Université d’été : La CGEM signe la rupture au service d’un nouveau développement économique

Université d’été : La CGEM signe la rupture au service d’un nouveau développement économique

La seconde édition de l’Université d’été de la CGEM aura eu l’affluence que mérite la thématique «L’entrepreneuriat comme axe central du modèle de développement pour le Maroc». Pendant deux jours se sont succédé près d’une centaine d’intervenants pour interagir et surtout arriver à des séries d’actions. Le compte à rebours au sein de la Confédération a déjà commencé pour remédier à un climat des affaires qui s’est essoufflé durant la dernière année. Retour sur les faits marquants d’une plénière bien pleine.   

«Nous sommes conscients de la concurrence déloyale avec la Turquie, cela dit il est difficile d’arrêter de commercialiser avec un pays. Nous protégerons l’économie du Maroc mais pas les entreprises défaillantes. Le Maroc ne jouera pas dans la ligue des trafiquants » – My Hafid Elalamy, ministre de l’industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique.

La plénière aura permis d’annoncer la couleur d’un déroulé d’interventions sans langue de bois rappelant la volonté de la part du patron des patrons de créer la rupture… «Cette édition, Mesdames et Messieurs, revêt un caractère particulier car elle coïncide avec les 20 ans de règne de Sa Majesté et le débat national en cours sur le modèle de développement. 20 années de progrès pour le Maroc, d’audace, de volontarisme, de réussite mais aussi d’échecs». Salaheddine Mezouar, président de la CGEM, plante le décor et revient sur les engagements pris lors de la première édition, notamment sur des sujets aussi cruciaux que les arriérés et les délais de paiement, le financement, la fiscalité, la formation, la charte de l’investissement. Le constat est clair pour lui : le moteur de l’entrepreneuriat est en panne. «Seulement 25% des investissements dans le pays proviennent du secteur privé et nous sommes en train de rater le coche de la nouvelle économie et des start-up», expliquera- t-il à cet égard. Le patron des patrons insistera dans son discours d’ouverture sur la nécessité d’arriver à une croissance plus inclusive et équitablement partagée. «Engageons-nous dans l’ère des innovations sociales, culturelles et digitales. Revoyons notre indéboulonnable code du travail, réformons notre modèle de prévoyance sociale, saisissons les opportunités que nous offrent les territoires et faisons des enjeux environnementaux un motif d’engagement fort», recommande-t-il à une salle archicomble où chefs d’entreprises, médias, universitaires, politiciens et encore d’autres interagiront plus tard dans le village créé à l’occasion de cette seconde édition d’été à l’instar de la première, d’ailleurs…

Le programme aura été riche et la présence des deux ministres les plus proches du monde des affaires, en l’occurrence Mohamed Benchaaboun, ministre de l’économie et des finances, et Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’industrie, de l’Investissement, du commerce et de l’économie numérique, permettra de faire le bilan de la précédente édition. Sur la question des crédits TVA, M Benchaaboun fera en effet remarquer que «c’est un sujet qui commençait à peser et les arriérés devraient être soldés par l’Etat pour arriver à une certaine normalité». 38 milliards ont été remboursés aux entreprises en 2018. «Le rythme de remboursement de la TVA depuis début 2019 a doublé», rassure le ministre en charge du dossier. Concernant les délais de paiement, l’homme précisera qu’«ils ont baissé pour les marchés publics pour atteindre les 35 jours». Concernant les entreprises publiques, cet indicateur est passé de 78 jours à fin 2017 à 55 jours à fin 2019. «Les modèles économiques des établissements publics pour alléger les procédures sont en cours et cet indicateur (ndlr : délais de paiement) devrait s’améliorer dans les 6 prochains mois», déclare M. Benchaaboun. L’ex-banquier rappellera aussi que «25.000 entreprises seront accompagnées par la Caisse Centrale de Garantie d’ici la fin de l’année. Les prévisions tablent sur 35.000, d’ici 2020». En matière de fiscalité, l’expert soulignera l’engagement dans la démarche participative : «Les Assises de la fiscalité devraient déboucher sur une loi-cadre au lieu d’une série de recommandations. Et c’est cette loi qui devra permettre d’élaborer la loi de Finances», précisera-t-il.

Prenant à son tour la parole, Moulay Hafid Elalamy n’ira pas par quatre chemins pour affirmer que «nous avons légèrement dérivé l’an dernier car nous avons tourné le dos aux investissements». La phrase fait état de bilan mais le ministre affichera son état rassuré de voir la charte de l’investissement presque finalisée après 48 versions déjà ! «Nous arrivons avec des choses concrètes pour accompagner l’investissement». Le ministre en charge de ce portefeuille fera référence, notamment, à l’instauration des congés sans solde pour les salariés qui souhaitent se lancer et l’accompagnement des entreprises exportatrices pour trouver des marchés. La mise en place d’une plate-forme dédiée au commerce électronique a également clairement été plébiscitée surtout pour lever le doute lancé dernièrement par certains médias sur une position contraire de Moulay Hafid Elalamy. Le ministre réitérera le fait que le commerce électronique sauvage est dangereux et risque de faire disparaître plusieurs pays de la carte et augmenter le taux de pauvreté. Concernant la question posée par le maître de cérémonie, Mostapha Mellouk (président de la commission communication au sein de la CGEM), par rapport aux accords de libre-échange, le ministre nuancera le danger. «Nous sommes conscients de la concurrence déloyale avec la Turquie, cela dit il est difficile d’arrêter de commercialiser avec un pays. Nous protégerons l’économie du Maroc mais pas les entreprises défaillantes. Le Maroc ne jouera pas dans la ligue des trafiquants». Le discours a le mérite d’être clair.

