué avoir accordé à ses deux co-présidents au titre de 2007, Gary Cohn et Jon Winkelried, des primes et salaires de 67,5 millions de dollars chacun. Le niveau élevé des salaires des patrons suscite une polémique de plus en plus grande dans la population américaine.

• Laurence Benhamou (AFP)

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