Tunisie : Hausse des réserves

En théorie, la hausse des réserves obligatoires vise à réduire l’excès de liquidités dans les Banques, et donc à enrayer l’inflation. Néanmoins, en pratique, cette mesure anti-inflationniste s’avère moins efficace que l’ajustement des taux d’intérêt. En effet, les réserves obligatoires touchent seulement les dépôts bancaires. Par ailleurs, la surliquidité n’est pas seule à l’origine des pressions inflationnistes auxquelles la Tunisie est confrontée. L’indice des prix à la consommation affiche une baisse mensuelle de 0,7% au mois de mai pour s’établir à 5,3%, essentiellement en raison de la désinflation observée dans le secteur alimentaire et des transports, qui ont enregistré une baisse de 1% et 1,7% respectivement par rapport au mois d’avril. Les principaux moteurs de l’inflation sont les produits alimentaires, qui sont en hausse de 7,1% actuellement, et les transports, qui sont en hausse de 5,1%.
Le gouvernement table sur un taux d’inflation annuel de 5% en moyenne pour l’année 2008, deux points au-dessus des prévisions initiales de 3%. Selon la doctrine monétaire orthodoxe, la Banque centrale devrait augmenter son taux directeur. Néanmoins, étant donné que le dinar n’est pas totalement convertible, le gouvernement préfère maintenir une monnaie légèrement dévaluée par rapport à ses partenaires commerciaux de la zone euro de manière à stimuler la croissance de ses exportations. En effet, le dinar s’est déprécié de 1,9% par rapport à l’euro au cours de l’année écoulée (mai 2007-mai 2008). Cette situation se rajoute aux pressions déjà considérables découlant de l’instauration d’une zone de libre-échange avec l’UE au mois de janvier dernier : un dinar fort pourrait entraîner une détérioration de la balance commerciale de la Tunisie, tandis qu’un dinar faible agit comme un frein non tarifaire aux importations.
Par conséquent, la Banque centrale est susceptible de poursuivre volontairement sa politique monétaire basée sur la non-intervention dans ses taux directeurs, au profit de mesures indirectes comme la manipulation des réserves obligatoires pour apaiser la pression inflationniste à court terme. Néanmoins, la manipulation des réserves obligatoires n’a pas que des avantages. En effet, elle affecte principalement les bénéfices des banques nationales (en effet, elle a un effet minime voire inexistant sur les institutions financières internationales). Augmenter le coefficient des réserves obligatoires réduit le capital des banques, puisque l’argent qui pourrait être utilisé sous forme de prêt bancaire (engendrant un intérêt) est bloqué. Puis se pose la question de savoir qui assumera le poids de ce manque à gagner, sera-t-il reporté sur la clientèle sous forme d’augmentation des taux d’emprunt ? Ou sera-t-il reporté sur les dépositaires sous forme de baisse des bénéfices?
Selon le rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur la Tunisie publié récemment, le secteur bancaire «reste fragmenté et de taille limitée». Il reste à savoir quelles seront les répercussions sur le secteur: la croissance élevée en 2007 a permis de renforcer la rentabilité des banques tunisiennes. Les obliger à maintenir des réserves obligatoires élevées pourrait enrayer toute perspective de surchauffe. Et, alternativement, toute croissance supplémentaire. A ce jour, le FMI a exprimé son soutien à ce qui’il définit comme la «politique monétaire restrictive» adoptée par la Banque centrale de la Tunisie. Maintenir une telle politique de rigueur pourrait s’avérer salutaire en termes de perspectives de croissance à long terme. Néanmoins, à court terme, la hausse du coût de la vie et le chômage responsable du malaise social qui sévit dans certaines villes du pays. Pour l’heure, toutes les parties concernées espèrent que la décision de la Banque centrale permettra de poursuivre la tendance désinflationniste initiée au mois de mai.

• Oxford Business Group
(17 Juin 2008)

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