Un nouveau plan de vol pour EADS

Après des semaines de consultations entre l’Etat français, Lagardère et DaimlerChrysler, les trois actionnaires de référence d’EADS, Noël Forgeard et Gustav Humbert ont donc fait les frais de l’annonce, le 13 juin dernier, de nouveaux retards sur l’A380.
Interrogé sur Europe 1, Thierry Breton, ministre de l’Economie et des Finances, a déclaré que l’Etat français, qui détient 15% d’EADS, avait «pleinement soutenu» les mesures prises par les «actionnaires industriels», ajoutant qu’il pensait qu’elles "renforceraient" l’axe franco-allemand.
Le délai supplémentaire du très gros porteur de l’avionneur européen, développé par Noël Forgeard lorsqu’il était président d’Airbus entre 1998 et 2005, avait mis en lumière d’importants dysfonctionnements dans les chaînes de commandement d’EADS et d’Airbus.
Un porte-parole de DaimlerChrysler, qui possède 22,5% du capital d’EADS – Lagardère en détenant 7,5% – a estimé que «les évènements de ces dernières semaines avaient mis en évidence des erreurs d’appréciation».
S’exprimant pour la première fois publiquement au sujet de la crise qui secoue EADS, le groupe germano-américain a salué les mesures prises et s’est dit convaincu qu’elles permettraient au groupe européen d’aéronautique, de défense et d’espace de "renforcer" ses positions de marché.
Au-delà des hommes, EADS a d’ailleurs annoncé qu’Airbus, qui représente 80% des bénéfices du groupe et qui sera bientôt sa filiale à 100% une fois que la cession des 20% que détient BAE Systems sera finalisée, serait "étroitement intégrée" au groupe alors que, jusqu’ici, aussi bien Noël Forgeard que Gustav Humbert avaient fait du constructeur une sorte de baronnie au sein d’EADS.
«Le conseil d’administration d’EADS a décidé d’intégrer étroitement la division Airbus à la structure organisationnelle du groupe, après finalisation du rachat des 20% que détient BAE Systems dans le capital d’Airbus», a souligné EADS dans un communiqué.
Plus largement, la structure bicéphale d’EADS – deux coprésidents du conseil de surveillance, deux coprésident exécutifs, un Français et un Allemand à chaque fois – est maintenue, mais la prépondérance de la nationalité commence à être battue en brèche avec l’abandon du principe qu’un directeur de division français se réfère nécessairement à un Allemand et vice-versa.
Il est toutefois à noter que Christian Streiff (un Français) dépendra directement de Thomas Enders, l’autre coprésident exécutif (allemand) d’EADS. Ce dernier a également été nommé président du comité des actionnaires d’Airbus, une nomination qui doit encore être confirmée par ce comité.
Outre Airbus, Thomas Enders aura aussi la supervision directe de l’Eurofighter, l’avion de combat développé en commun avec BAE Systems et Finmeccanica , et la division avions de transport militaire.
Louis Gallois aura de son côté sous ses ordres Eurocopter, numéro un mondial des hélicoptères et les divisions espace et défense & systèmes de sécurité.
Un des enjeux des négociations entre les trois actionnaires a été le sort qui devait être réservé à Noël Forgeard, au centre d’une violente polémique pour avoir exercé, contrairement à Thomas Enders, ses stock-options à la mi-mars, quelques semaines avant que, selon ses propres dires, la direction d’EADS ait eu vent du nouveau retard de l’A380.
Cette annonce, intervenue le 13 juin au soir, avait fait perdre plus de 26% au titre EADS en Bourse sur la seule journée du 14 juin. Ce délai pèsera à hauteur de deux milliards d’euros sur le résultat opérationnel du groupe entre 2007 et 2010.

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