décembre 17, 2017

 

Un marché encore embryonnaire

ALM : Le phénomène du free-lance au Maroc commence à se développer malgré son caractère embryonnaire. Quel bilan dressez vous de ce mode de travail qui intéresse de plus en plus les cadres marocains ?
Mohamed Benboubker : Le free-lancing est devenu une réalité au Maroc. Certes, il s’agit d’un phénomène embryonnaire, mais de plus en plus de jeunes cadres démissionnent du salariat pour s’installer pour leur propre compte. Cette attitude est une réaction de plusieurs freelanceurs à la stagnation de leur carrière. Le choix de devenir un freelance est aussi un premier pas pour créer son propre entreprise. Actuellement, nous nous ne disposons pas de chiffres fiables sur l’état réel des freelanceurs au Maroc.
Cependant, sur la base de l’expérience de notre société, nous répertorions dans nos bases de données 1400 free-lances. La majorité se positionnent sur trois secteurs : l’informatique, le consulting et la communication et la publicité.
Le profil de ces freelances se caractérise par une moyenne d’âge qui se situe entre 25 et 30 ans. La majorité sont de sexe masculin (88 %) et facturent leurs services à un tarif journalier de l’ordre de 2200 DH.
Sur quoi bute le développement du freelance au Maroc ?
Il faut reconnaître que plusieurs facteurs bloquent le développement de ce mode de travail qui a fait ses preuves sous d’autres cieux. En premier lieu, l’absence d’un statut bien défini et spécifique du free-lance. Autrement dit, le freelance est rangé dans la même catégorie que les autres professions libérales et les activités commerciales. Or, au niveau international, plusieurs pays ont défini un statut spécifique pour réglementer l’activité du free-lancing. Outre le vide juridique, ceux qui ont opté pour le travail indépendant souffrent des contraintes du recouvrement. Ainsi, un grand nombre de free-lances ont des problèmes de règlement de leurs factures par des mauvais payeurs.
Sur un autre registre, les entreprises restent réticentes à recourir au free-lance du fait qu’elles ont un jugement négatif à son égard. Elles estiment que si elles font appel aux services du free-lance, elles risquent de mettre en péril la bonne conduite et l’aboutissement du projet.
Compte tenu de ce diagnostic bloquant le développement du free-lance sur quoi faudrait-t-il agir pour insuffler une dynamique à ce mode de travail ?
Je pense qu’il faut au préalable un changement de mentalité des managers des entreprises. Recourir aux services d’un free-lance est un atout. C’est une opportunité pour l’entreprise de pouvoir disposer d’une expertise pointue du free-lance avec une obligation de résultat.
Ce changement doit également toucher le mode de gestion des projets. La maîtrise et la gestion du projet par les entreprises faciliteront certainement et dans une large mesure le travail du free-lance.
Quant au côté juridique, le Maroc peut s’inspirer de l’expérience européenne et de l’Amérique du Nord pour enrichir son dispositif juridique par un statut particulier et avantageux du free-lance. Objectif : permettre une meilleure valorisation du travail indépendant. Par exemple, pour parer au problème de recouvrement, le free-lance, en Europe, est exonéré de paiement de taxes judiciaires en cas de recours à la justice contre les mauvais payeurs.

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