UN TECHNOCRATE PARMI LES POLITIQUES

UN TECHNOCRATE PARMI LES POLITIQUES

Au siège du ministère chargé des Affaires économiques, des Affaires générales et de la Mise à niveau de l’économie, il règne une atmosphère pas tout à fait comme celle des autres départements ministériels. La lumière est partout, le dynamisme ne manque pas. L’air est frais. Le bureau de celui qui siège à la tête de ce département, Abderrazak El Mossadeq, n’est pas moins lumineux, spacieux et aéré. Tout y est simple et pratique. Dans la mesure d’un confort certain, bien entendu. Bref, un lieu de travail presque idéal. Jovial, El Mossadeq accueille ses invités avec un sourire qui ne le quitte jamais. Le regard est plein d’intelligence. Une intelligence que l’on pourrait facilement confondre avec de la malice. Le rendez-vous est pris à 09h00. Mais pour lui, la journée semble avoir démarré il y a déjà quelques heures. «Généralement, il est là avant tout le monde. A 7h45, il n’est pas étonnant de le voir s’activer. Il a toujours bonne mine. C’est un grand sportif», rapporte son entourage. Il n’y a qu’à le voir pour s’en rendre compte. A 55 ans, Abderazzak El Mossadeq a plus d’une leçon de jeunesse à donner. D’élégance aussi. Même s’il a toujours du mal à fermer le bouton de son col. Marque indélébile d’un début de carrière passée dans le confort d’années paisibles et décontractées dans l’enseignement. M. El Mossadeq était en effet enseignant vacataire à l’INSEA (Institut national de la statistique et de l’économie appliquée, Rabat) de 1972 à1983. Une fonction qu’il occupe parallèlement à plusieurs autres postes administratifs, de plus en plus hauts. Le tournant aura lieu en 1998, date à laquelle il est nommé directeur général de l’Administration des douanes et impôts Indirects. Depuis, d’une administration bureaucratique, déficitaire, la douane a fait bien du chemin. Simplification des procédures, assainissement, optimisation des résultats, valorisation de ressources humaines. Exemple même d’une administration sous-développée, la Douane est désormais le modèle-type d’un service public qui fait figure de véritable locomotive du développement du commerce extérieur. M. Mossadeq ne s’en cache pas. Loin de là. Il ne rate pas une occasion pour citer l’exemple de la douane, preuves à l’appui. Autrement, l’homme n’aime pas parler de lui-même. Il laisse ses actes témoigner de ce qu’il est. Et aux autres de –faire- parler de lui. « Et si je vois que je suis mal perçu, c’est à moi de me corriger ». Les mots sont simples, la bonhomie fuse de partout. Excepté quand il laisse le matheux en lui parler. El Mossadeq fait partie de ceux pour qui les mathématiques sont un état d’esprit. C’est une ligne de conduite, une façon d’être. Une manière aussi de voir les choses. Ses propos sont emprunts de théories d’un tel ou tel mathématicien, d’une telle ou telle règle. Matheux convaincu, il l’est bel est bien. Difficile donc de le considérer comme un politique à part-entière. Lui s’en défend. «Si ne pas être politique veut dire la non-appartenance à un parti politique, je vous le concède, c’est un fait. Si c’est l’absence de la politique que vous insinuez, ce serait grave. Un individu, un citoyen, quel qu’il soit, avec le peu de moyens intellectuels dont il dispose, fait de la politique», déclare-t-il. Procédant par définition, comme il est souvent le cas chez lui, il qualifie la politique de sens. Le sens des relations entre individus dans une société. «On ne peut donc pas vivre en société sans faire de la politique». Mais, selon lui, cela ne veut pas dire que l’on doit s’adapter passivement à une réalité donnée mais faire en sorte de faire adhérer les autres à ses idées, convictions et projets. Progressivement. «S’adapter revient à s’effacer et faire s’effacer toute valeur ajoutée que l’on peut apporter à sa société et sa communauté. Ce n’est pas non plus essayer de plaire. Une société peut vouloir telle ou telle chose. Mais il se peut que les conditions ne le permettent pas ou que, sur le long terme, ce choix peut s’avérer infructueux», tranche-t-il. Ces propos jurent avec la politique telle qu’elle est pratiquée au Maroc. Lui ne veut rien savoir. Le véritable apport de la politique reste pour lui la capacité d’écoute, l’échange d’idées, la capacité de convaincre. Mais pas le consensus. «Le consensus a ses limites. Parfois, il est même synonyme d’inaction, de stagnation. Il faut le chercher, dans la mesure où il faut toujours chercher à ce que les autres acceptent d’aller avec vous, de vous accompagner. L’objectif est non pas de dégager un consensus mais de susciter de l’adhésion». Sa personnalité qui est loin de susciter l’unanimité dans un environnement qui ne se prête pas encore au tout-clair, tout-transparent. Ses sorties médiatiques ces derniers temps ne lui ont pas apporté que des compliments. Lui, il s’accroche. «J’ai des idées et je les défends, et je réagis naturellement, spontanément et sans calculs, quand mes idées sont ébranlées. Ce sera à l’Histoire de prouver si j’ai raison ou pas. «On ne peut pas se permettre de «tromper» les téléspectateurs en annonçant des balivernes. Quitte à être agressif pour démontrer l’étendue à la fois de ses convictions et de la fausseté des propos contre lesquels on réagit. La fermeté s’impose des fois», marque-t-il, le visage en feu. Et la mise à niveau ? Pour lui, les choses sont claires : le temps de la facilité est terminé. Il faut se battre. Le marché est de plus en plus concurrentiel. Il a ses lois qu’il faut respecter, ses règles qu’il faut maîtriser. Se contenter de bâtir des édifices, d’importer du matériel, d’embaucher des gens et gagner facilement de l’argent dans un marché protégé n’est plus envisageable. Il ne suffit plus de savoir fabriquer. Il faut savoir vendre», déclare-t-il. Communiquer, ce n’est pas plaire, c’est rappeler des vérités et informer sur ses objectifs, sa vision. C’est dans le cas précis de M. El Mossadeq que ces vérités prennent forme. C’est à partir de là que l’on peut avancer. La mise à niveau commence également par là. L’homme en sait quelque chose. Même si son entourage a du mal à suivre.

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