Une profession qui se cherche

Pivot clé du processus d’urbanisation, le métier d’architecte est de plus en plus prisé par les jeunes bacheliers. Actuellement, ce sont plus de 2.547 qui exerçent cette profession au Royaume conformément aux dispositions du Dahir 1-92 portant promulgation de la loi 061-89 relative à l’exercice de la profession d’architecte et à l’institution de l’Ordre national des architectes. La majorité d’entre eux exercent dans le secteur privé (1.595) comparativement au secteur public (952).
Jusqu’à une date récente, la majorité des architectes étaient formés dans des écoles étrangères, principalement françaises et belges. Or, depuis la décennie 80, une Ecole nationale d’architecture (ENA) a été créée pour pallier le déficit des ressources humaines en la matière. Le besoin s’est fait sentir sous l’effet de l’évolution de la demande d’urbanisation.
D’ailleurs, l’article 50 de la loi 12-90 sur l’urbanisme impose le recours à l’architecte et aux ingénieurs spécialisés pour toute construction nouvelle et toute modification apportée à une construction existante nécessitant l’octroi du permis de construire.
Parallèlement, le législateur a permis à l’architecte d’intervenir sur l’ensemble du territoire national quand il s’agit de la construction de bâtiments publics ou à usage du public.
Qu’en est-il des conditions d’accès à la profession ? La loi 061-89 (article 4) exige que le candidat soit de nationalité marocaine et titulaire du diplôme d’architecte délivré par l’ENA ou d’un diplôme reconnu équivalent figurant sur une liste arrêtée par l’administration après avis du Conseil national de l’ordre des architectes. Avant de pouvoir ouvrir son cabinet ou d’exercer dans le secteur public, le diplômé doit passer un stage obligatoire de deux ans.
Une fois sur le marché du travail, il incombe à l’architecte la tâche de la conception et la modification architecturale de l’œuvre, l’établissement des documents architecturaux nécessaires à l’obtention du permis de construction.
En aval, il est obligé également, selon les termes de la loi 12-90 relative à l’urbanisme, de suivre l’exécution des travaux de construction et en contrôler la conformité avec les plans architecturaux et les indications de l’autorisation de construire.
L’année 2003 constitue un tournant dans l’avenir de la profession des architectes. Les pourparlers entre le Conseil de l’ordre des architectes et les pouvoirs publics (Secrétariat général du gouvernement) sont en cours pour résoudre la problématique du contrat unifié.
Deux courants se sont constitués autour de cette question épineuse des honoraires. Pour certains, le passage par l’ordre est incontournable pour respecter un barème standard des honoraires. Une telle exigence permettra d’éviter le chaos dans la profession. Pour d’autres, il s’agit d’un faux débat. Il faut soumettre le service de l’architecte à la loi de l’offre et de la demande d’autant plus que dans la réalité, le principe du contrat unifié n’est pas respecté, explique un architecte qui a requis l’anonymat. D’ailleurs, l’ordre du jour des assises des conseils régionaux des architectes prévues le 14 juin prochain sera l’occasion de trancher sur ce débat. Néanmoins, pour l’architecte casablancais Abdelouhed Mountassir, l’enjeu pour la profession reste la perception de l’avenir de l’aménagement de l’espace. Autrement dit, quelle forme sociale faut-il appliquer à l’espace pour éviter de se contenter de le remplir sans visibilité urbanistique ni artistique.
Au-delà du débat sur l’aménagement de l’espace, l’avenir de la profession des architectes est tributaire aussi de l’adoption du décret d’application relatif à l’exercice d’activité dans une société d’architectes. Actuellement, les architectes s’associent, mais chacun d’eux assume ses responsabilités indépendamment sans pouvoir se constituer en société anonyme ou SARL. Cette mise à niveau servira certainement à sortir le métier de sa précarité et accroître le niveau de qualité des prestations des architectes.
À rappeler que l’avenir de cette profession dépend enfin des autres maillons de la chaîne de l’œuvre urbanistique à savoir l’administration et le maître d’ouvrage.

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