La seconde partie de la plénière s’est articulée autour des mutations du monde et leur impact sur l’entrepreneuriat. Et c’est Fathallah Sijilmassi qui a eu la tâche de modérer un panel fort exhaustif. Déjà l’ancien secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée rappellera que «dans un schéma complétement ouvert vers le reste du monde, 85% des emplois en 2030 n’existent pas aujourd’hui». Il s’agira donc de chercher l’équilibre entre le libéralisme économique et le projet sociétal. La question de savoir comment concilier une vision globale avec une démarche de régionalisation a clairement été posée. «C’est plutôt le désordre dans le monde, mais s’agissant du Maroc nous avons la chance d’être dans une ère de renaissance», affirmera Lionel Zinsou, ancien Premier ministre du Bénin, président de PAI-Partners, fondateur et Managing Partners SouthBridge. L’homme fera aussi référence au désordre inattendu causé par l’entrée en récession de l’Allemagne, à cause du recul cette année du commerce mondial et du Brexit. «Elle vient se rajouter à celles de l’Italie et de l’Espagne. La crise est profonde car nous avons besoin de la demande européenne en Afrique y compris le Maroc», déplore M. Zinsou. «Tout ceci valide la décision du Souverain de s’orienter vers l’Afrique car les prévisions de croissance dans le continent sont positives. L’intégration régionale est nécessaire pour le Maroc et c’est pour cela que je souhaite son intégration au sein de la CEDAO», poursuivra le politicien béninois. De son côté, Aminata Touré, ancienne Premier ministre, présidente du Conseil économique et social et environnemental au Sénégal, insistera sur le dynamisme de l’économie en Afrique et citera le Nigeria qui représente dix fois le poids de l’économie marocaine. Mme Touré rappellera également la nécessité d’encourager les femmes au sein de l’entreprise car il en va de la démocratie économique. Paulo Portas, ancien Premier ministre et ministre des affaires étrangères du Portugal, déplorera, quant à lui, l’absence de base politique même si la vision économique existe… «Nous vivons dans un monde de perceptions et non de faits». Il insistera aussi sur le fait que «la globalisation n’est pas une mauvaise chose et qu’au contraire, elle a aidé les sociétés africaines, asiatiques et d’Amérique latine. Et le challenger est la Chine».

Le débat a été fort intéressant. Et l’ouverture sur les panels aura permis une série de restitutions nécessaires à la prochaine édition déjà programmée dans l’agenda de la CGEM. La seconde séquence aura également été marquée par l’arrivée de l’ex-président de la République française, Nicolas Sarkozy, invité d’honneur de cette seconde édition de l’Université d’été. Une manière de donner au débat un regard différent d’une Europe essoufflée en quête de nouveaux marchés (lire déclaration Nicolas Sarkozy). Bref, à travers cet événement, la CGEM aura donné un avant-goût d’un programme bien chargé mais nécessaire pour réussir la rupture. L’engagement est clairement affiché. A suivre… 

L’Afrique ne coûtera pas d’argent, elle en rapportera…

Déclaration de Nicolas Sarkozy, ancien président de la République française

«Vous n’imaginez pas combien le Maroc est important dans l’équilibre méditerranéen. Le Maroc a par ailleurs donné une leçon de stabilité lors du Printemps arabe. Le problème à l’échelle du globe, c’est que l’ordre mondial ne s’est pas installé. Nous sommes au 21ème siècle et le G7 n’intègre pas encore de représentant africain. Si pendant 5 siècles l’Europe a dominé le monde là c’est fini. Et le président de la République française Emmanuel Macron a eu raison d’inviter le président russe Vladimir Poutine pour le rapprocher avec l’Europe.

Je pense que les crises sont toujours des opportunités. Sur un autre registre mondial, parler de dérèglement climatique sans parler de dérèglement démographique n’a aucun sens. D’ailleurs, il n’existe même pas d’instance internationale de régulation démographique alors que l’explosion démographique représente une réelle bombe atomique sur la planète et c’est à mon sens le véritable sujet. Par ailleurs, les destins de l’Afrique et de l’Europe sont liés. Les affaires européennes et africaines sont liées car nous sommes si proches que nous sommes condamnés soit à réussir ensemble, soit à échouer».

(Extraits de ses propos lors de la plénière)    

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