Visa Shengen pour la tomate

Visa Shengen pour la tomate

A partir du premier janvier 2005, les produits agroalimentaires seront soumis à de nouvelles règles pour accéder à l’espace européen. Véritable barrière non tarifaire, le fameux Règlement de la Commission européenne relatif à la traçabilité des produits agroalimentaires rappelle la fameuse loi américaine sur le bio-terrorisme adoptée le 12 décembre dernier.
La directive s’applique aussi bien aux entreprises européennes qu’à celles situées en dehors de l’Union.
Pour le Maroc, gros exportateur des agrumes et autres denrées alimentaires vers l’espace Shengen, le compte à rebours a commencé, mais la mobilisation des professionnels et des différentes fédérations est encore en déça de l’enjeu. Car, en plus de cette loi, une autre disposition complémentaire entre en vigueur en janvier 2006.
Il s’agit d’un texte légal qui oblige toutes les entreprises exportant des produits alimentaires en Europe à mettre en place un système de contrôle des normes HACCP. D’après Abdelhak Bennani, président de la Fédération des entreprises de conserves et de l’agroalimentaire (FICOPAM), «il faudra en moyenne 18 mois pour mettre en place cette procédure». Aussi, le Maroc est déjà en retard par rapport à ce texte publié fin avril et passé presque inaperçu. Pour le moment, seule une vingtaine d’entreprises exportatrices se sont mises à cette nouvelle norme.
Les industriels doivent donc garantir, à partir de janvier 2005, la traçabilité sur toute la chaîne de production, des fournisseurs à l’usine. La loi ratisse large. Des aliments pour animaux à l’eau, denrée qui expose souvent les consommateurs aux substances ingérées, y compris les contaminants chimiques et microbiologiques. Sont également concernés, les matériaux et objets en contact avec des denrées alimentaires et les intrants agricoles au niveau de la production primaire. En fait, il s’agit, dans l’esprit de ces dispositions, de sécuriser tous les aspects de la chaîne de production alimentaire, à partir de la production primaire et de la production d’aliments pour animaux jusqu’à la vente ou à la fourniture des denrées alimentaires au consommateur.
Dans cette optique, les bonnes vieilles pratiques de licences ou d’autorisations devront céder la place à un code unifié. Le problème ne se pose certes pas pour l’industrie marocaine en termes de qualité, rappelle un opérateur, mais en termes de procédures. «L’après 2005 doit surtout, avance-t-il, être appréhendé en termes de standardisation, de conformité et de réorganisation de toutes les filières alimentaires, de la pêche aux agrumes, et des produits laitiers à la viande».
Le risque, avance-t-on dans le milieu des exportateurs de fruits et de légumes, serait de voir cette règle dévier et se transformer en barrière non tarifaire. «Il est très aisé, avance-t-on de source proche de l’Office national des Pêches, de pénaliser n’importe quelle entreprise marocaine sur la traçabilité». Ce terme englobe différentes prestations, différentes exigences, de l’identification de l’origine par des pièces justificatives au respect de la chaîne de froid, la logistique transport, les traitements phytosanitaires, l’emballage…
La mise à niveau n’engage pas de ce fait une entreprise mais toute la filière. «C’est un véritable problème, ajoute M. Bennani, car si l’usine peut remonter facilement jusqu’à la source d’approvisionnement pour certains produits, il n’en est pas de même pour d’autres, par exemple les olives qui n’ont pas de contrats de culture». Des mesures ont été prises au niveau de l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations. Exemple, l’intermédiaire de l’usine est obligé désormais à une assurance écrite, mais beaucoup reste à faire. Si d’ici 2005, les produits marocains ne sont pas aux normes, il en résulterait une baisse de valeur ajoutée, risque écarté en partie pour l’industrie des conserves déjà à cheval sur les normes HACPP, et qui n’auront qu’à maîtriser la logistique transport.
Plus de 300 entreprises marocaines exportent des produits alimentaires vers l’Europe, d’après des indications provenant des milieux professionnels.

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