Un professionnel tire la sonnette d’alarme

Un professionnel tire la sonnette d’alarme

“On est en train de tuer la destination Maroc“. C’est le cri du cœur lancé par un opérateur touristique national chevronné qui en veut pour preuve qu’une semaine à Marrakech en demi-pension, avion compris, est vendue actuellement sur le marché français à la modique somme de 99 euros. Pour une cité préstigieuse prisée par la jet set mondiale, cette politique de bradage des prix peut s’avérer dangereuse pour son avenir immédiat.“On n’a jamais vu ça, poursuit-il, visiblement exaspéré. Au plus fort de la crise du Golfe en 1991 et dans les années 70, le positionnement du produit marocain en terme qualité/prix était respecté“. Même son de cloche du côté de Samir Kheldouni Sahraoui, patron de Sogatour et président du CRT Rabat.
Il fait part de la même inquiétude en s’interrogeant sur les dessous de ce dumping à grande échelle, sans trouver de réponse précise.  S’agit-il d’une stratégie des pays concurrents ou d’une offensive de ce qu’il appelle les “tours-prédateurs“ ? “ Je n’en sais rien“ lâche-il, perplexe. Les tours-prédateurs, ce sont les voyagistes avec lesquels le ministère du Tourisme est en train de signer une série de conventions pour remplir les hôtels marocains, moyennant une participation à leur campagne de promotion. En fonction du volume de touristes promis, qui se voit octroyer 2 millions de Dhs, 5 ou même plus ?  Chacun selon ses engagements.
Cette contribution financière, les jeunes “marketeurs“ dans le vent de l’ONMT la  désignent sous le vocable moderne de  “co-branding“. Dans ce cadre, le ministère dirigé par Adil Douiri a accordé récemment à trois TO allemands, (TUI, Thomas Cook et Rewe Turistik) la bagatelle de 50 millions de Dhs. Il est vrai que ces trois groupes contrôlent à eux seuls près de 65% du marché allemand. “ Le ministre est en train de jeter l’argent par les fenêtres : en plus des TO, il a lancé de nombreuses études coûteuses“, se plaint un hôtelier.
Mais c’est la manière d’utiliser ces fonds qui pose surtout problème. L’Égypte par exemple consacre rien que pour le pays de Gerhard Shroëder un budget promotion de 80 millions d’euros. Sauf que la moitié de cette enveloppe va à la publicité télé qui sert à toucher le plus grand nombre. La même démarche est adoptée par d’autres destinations concurrentes comme la Tunisie alors que dans la méthode “douiriste“, qui privilégie le traitement direct avec les voyagistes, la communication de masse est absente. C’est cette stratégie de remplissage, voulant faire du chiffre coûte que coûte, au risque de “ flinguer“ la destination Maroc, qui est contestée. Or, la question essentielle, qui est escamotée par le ministère du Tourisme, concerne les recettes touristiques. Celles-ci n’ont pas augmenté, elles ont même stagné malgré les 5 millions de touristes annoncés par le ministère. N’aurait-il pas été judicieux de travailler sur le plus important, à savoir l’amélioration des rentrées en devises plutôt que de courir derrière le mirage dangereux du volume ?

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