Un projet, c’est une idée

ALM : La femme marocaine a-t-elle sa place dans les projets de création d’entreprises actuellement ?
Salwa Belkziz Karkri :Là est un des volets que nous comptons bien débattre au forum sur les femmes chefs d’entreprises qui aura lieu à la fin du mois. Le Maroc compte aujourd’hui 500 entreprises structurées qui sont gérées par des femmes. Sans parler de celles qui exercent des professions libérales. Un grand nombre, sinon la plupart des franchises installées au Maroc sont gérées par des femmes. Etre chef d’entreprise revient à dire que la femme a toute la liberté de gérer son temps entre son entreprise et ses obligations familiales ou autres et qu’elle est complètement indépendante par rapport à l’homme. Les nouvelles technologies ont énormément contribué à ce que la femme puisse mener, librement, son projet à bon port. Elles permettent une élasticité dans le travail dont elle ne déposait pas auparavant.
Y a-t-il des obstacles spécifiques à la femme chef d’entreprise ?
Certains croient que c’est le cas et disent, par exemple, que la femme a besoin de l’autorisation de son conjoint pour pouvoir créer son entreprise. C’est faux. La législation marocaine ne fait aucune forme de distinguo entre l’homme et la femme, quant à la création d’entreprise. Ceci dit, les contraintes sont surtout d’ordre psychologique. Certains milieux se refusaient de par le passé à ce qu’une femme soit à la tête d’une entreprise. Mais la donne a changé ces quinze dernières années. L’évolution sociale, certes lente mais certaine, fait que la femme est désormais en mesure de réussir.
Comment jugez-vous le dispositif mis en place, tels les CRI, pour promouvoir l’investissement et la création d’entreprise?
Les mesures qui ont été prises ces dernières années en faveur de l’entreprise sont certes louables, mais elles sont trop éparpillées entre les différents organes qui en ont la charge. Un effort d’uniformisation de ce dispositif s’impose. Certaines banques commencent à se tourner vers les jeunes qui veulent voler de leurs propres ailes. Certains disent que les banques ne prêtent qu’aux riches et que, partant de cette idée arrêtée, les jeunes n’ont pas droit à leurs crédits. Mais pour qu’une banque puisse débloquer un crédit, il lui faut des garanties. Je pense qu’au-delà d’une question d’argent, un projet d’entreprise est d’abord une question d’idée. Une idée qu’il faut savoir expliquer, argumenter et défendre. C’est le seul moyen d’ouvrir les portes des banques à un entrepreneur. L’enjeu est de savoir convaincre.
A quel niveau situez-vous le problème dans ce cas ?
Au manque flagrant d’information. Les jeunes porteurs de projets ne savent pas à quel sein se vouer tellement les interlocuteurs sont multiples. Il est très difficile de monter un projet dans un cadre où il y a plusieurs intervenants, commissions, administrations…
Le travail des CRI dans la simplification des procédures administratives est fort louable dans ce sens. Mais il reste encore beaucoup à faire. Je pense qu’il faut simplifier davantage le chemin à parcourir.
L’exemple du guichet unique, en vigueur dans des pays pourtant voisins comme la Tunisie, est des plus parlants à ce niveau.

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