Vers une prospective énergétique

ALM : La Fédération de l’Energie a initié une profonde réflexion au sujet de la prospective énergétique. Quel est le contexte global d’un tel débat ?
Abdallah Alaoui : Tous les hommes réfléchis conviennent que la configuration actuelle de la société marocaine porte les germes de grands changements. Une nouvelle dynamique est impulsée pour le lancement de grands et divers chantiers à caractère économique, susceptibles de faire gagner des points de croissance , tels : le programme de construction de nouvelles autoroutes, l’aménagement de zones touristiques dans le cadre du plan Azur, le renforcement des voies de liaison par chemin de fer, les structures d’accueil pour recevoir 10 millions de touristes à l’horizon 2010 etc.
L’enveloppe budgétaire consacrée à ces infrastructures dépasse, à l’heure actuelle, les 10 milliards de $ pour la seule période 2004-2007. Il est évident que de tels objectifs ambitieux mais réalistes sont accompagnés de profondes réformes politiques, visant la consolidation de la démocratie participative. A l’heure de ces grands enjeux, des choix en matière de politique énergétique, ne pourraient résulter que d’une prospective énergétique, qui constituera un outil indispensable pour explorer les diverses solutions face à ces défis.
Justement, quels sont ces défis qu’il faut relever ?
Les diverses solutions doivent désormais prendre en considération la sécurité d’approvisionnement à long terme, les tensions sur les prix des énergies, la préservation de l’environnement, la raréfaction des réserves d’énergies fossiles ainsi que la refondation du système énergétique après l’ouverture des marchés.
Le Centre d’études et de prospectives énergétiques (CEPE), en partenariat avec le ministère de l’Energie et des Mines, effectuera dès novembre prochain des exercices de prospective énergétique animés par des experts internationaux invités par la Fédération de l’énergie, et ce dans le cadre d’un séminaire dont la date a été déjà retenue et placé sous le patronage du ministre de l’Energie et des Mines. Ce séminaire se situe dans le prolongement de la coopération avec le gouvernement français, concrétisée par le protocole de juillet 2003 signé à Rabat entre le gouvernement marocain, la Fédération de l’énergie et le gouvernement français.
Quel est le temps de réflexion nécessaire à une telle démarche?
Selon certaines hypothèses, un tel exercice prendrait une durée au moins de 9 mois pour le mettre au point. Il reposera sur des hypothèses macroéconomiques et sectorielles qui font des scénaris, en commençant par la reproduction de la situation énergétique actuelle en ne faisant rien de plus en matière d’efficacité énergétique ou de l’adaptation du Mix énergétique. Les scénarios s’articuleraient autour des données de base suivantes, à savoir, la croissance économique par an déclinée par secteur, la démographie, le nombre de foyers en 2015, le flux migratoire de départ et retour,l’agriculture- l’irrigation, l’industrie, la parité du taux de change entre le Dirham, l’Euro et le Dollar, le prix du brent à 30 ou 40$ le baril, la libéralisation de l’élecricité, la libéralisation de la production de l’élecricité, l’introduction du gaz naturel pour la production de l’électricité et comme énergie de substitution pour l’industrie, le transport, le chauffage, etc.
Il ne faut surtout pas négliger un baromètre d’opinions : grand public, les industriels pour jauger l’efficacité énergétique et la compétitivité des prix de l’énergie. L’autre axe à prendre en concidération : le nombre de véhicules à horizon 2015 ainsi que le transport en 2015 ventillé. Sur ce point précisément, il faut prendre en compte les transports en commun dans les villes ainsi que ceux sur les longues distances, les transports terrestres de marchandises : ferroutage et fluvial, les transports maritimes de marchandises et les transports aériens.
Qui mènera ces études ?
Ces études seront menées avec des cabinets extérieurs en parfaite symbiose avec le département de l’Energie marocain. Lorsqu’on aura réuni toutes ces données de base, les pouvoirs publics se doivent alors d’engager un débat sur l’énergie pour recueillir l’adhésion de tous à une véritable vision et politique de l’énergie. Le débat sera nourri non seulement par les avis d’experts, d’initiés mais surtout des représentants de la société civile, consommateurs, transporteurs, distributeurs, producteurs, écologistes, représentants des collectivités locales et de l’aménagement du territoire. Nous sommes convaincus que sans énergie, pas de production de richesse, pas de confort et pas de progrès économique. Sans énergie, plus rien n’existerait de cette vie quotidienne à laquelle nous sommes habitués.
Votre démarche est assurément participative. Comptez-vous élargir le débat à d’autres acteurs ?
La question de l’énergie n’est pas un sujet seulement technique d’experts mais c’est un véritable débat de société qui va s’imposer de lui même parce que des choix seront faits sur lesquels pèseront des contraintes de présence ou absence des gisements du pétrole et du gaz sur notre territoire ainsi que du réchauffement climatique. Aujourd’hui, 7 milliards de tonnes de carbones sont rejetées dans l’atmosphère ; il en résulte une augmentation de la température de la planète avec des conséquences entraînant des dégâts majeurs : atteinte à la santé. La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise. Enfin, le Maroc, dans un cadre régional maghrébin et méditerranéen, devra se doter d’une véritable diplomatie de l’énergie.

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